‹ Écrits spirituels et historiquesChapitre 44 sur 239 · ajouté par L · texte numérisé non relu

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15. V dans une note marginale donne la date du 29 avril. Le mois est certainement une erreur. La seule date possible est celle de L.

DE MARIE DE L’INCARNATION

NOTE

(1) La science du Christ. — Au sortir de son extase, Marie de l’Incarnation, instruite par la lumière de Dieu, parle de la plénitude de la science du Verbe Incarné, et plus précisément de la science de son intelligence humaine ; car c’est en tant qu’homme qu’elle le considère. Dans sa Relation de 1654, envisageant le Verbe « en tant que Chef des chrétiens », elle dira de même que sa grâce « ne lui fut pas donnée par mesure », entendant par là qu’il la posséda avec plénitude ( Écrits II, p. 244). Ainsi la grâce et la science du Christ sont infinies. Rien de plus conforme à la plus rigoureuse théologie. Ce n’est pas que cette grâce et cette science soient infinies dans leur être, puisque l’infini, attribut exclusif de la divinité, est imparticipable par une nature créée et finie, mais elles le sont dans leur nature de grâce et de science, parce qu’elles réalisent tous les modes de perfection dont elles sont capables.

La théologie distingue trois espèces de science créée, — et la science du Christ en tant qu’homme ne pouvait être que créée : — la science abstractive ou acquise, celle dont les sens fournissent les matériaux à l’intelligence ; la science infuse, coulée toute faite dans l’intelligence directement par Dieu ; la science bienheureuse, celle de la vision de Dieu, telle que les élus en jouissent au ciel. L’existence de ces trois sciences était requise dans le Christ pour que son âme atteignît à son maximum de perfection ; et leur coexistence dans un même sujet n’offrait rien d’incompatible, chacune répondant à une exigence distincte et se développant sur son plan propre.

Doué de cette triple connaissance, le Christ embrassait toute la catégorie de l’être, mais sous les angles et aux degrés divers que comporte chacune d’elles. De science acquise, nous dit saint Thomas d’Aquin, le Christ a connu tout ce qui peut être atteint naturellement par une intelligence humaine dans son mode propre de connaissance ; de science infuse, tout ce que cette même intelligence peut connaître par révélation divine, c’est-à-dire toutes les réalités créées, naturelles ou surnaturelles ; de science bienheureuse enfin, dans la vision du Verbe, l’essence de toute créature, par conséquent toutes les actions des êtres créés, en quelque temps qu’elles se produisent, et encore tout ce qui est dans la puissance de ces mêmes créatures, mais ne passera jamais à l’ordre de la réalisation.

Mais il y a une sphère de l’être que l’âme du Christ ne pouvait embrasser complètement et dont il n’a pu avoir en tant qu’homme une connaissance adéquate : celle de l’Être incréé. L’âme du Christ, dit encore saint Thomas, voit toute l’essence de Dieu, mais non d’une manière totale et aussi parfaitement qu’elle est visible en soi, car le fini ne peut totalement saisir, embrasser et comprendre l’infini. Ainsi l’âme humaine du Christ n’a pas été douée d’une connaissance égale à la connaissance incrée de Dieu. Cette connaissance est indivisible. Nous pouvons cependant l’envisager sous un double aspect, suivant qu’elle porte sur la catégorie de l’être, et c’est ce que les théologiens appellent la science de vision, ou sur celle de ce que Dieu tout-puissant pourrait faire, mais ne fera jamais, du possible, et c’est la science de simple intelligence ou de puissance. La première

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CORRESPONDANCE

peut être communiquée aux créatures raisonnables : c’est celle des anges et des élus, celle que l’âme du Christ a possédée sur terre en raison de la vision béatifique dont elle y jouissait constamment, la science bienheureuse. Mais la seconde est métaphysiquement incommunicable, même à l’âme du Christ exaltée jusqu’à l’union personnelle avec la seconde personne de la Trinité. Le Christ l’a eue, mais c’est en tant que Dieu : c’est sa science divine. Connaître tout ce qui est dans la seule puissance de Dieu exigerait la compréhension de cette puissance même, donc de l’essence de Dieu, puisque « la puissance d’un être se détermine par la connaissance de ce qu’il peut faire». Mais comprendre c’est égaler, et l’essence divine ne peut être enfermée dans le regard limité de l’âme du Christ. Il est donc bien vrai, comme le dit Marie de l’Incarnation, que « la profondeur de toute science est cachée dans l’Essence divine ». Sur tout ceci, voir la Somme théologique, IIIe partie. Questions 9-12.

Marie de l’Incarnation n’avait pas à distinguer, comme nous venons de le faire, entre science du réel et science du possible. Elle parle non en théologienne qui sait, mais en contemplative qui a expérimenté. Elle reste dans son ordre et dans sa ligne. Toute sa réflexion, suscitée par les contretemps de sa vocation, porte exclusivement sur le concret. Aussi ajoute-t-elle, en parlant seulement de la connaissance totale des réalités cachée en Dieu que « Dieu la communique selon son bon plaisir ». Dans l’âme du Christ, objet de toutes ses complaisances, ce fut aussi une communication, mais de son amour et sans mesure. Par là, dans la plénitude de science qui était son privilège « unique », le Verbe Incarné « a connu les desseins et les secrets jugements (de Dieu) et leurs effets dans le temps de leur ordonnance », et il savait « ces grands secrets dans l’étendue de leur infinité ».

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