XXIII. — A Dom Raymond de St-Bernard
L pp. 25-26, Lettre spirituelle XV. — V fragments, pp. 3464-340. — R XV.
— Texte de V complété par L.
Mon très Révérend Père,
Un dessein entrepris pour Dieu se doit aussi laisser pour Dieu, quand on le voit dans l’impossibilité de s’exécuter, comme vous me mandez qu’est le nôtre* 1.
Lettre XXIII. — Dans V les fragments cités sont intervertis pour les besoins de la glose. Quant au texte de L, qui comprend une portion commune avec V et une portion propre, il semble bien qu’il soit le résultat de l’assemblage de deux pièces de dates différentes. Nous le montrerons plus bas. Comme pour la lettre précédente, les variantes de L avec V sont presque continuelles, mais elles n’affectent que la forme et portent pour la plupart un air assez visible de retouches.
1 . V qui rattache ses deux extraits à la lettre précédente du 29 novembre, donne au premier ce petit préambule : « Cette excellente Mère ne se contenta pas de
DE MARIE DE L’INCARNATION
C’est pourquoi j’acquiesce, sans pourtant perdre la volonté de l’embrasser, s’il arrive que Celui qui est tout-puissant rompe les obstacles qui s’y opposent, car ce ne sont que des pailles et des toiles d’araignées devant lui, qu’il peut détruire en un moment, quoiqu’ils paraissent comme des montagnes aux hommes, que j’y ai toujours regardés impuissants comme des moucherons* 2. C’est pourquoi, si ce grand Dieu ne donne des âmes remplies de son divin Esprit, on ne fera jamais rien. C’est ce que je lui demande plusieurs fois le jour, m’y sentant fort portée. Or, j’espère qu’il en donnera3.
Pour moi, je ne me veux plus regarder dans les prétentions4 de posséder pour ce coup ce grand, cet aimable, ce souhaitable bien ; mais j’entre dans les intérêts de mon Jésus qui a répandu son Sang pour ces âmes, et je les demanderai sans cesse au Père Éternel, afin qu’un jour elles participent au bienfait de notre rédemption. O qu’heureuses sont ces âmes, tant favorisées du Ciel, dont le dessein éternel de Dieu a fait le choix pour travailler à une si sainte conquête ! Je les aime déjà par avance ces âmes chéries, puisque sa divine bonté leur fait paraître de si grands témoignages de son amour5
demeurer ainsi perdue dans la profondeur des jugements de Dieu, et d’adorer dans le silence les ordres de sa volonté, quoique contraires à des inclinations si saintes et si équitables, puisqu’il s’agissait de la propagation du royaume de son Fils, elle releva encore le courage de ceux de son parti qui semblaient être abattus par le renversement des affaires et les attira dans une semblable résignation par des paroles dignes de sa générosité » (p. 346).
2. La construction embarrassée de ce début, qui ressent tout à fait la première moitié du XVIIe siècle, justifierait la préférence que nous avons donnée au texte de V sur celui de L plus coulant, et où l’on devine trop la main de l’éditeur- ■correcteur.
3. L donne ces deux dernières phrases un peu plus bas, à la suite de bienfait de la rédemption. Il présente ainsi un texte plus logique, ou du moins d’apparence plus claire. Mais son remaniement de tout le début de la lettre est si constant, que nous croyons avoir moins affaire dans son texte à l’ordre de l’original (conservé par V) qu’à une transposition. D’ailleurs V ne manque pas de cohérence. Nous continuons donc de le suivre.