Le P. Bressani et ses compagnons. Voir la lettre CIII
80. L : Ce grand progrès n’a pas empêché que les Iroquois n’aient encore pris un de nos Pères de la Compagnie avec six Français, dont trois ont été tués, deux desquels ont été brûlés tout vifs et hachés en pièces, et ces barbares, non contents de manger leur chair à mesure qu’elle brûlait, ils en prenaient des morceaux et contraignaient les patients d’en manger comme eux. Ils ont encore pris et tué plusieurs chrétiens, tant Hurons qu' Algonquins. On a aussi pris trois de leurs gens, par le moyen desquels on tâche de retirer le Père, au cas qu’il soit encore en vie, car on dit qu’il était destiné au feu. C’est peu de chose que la vie... — L amplifie, vraisemblablement avec une autre lettre qu’il n’a pas jugé bon de reproduire, peut-être parce qu’elle constituait un de ces doublets dont nous avons parlé dans notre Introduction (p. 25), un fait déjà connu par les lettres CIII et CIV. C’est aussi, sans doute, à une autre lettre laissée de côté que L a emprunté l’anecdote de la capture des Iroquois et des efforts de Montmagny pour les conserver comme rançon des chrétiens prisonniers. Voir RJ 1644, c.X.: De la prise de trois Iroquois.
exercent sur les patients est horrible. Comme l’esprit s’affaiblit quelquefois, on craint pour nos pauvres chrétiens un désespoir, car il n’y a là personne pour les consoler et encourager. Au nom de Dieu, recommandez-les à tous mes Révérends Pères de votre sainte maison. Trois cents Sauvages fugitifs se sont réfugiés proche notre petite maison cet hiver. Ils étaient instruits en notre chapelle, excepté ceux qui n’avaient pas encore la disposition d’entendre parler de Dieu. Hors cette première instruction, les femmes et filles venaient dans notre classe et les hommes à notre parloir, auxquels après la réfection spirituelle, nous tâchions de leur donner celle du corps. Monsieur notre Gouverneur leur fit de grandes charités durant ce temps-là. C’est le plus charitable qu’on puisse voir : tous ces pauvres gens avaient pensé mourir de faim 81. Ces réfections corporelles que nous leur faisons sont des appâts qui les attirent et apprivoisent beaucoup ; mais notre nécessité et pauvreté ne nous permet pas de faire ce que nous voudrions. C’est [ce] qui me contraint de demander l’aumône en France, chez nos amis, non pour nous, mais pour les pauvres Sauvages ou plutôt pour Jésus-Christ. L’on a découvert des nations sédentaires, qui, ayant oui parler de Dieu et vu faire des actes de religion à des chrétiens qu’ils ont vus en leur pays, font le même et souhaitent les ouvriers de l’Évangile ; mais les passages qui sont fermés par les ennemis de Dieu les retiennent82. Néanmoins, trois se sont hasardés d’aller aux Hurons83, pour de là aller plus haut, car ces nations sont encore trois cents lieues par delà. Or, il y a cinq cents lieues d’ici aux Hurons84; mais si le
81. C’est l’épisode que L avait glissé dans la lettre CIII, mais en l’empruntant, comme nous l’avons remarqué alors, à une lettre qu’il n’a pas publiée. Cettepanique des trois cents Sauvages, dont RJ n’a pas conservé trace, montre au vif les effets de la terreur iroquoise dès 1644.
82. Les Nipissings de la lettre CIII et des lettres précédentes.
83. Les Pères de Brébeuf, Léonard Garreau et Noël Chabanel. Voir la lettre CIII et la note 43.
84. Faute de copiste. La distance de la Huronie à Québec était évaluée ordinairement à trois cents lieues, chiffre donné par RJ et par Marie de l'Incar-
CORRESPONDANCE
passage était libre, le chemin serait plus court de la moitié 85.
Ne vous lassez pas de vous tenir aux pieds du Roi de toutes les nations. Il est mort pour tous, et tous ne vivent pas encore. Hélas ! mon très cher fils, si j’étais digne de courir partout pour tâcher de lui gagner quelque âme, mon cœur serait satisfait. Cela n’est-il pas sensible de voir les démons tenir un empire si absolu sur tant de peuples ? Allons ensemble en esprit et tâchons d’en rendre quelqu’une à notre bon Maître. Vous ferez autant en votre solitude que si vous y étiez actuellement employé86. Le Père Éternel a fait voir à une personne87 que si elle lui demande par le Cœur de son Fils, il lui donnera tout ce qu’elle voudra. Demandons-lui des âmes pour l’amplification de son royaume. Je vous en conjure, soyons jaloux de ce que son ennemi les possède. C’est lui qui anime les Iroquois, qui, pour le présent, sont le plus grand empêchement de sa gloire en ce pays, excepté mes malices ; mais pour ce point, trouvez-moi des amis envers Dieu88, je vous en supplie, surtout de mes Révérends Pères89, que je salue avec humilité. Je leur demande leur sainte bénédiction et participation à leurs saints sacrifices et saintes prières. Je ne suis pas digne de leur appartenir de si près, ni d’avoir une partie de moi-même parmi eux.
nation dans ses autres lettres. Au lieu de Hurons, il faudrait peut-être lire Nipissiriniens (Nipissings), qui se serait trouvé dans l’original. Enfin il est possible que le chiffre de notre copie soit exact et qu’il donne la distance de Québec à 1a, Huronie parles détours que les Jésuites s’imposaient pour parvenir à leurs mission.
85. La supprimé toute la fin de cet alinéa, depuis : on craint pour nos pauvres chrétiens quelque espèce de désespoir. — Il avait déjà reproduit cette anecdote dans la lettre du 2 précédent (lettre CIII, voir la note 41), où il l’avait fait passer, on ne sait pour quelle raison.
86. C’est-à-dire avec L qui interprète l’original : que si vous y étiez actuellement employé par l’exercice du ministère.
87. C’est elle-même, comme on peut le voir par sa Relation de 1654 {Écrits II, P- 3i5)-
88. L : et pour ce point, trouvez-moi des amis, je vous en supplie, auprès de Dieu. — L arrête ici son texte et supprime toute la finale du paragraphe. Sur la copie, cette finale porte, comme la lettre précédente de la collection de la B. N., l’indication nota. C’était peut-être un post-scriptum dans l'original.