‹ Écrits spirituels et historiquesChapitre 42 sur 239 · XXII. — A Dom Raymond de St-Bernard · texte numérisé non relu

XXII. — A Dom Raymond de St-Bernard

L pp. 23-24, Lettre spirituelle XIV. — V p. 345, texte incomplet du dernier alinéa. — R XIV. — Texte de V complété par L.

Mon très Révérend Père,

Ce sont des coups du Ciel qui nous disent qu’il se faut humilier sous la puissante main de Dieu, dont les desseins sont toujours adorables, et d’autant plus que l’entier accomplissement en est caché à nos yeux, car nous ne savons pas ce que veut dire ce commencement de croix qui semble tout perdre* 1.

Lettre XXI. — Connue par la teneur de la lettre suivante.

Lettre XXII. — L offre avec V des variantes très nombreuses, qui en font presque une rédaction différente. Nous indiquerons les principales.

1. De l’ensemble de la lettre nous devons conclure qu’elle était une réponse à une nouvelle fâcheuse que venait de communiquer Dom Raymond, et que cette nouvelle concernait plus directement les Ursulines que leur directeur. Toutes les chances de succès de leur projet semblaient anéanties. Aussi Marie de l’Incarnation, dont les espoirs étaient montés très haut, parle-t-elle d’humiliation. On pense au gentilhomme dont la lettre du 29 juillet faisait prévoir le changement de résolution. Il avait dû renoncer à son projet de fondation au Canada avec les Ursulines de Tours.

DE MARIE DE L’INCARNATION

Je ne sais si cette divine Majesté me voulait disposer à l’attente de quelque événement qui peut-être ne serait guère agréable à mon esprit immortifié. Je vous dirai que depuis quelque temps il m’a tenue2 fort plongée dans la vue de ses desseins, de ses secrets jugements et de leurs effets dans le temps de leur ordonnance. Je ne comprenais là-dedans qu’abîmes cachés à tous les Esprits célestes, même aux plus sublimes. Il me vint une pensée de Jésus3, savoir si en tant qu’homme il savait ces grands secrets dans l’étendue de leur infinité. Je souffrais ces vues, et il me semblait que cet incompréhensible4 Jésus, à l’égard de tout ce qui est au-dessous de la Divinité, était dans ces connaissances par une plénitude unique à lui seul5. Alors mon entendement étant perdu dans cette connaissance, il se trouva dans une ignorance qui lui faisait adorer ces grands secrets ; et, comme perdu dans cet abîme, il était instruit que l’Humanité de Jésus-Christ, ayant tous ses dons par le moyen de l’union hypostatique, avait une science qui nous est incompréhensible6, mais que la profondeur7 de toute science est cachée dans la divine Essence qui la communique selon son bon plaisir8. Mon esprit demeura si charmé de l’amour des desseins de ce grand Dieu, qu’en cet instant j’y acquiesçai et j’en agréai de tout mon cœur la juste exécution, pour contraires qu’ils pussent être à mes sens et mes inclinations, soit pour la vie, soit pour la mort, soit pour le temps, soit pour l’éternité9.

2. Il m’a tenue. Syllepse du genre. Le pronom tient la place de Majesté, mais l’accord se fait avec l’idée de Dieu dont Majesté était l’équivalent.

3. L : du Verbe humanisé, du Verbe fait homme. Prendre la nature humaine est encore le premier sens du verbe humaniser. Bossuet, après beaucoup d’autres, l’a employé avec cette signification.

4. Incompréhensible, non pas inintelligible, mais impénétrable à fond, parce que la pensée ne peut embrasser l’infini de ses perfections.

5. Grâce à l’élévation que le Verbe a faite de la nature humaine qu il a prise dans son incarnation, en l’unissant à sa personne divine.

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