Aridités spirituelles, délaissements intérieurs
CORRESPONDANCE
la vie présente, la nôtre ne sera plus troublée, et jusquelà il faut se résoudre à tous les événements de sa providence. Courons donc à cette divine patrie, et ne nous donnons point de trêve que nous n’y soyons arrivées : or nous avancerons beaucoup si nous ne nous écartons point des dispositions de ses divines volontés sur nous. Voilà mes pensées et mes sentiments à votre égard, ma très chère Mère4. Aimons-nous en ce divin Objet, dans lequel je serai toujours avec plaisir votre...
De Québec, le 3 septembre 1644.
4. Dom Claude Martin nous apprend dans une note marginale de L que cette Ursuline, qui devait être décédée à l’époque où il écrivait, avait 1 mene une vie exemplaire... et des plus fidèles aux pratiques de sa vocation ».
NOTE
(1) La destinataire de la lettre CIX. — Marie de l’Incarnation avait aux Ursulines de Tours une parente qui y prit le voile le 12 mars 1633. Sa vocation, d’après V, aurait été assez imprévue. Jusque-là, elle n’avait pensé qu’au Carmel. Même, « son dessein passa si avant qu’elle fut jusqu’à la veille de partir pour l’aller exécuter dans le monastère de Bourges, où elle avait déjà trois sœurs religieuses. Sa place était retenue ; on attendait qu’elle la vînt remplir, ses paquets étaient partis... et ses adieux étaient faits. Dans ce moment, la Mère de l'Incarnation la demanda à Dieu pour être Ursuline, le priant de se contenter d’avoir donné trois de ses sœurs à sainte Thérèse, et le conjurant de donner au moins celle-ci à sainte Ursule. Cette prière fut si promptement exaucée que la fille changea entièrement de volonté, en sorte que quand il fallut partir, elle dit absolument qu’elle voulait être Ursuline, et se montra si ferme en cette résolution que ses parents furent obligés de rompre tout ce qui était fait du côté des Carmélites, afin de lui donner satisfaction ». V, p. 246.
Dom Claude Martin était évidemment bien renseigné sur la parenté de sa mère, qui était la sienne aussi, et l’on aurait mauvaise grâce à le contredire. Toutefois il s’agit de Marie de l’Incarnation, et nous ne devons rien négliger de tout ce qui pourrait nous aider à résoudre plus tard l’énigme que pose la question de sa descendance des Babou de la Bourdaisière.
Le Carmel de Bourges fut fondé en deux fois. De la première fondation, qui ne fut qu’un essai, rien ne nous reste. La seconde fut définitive. Mais les registres qui nous ont conservé les noms des religieuses qui en firent partie ne nous
DE MARIE DE L’INCARNATION
•donnent point leurs noms de famille. Au Carmel de Paris, — le Carmel de l’Incarnation, aujourd’hui transféré à Clamart (Seine), — les archives gardent •encore la copie d’une lettre de Marie de l’Incarnation à une de ses cousines, Thérèse de l'Incarnation, religieuse au Carmel de Tours. Nous donnerons plus tard cette lettre à sa place chronologique et dirons alors pourquoi elle nous •est parvenue. Le registre des premières professions du Carmel de Tours existe toujours ; — c’est encore le même où les Carmélites de nos jours inscrivent ■et signent leur acte de profession, et où, pour la dernière fois, elles rappellent le nom qu’elles portaient dans le monde. — Or, nous y retrouvons la correspondante de la Vénérable Mère. Cette Thérèse de l’Incarnation s’appelait 'Christoflette Chaussay. Elle était née en 1601, sur la paroisse de Notre-Damela-Riche, de Jehan Chaussay, marchand de batteries (quincaillier), et de Martine ■Grossier, et elle fit profession le 15 janvier 1627. Le même registre nous donne un peu plus loin le nom d’une autre fille de Jehan Chaussay et de Martine Grossier, Marie, née en 1599, sur la paroisse de Saint-Clément, dont la profession eut lieu le Ier janvier 1629. Ces deux religieuses moururent, la première en 1660, la seconde en 1655 (Archives du Carmel de Tours). Un livre de comptes des anciennes Ursulines de Tours a gardé la mention d’une sœur Martine Chaussay, ■dont les rentes de la dot étaient encore payées dans les années 1639-1650. Cette Ursuline, qui portait le même prénom que la femme de Jehan Chaussay, ne serait-elle point la sœur des deux Carmélites nommées plus haut ? Si les trois religieuses étaient parentes, et parentes au degré supposé, on notera que les deux Carmélites sont entrées en religion avant l’Ursuline. Les données de V seraient par là en partie confirmées, mais en partie seulement. Il est possible que Marie de l’Incarnation ait eu quatre cousines en religion, trois au Carmel de Bourges et une à Sainte-Ursule de Tours. Ce que nous savons par les actes authentiques, c’est qu’elle avait deux cousines au Carmel de Tours, et une troisième, vraisemblablement leur sœur, au monastère des Ursulines de cette même ville. Aussi nous serions porté à croire que V se serait trompé sur un point, et qu’il pourrait y avoir en cet endroit sinon erreur de l’auteur, du moins faute du compositeur. A défaut d’une conclusion ferme, on pourrait donc au moins conjecturer que la destinataire de la lettre CIX serait une Martine Chaussay, la parente de Marie de l’Incarnation dont la prise de voile chez les Ursulines de Tours est assignée à l’année 1633.
La parenté de Marie de l’Incarnation avec les filles de Jehan Chaussay ne pouvait être que celle de cousine au second degré. Le parrain de la Vénérable Mère était un Jehan Chaussay, sans doute le Jehan Chaussay du registre des professions du Carmel de Tours.
CORRESPONDANCE