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MCMXXXV
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LA CORRESPONDANCE
DE MARIE DE L’INCARNATION
LA CORRESPONDANCE
DE
MARIE DE L’INCARNATION
A correspondance de Marie de l’Incarnation, telle qu’elle nous a été transmise par l’édition qu’en fit Dom Claude Martin en 1681, ne commence vraiment qu’avec l’année 1635. Les trois lettres antérieures à cette date qui ouvrent le recueil, lettres sans chronologie sûre, échappées comme par miracle à la destruction de centaines de pièces de même nature, sont des lettres de caractère exclusivement intérieur, si l’on peut dire : elles sont toutes concentrées sur les activités les plus secrètes de l’âme, sans nul regard à leur relation possible avec le dehors. Ce sont strictement des lettres de conscience. Elles n’ont aucun lien avec l’ensemble de la collection et se classent tout naturellement dans les écrits proprement spirituels de Marie de l’Incarnation. C’est là.
CORRESPONDANCE
en effet, que nous les avons insérées, à leur place chronologique, dans les Écrits spirituels de Tours.
Au contraire, les lettres qui commencent avec mars de 1635, et celles qui leur font suite jusqu’à la fin de 1671, quelques mois avant la mort de la Vénérable Mère, sont en quelque sorte toutes projetées sur l’extérieur : elles expriment comme une sortie de soi pour un déploiement d’énergie, mais d’énergie née de l’oraison. Un nom y apparaît dès la première : le Canada, la Nouvelle-France. Il reparaîtra sans cesse dans les autres. Ces lettres des trente-six dernières années de Marie de l’Incarnation n’ont toutes qu’une même portée : elles font bloc. Tout de suite, le lecteur, déjà familiarisé avec les écrits spirituels précédents, a l’impression d’une nouvelle phase qui s’ouvre dans la vie intérieure de la Vénérable Mère. Cette impression est juste. Depuis quelques semaines, en effet, Marie de l’Incarnation est en possession de la raison intégrale de son élection surnaturelle. Tout jusque-là, l’entrée dans la vie mystique, les dons de contemplation, le mariage spirituel, n’était pour elle que préparation et formation. Elle l’avait ignoré. Une dernière lumière vient de lui montrer quelle logique divine rigoureuse enchaîne toutes ses grâces et tous les appels successifs qui se sont fait entendre à son cœur, pour les faire converger et les faire aboutir dans l’appel à la vie apostolique sur une terre infidèle, dans la grâce de la vie missionnaire, non seulement d’intention, mais encore d’effet. Le Canada, manifesté comme la mission étrangère où la contemplative qu’elle est devra répandre la surabondance de sa vie intérieure, le Canada désiré, le Canada enfin possédé, est pour Marie de l’Incarnation la clé de sa vocation. Avec le Canada, sa vie trouve en ce monde son centre définitif. C’est le Canada, qui, à partir de 1635, inspire toutes les manifestations de sa pensée et de son action. Et c’est le Canada qui fait
DE MARIE DE L’INCARNATION
le lien et l'imité de sa correspondance. Même les lettres appelées spirituelles, celles que leur objet semble davantage soustraire aux prises restrictives du lieu, sont en dépendance nécessaire et, pour ainsi parler, en fonction du Canada.
Envisagées sous l’angle spirituel, celui de la contemplation se déployant en action, celui, autrement dit, de la vie apostolique dans sa divine inspiration et dans son transcendant exercice, les lettres de Marie de l’Incarnation ont une signification considérable.
Historiquement, quoique dans un autre ordre et sur un autre plan, elles ne sont pas moins riches de sens et d’intérêt. Un grand nombre d’entre elles nous font assister à la naissance de la colonie et de l’Église du Canada. Et les lettres spirituelles, comme les autres, nous venons de le dire, appartiennent à l’histoire. Sans elles, le rôle et le rayonnement de Marie de l’Incarnation resteraient inexpliqués.
Pour les Français de l’une et de l’autre France, ces lettres ont encore une originalité qui doit les leur rendre uniquement chères. Par leur date de publication, 1681, les lettres de Marie de l’Incarnation sont notre première correspondance missionnaire et notre première correspondance coloniale.