CX. — A la Mère Ursule de Ste-Catherine
SUPÉRIEURE DES URSULINES DE TOURS L pp. 61-62, Lettre spirituelle XXXIII. — R LXI.
Ma très chère Mère,
La paix et l’amour de Jésus !
Ce m’a été une singulière joie d’apprendre que la divine bonté continue de vous faire ses faveurs. Je l’en ai remerciée de tout mon cœur, et la prie de vous faire toujours de nouvelles grâces pour les employer à son service partout où elle vous voudra, soit en Canada, soit en France. Nous avons reçu avec une joie que je ne vous puis exprimer, vos deux filles, nos deux chères Sœurs* 1. Les choses qu’on a longtemps désirées sont d’une admirable suavité quand on les possède, ainsi je vous laisse à juger combien leur arrivée nous a été douce après les avoir tant attendues2. De leur part, elles sont contentes au dernier point de se voir
Lettre CX. — L : A une supérieure des Ursulines de Tours. — En 1644, la supérieure était la Mère Ursule Jouye de Sainte-Catherine. Toute la correspondance de Marie de l’Incarnation avec son monastère de Tours, pour l’année 1644, est perdue, à l’exception de ce court billet.
1. Ce sont les deux religieuses des lettres précédentes. L’une était Anne Compain de Sainte-Cécile, l’autre Anne Le Boutz de Notre-Dame. La première repassa en France quelques années plus tard. La seconde resta à Québec jusqu’à sa mort, qui arriva le 25 septembre 1680. Elle était alors âgée de soixante-dix ans, dont elle avait passé cinquante en religion. A son arrivée au Canada, elle avait donc trente-quatre ans, et était professe depuis 1630. Les Archives des Ursulines de Québec ne nous disent rien d’elle, sinon sa générosité, sa faible santé et son attachement à Marie de l'Incarnation, dont elle devait être, de 1644 à 1672, la fidèle collaboratrice. Elle est peut-être la sœur de Louis Le Boutz, chevalier, conseiller du roi en ses conseils, grand-maître enquêteur et général réformateur des eaux et forêts de France au département des provinces de Touraine, Anjou et Maine (Archives départementales d’Indre-et-Loire. Série H, Ursulines de Tours. Registre de comptes).
2. Selon Vimont, Marie de l’Incarnation aurait écrit aussi à l’archevêque de Tours, — Victor Le Bouthilier, l’oncle de Rancé, — pour lui demander le secours des religieuses désirées, et c’est Rancé qui aurait fait le choix, et même pris, les premières mesures pour le voyage : « Pour témoignage de (ses) désirs... de soutenir ce petit séminaire, il fit conduire ces deux bonnes filles jusqu’à Poitiers* dans son carrosse ». Nous avons vu que les deux Ursulines s’embarquèrent à La Rochelle. Vimont, en veine de compliments à Victor Le Bouthilier, ajoute :
DE MARIE DE L’INCARNATION
au port désiré, où elles ont été reçues de tous avec des applaudissements de joie tout extraordinaires. Dieu en soit éternellement béni ! C’est pour sa gloire qu’elles sont venues en cette extrémité du monde.
L’entrée de ma chère nièce en la maison de Dieu3, m’a tellement consolée que je ne vous le puis exprimer. Votre sainte communauté m’a infiniment obligée de l’honneur qu’elle lui a fait de la recevoir. Vous y avez contribué, ma chère Mère, je vous en remercie de tout mon cœur, et vous supplie de me continuer en elle votre charitable affection. Je vous supplie d’être assurée de la mienne aux pieds de Notre-Seigneur, dans lequel je tiendrai toujours à bénédiction d’être et de me dire votre...
De Québec, le 3 de septembre 1644.
« Ses affections ne se renferment pas dans l’enceinte de son diocèse ; son cœur est plus grand que le Jardin de la France (la Touraine). Il fait espérer aux pauvres Sauvages une partie de ses bontés. » RJ 1644 (Q 26; C XXV, 222). La lettre que Marie de l’Incarnation dut écrire à l’archevêque de Tours, à l’automne de 1643, est perdue. Une autre lettre qu’elle lui adressa dans la suite nous a été conservée. C’est tout ce qui nous reste de sa correspondance avec lui. Elle le considéra toujours comme son supérieur ecclésiastique, jusqu’à l’arrivée de Mgr de Laval au pays.