‹ Écrits spirituels et historiquesChapitre 26 sur 239 · Alinéa propre à L · texte numérisé non relu

Alinéa propre à L

Lettre VII. — Dans V cette lettre est détachée de son contexte chronologique pour servir de preuve du zèle apostolique qui consumait l’âme de la Vénérable Mère dans les années 1634-1635. Elle y est citée avant toutes les lettres de l’année 1635 qui lui sont cependant antérieures. L offre un remaniement de forme presque constant. Quelques-unes seulement de ses variantes méritent d’être retenues.

DE MARIE DE L’INCARNATION

chétive de toutes ses créatures. C’est la grande lumière dont il me remplit qui cause de tels effets, principalement sur ce qui regarde la foi des vérités divines qui nous sont révélées, * et la grandeur de Celui qui en est l’auteur et qui nous les révèle* 1.

Dans l’union intérieure où ces choses me sont montrées, je vois l’état déplorable de ceux qui ignorent ces grandes vérités, et il me semble qu’ils sont déjà plongés dans l’enfer, et que le Sang de mon Jésus a été en vain répandu pour eux. D’ailleurs, regardant les intérêts de Dieu, lequel par la grandeur de son immensité est partout, et qui est par conséquent dans ces créatures-là aussi bien que dans tout le reste du monde, c’est ce qui me perce le cœur, que son incompréhensible bonté ne soit pas connue, aimée, adorée et glorifiée par des créatures mêmes dans lesquelles il est, et qui sont capables de le connaître, de l’aimer, de l’adorer et de le glorifier. Cela me fait souffrir plus que je ne vous le puis dire. Je conjure ce Tout-Puissant, auquel toutes choses sont possibles et qui de rien a fait toutes choses, que s’il veut que j’aille dans l’enfer jusqu’au jour du Jugement, il me fera une grande miséricorde2 pourvu qu’il convertisse ces pauvres gens et qu’ils viennent à le connaître ; car il est certain que s’ils le connaissaient, ils seraient aussitôt embrasés de son amour.

Je ne fais que bégayer, mon très cher Père, car les

x. * * Finale propre à V. Ce n’est peut-être qu’une interpolation de l’éditeur.

2. Nous avons déjà noté ( Écrits II, pp. 392-394) que dans ces défis héroïques, l’enfer hypothétiquement accepté par les mystiques n’est plus l’enfer. Ils s’offrent bien pour la peine du sens, mais si elle est conciliable avec la permanence de la charité. C’est la condition explicite ou implicite, mais dont jamais le contexte de leur pensée ne permet de douter, de leur étonnante proposition. La peine du dam, c’est-à-dire, la malédiction de Dieu sur l’âme et la haine de l’âme pour Dieu, l’inimitié et la privation éternelles de Dieu, est exclue de leur considération. En somme, ils supposent l’impossible : un enfer où l’âme jouirait de l’amitié divine. Ils voient bien la contradiction, et ils poussent jusqu’à l’extrême leur protestation d’amour. Mais ils restent logiques dans leur illogisme. L’idée d’un pur amour qui se porterait jusqu’à accepter le sort des maudits, donc l’enfer tel que nous le connaissons par la Révélation, est une aberration et une impiété qui ne traverse même pas leur esprit. On observera en outre, que Marie de l’Incarnation ne se propose ici que pour un enfer temporaire.

CORRESPONDANCE

lumières qui me sont communiquées, l’embrasement qu’elles me causent, les désirs qu’elles m’excitent3, sont inexplicables. J’ose seulement vous dire que cela ne se fait pas en vain. Dieu fasse donc de moi tout ce qu’il lui plaira ; j’adore ses desseins. Priez-le, s’il vous plaît, que je me rende digne qu’ils s’accomplissent en moi.

* Poursuivez donc, de grâce, et emmenez-nous, si cela se peut. Cette affaire a effacé de notre esprit l’idée de toutes les choses aimables. Je veux dire que nous ne voyons rien dans le monde qui ne soit bas et méprisable à l’égard de la Mission de la Nouvelle-France. Notre Révérende Mère nous y aiguillonne encore, et elle nous excite comme si elle nous y voulait porter. Si elle-même avait de la force, elle se joindrait à nous et vous la verriez poursuivre bien d’une autre manière. Mandez-lui s’il vous plaît, combien vous voulez de filles ; elle vous pourra satisfaire, car il y a ici un bon nombre de sujets capables de l’entreprise dont il s’agit. Travaillez donc, pour Dieu ! et faites que nous employions le reste de nos vies dans une action si glorieuse. Du reste, tout est secret au regard des autres4. J’attends de vos lettres. Écrivez-nous promptement : Y espérance différée afflige l’âme 5*.

De Tours, le 26 d’avril 1635.

3. Lomet: les désirs qu’elles m’ excitent. Ces mots sont peut-être une addition deV.

4. Marie de l’Incarnation n’avait encore fait part de son projet à personne autour d’elle. Elle s’était bornée à enflammer les âmes des jeunes novices pour la conversion et le salut des infidèles, et elle savait quel écho sa parole trouvait dans leurs cœurs (Écrits II, pp. 307, 314, 327). Elle savait aussi l’intérêt que la Relation des Jésuites du Canada de l’année 1634 avait excité dans le monastère.

5. Proverbes, xm, 12. — * * Ce dernier alinéa est propre à L.

DE MARIE DE L’INCARNATION

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