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Les PP. Charles Garnier et Pierre Chastelain

3. Ces deux mois de chemin, ainsi que l’indique le contexte, ne doivent s’entendre que de la traversée. Voir RJ 1637 (Q l°6 ■' C XIII, 18). Partis le 8 avril 1636 de Dieppe, les deux missionnaires débarquaient le n juin suivant à Québec. RJ 1636 (Q 2 ; C VIII, 216). De Québec à la Huronie, c’était un autre voyage d’environ trois cents lieues ; les missionnaires le firent en près de trois semaines et ils ne purent dire la messe en route RJ 1637 (Q 106 ; C XIII, 20). Mais à cette époque la Vénérable Mère ne pouvait avoir que des idées assez vagues sur la géographie du Canada.

CORRESPONDANCE

du voyage. Ils avaient fait un vœu dès la France qu’il leur fut facile d’accomplir dès l’abord, savoir de donner les saints noms de Marie et de Joseph aux deux premières personnes qu’ils auraient l’honneur de baptiser. Joseph est mort bon chrétien peu de temps après son baptême. Marie est encore en vie, et sa mère, qui est la première qui ait apporté des enfants aux Pères, a promis de la laisser entre leurs mains pour la faire instruire 4. Le nombre des baptisés de cette année monte bien à une centaine5, et c'est tout à bon que l’on va faire un séminaire à Québec6.

Quant à ce qui me touche, le R. P. Paul Le Jeune a dessein de faire passer des religieuses en ce pays-là pour instruire les petites filles7, et ces bons Pères qui m’ont écrit, en ayant entendu parler, l’ont prié de ne me pas laisser8. Il leur a promis de faire pour moi tout ce qu’il pourra. Me voilà à présent dans l’espérance et dans

4. Le Sauvage fut baptisé par le P. Chastelain, le jour même de son arrivée à Québec. Montmagny voulut être son parrain. RJ 1636 (Q 2 ; C VIII, 218-220). Joseph mourut trois semaines plus tard, le 30 juin, aux Trois-Rivières. C'était un adulte. La Sauvagesse était une enfant en bas âge. Son baptême eut lieu le 7 juillet aux Trois-Rivières. Ce fut le P. Garnier qui le lui conféra « solennellement ». Le sieur de la Treille, son parrain, la nomma Marie. Sa mère avait promis aux Pères « de la faire instruire dans la foi, quand elle serait grande » (Q 24-26 ; C IX, 50-58).

5. Chiffre donné par RJ 1637 pour l’année 1635-1636 (Q 11 ; C XI, 80). La même Relation ajoute : « Cette année, nous en avons baptisé plus de trois cents en tout, tant aux Hurons qu’à Québec et aux Trois-Rivières ». Le chiffre de Marie de l’Incarnation reproduit peut-être celui de 1636, à moins qu’il ne représente le compte des baptêmes dans la Huronie pour l’année 1636-1637, tel que la lettre de ses correspondants le lui avait transmis.

6. La Relation de 1637 allait en effet apprendre à ses lecteurs que la fondation d’un séminaire de Montagnais, d’Algon quins et de Hurons dans la nouvelle ville de Québec était décidée, et qu’un généreux bienfaiteur s’était trouvé pour en assumer les frais (Q 3 et 55 ; C XI, 48 et XII, 38). Mais il y avait déjà deux ans que les classes étaient ouvertes pour les élèves sauvages dans la résidence de N.-D. des Anges à proximité de Québec RJ 1635 (Q 3 ; C VII, 264).

7. Allusion à la concession de terres dans l’emplacement du futur Québec en faveur de Jean de Beauvais, prête-nom du gentilhomme inconnu dont nous avons fait mention plus haut (lettre XVIII). Dès 1635, Ie P- Le Jeune avait fait appel à la charité de la mère-patrie pour le séminaire des Sauvagesses. RJ 1635 (Q 2 ; C VII, 260).

8. Ce fut durant leur séjour à Québec, du 11 au 30 juin 1636. Une fois montés aux Hurons, les missionnaires étaient coupés de toutes communications avec Québec pendant un an. Ils avaient donc appris en France le dessein de Marie de l’Incarnation.

DE MARIE DE L’INCARNATION IO3

l’attente* 9. Si vous aviez entendu parler ces saints, vous seriez ravi d’aise et vous vous disposeriez à l’exécution de vos desseins. Ces âmes favorisées du Ciel daignent bien penser à moi tous les jours à ce qu’ils disent, et c’est par une providence de Dieu toute particulière, car je ne les ai jamais vus, ce qui fait que je tiens cela pour une insigne faveur10.

Allons donc, au nom de Dieu, mon très cher Père, goûter les délices du Paradis dans les croix qui se trouvent belles et grandes dans la Nouvelle-France : dans ce nouveau Monde, dis-je, où l’on gagne des âmes au Roi des Saints. Mais allons-y, de grâce ! Vous n’y serez pas si infirme qu’en France, car la charité y fait vivre. Et puis, quand vous y mourriez, ne seriez-vous pas bienheureux de finir une vie chétive dans l’exercice d’un Apôtre ? Pour moi, j’ai tant d’envie d’y aller que je languirais dans mes désirs, si la vue de mes indignités ne les abattait et ne me faisait baisser la tête devant Dieu, dans la crainte de perdre ce qu’il me donnerait volontiers, si j’avais une bonne provision de vertus. Faites-moi la faveur, mon très cher Père, de prier Dieu pour moi, à ce qu’il lui plaise ne me pas rebuter. S’il m’accepte, je vous verrai en passant, et je vous tirerai si fort, vous et votre compagnon, que j’emporterai la pièce de vos habits, si vous ne venez. * Je vous en dirai davantage à la première occasion, et non quand j’aurai reçu vos réponses, car on met une pauvre Sœur comme moi derrière la porte : c’est ma place, et je l’agrée fort volontiers, comme d’être toute ma vie et de tout mon cœur votre * n...

De Tours, le 26 d’octobre 1637. 12

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