‹ Écrits spirituels et historiquesChapitre 62 sur 239 · XLIII. — A Madame de la Peltrie · texte numérisé non relu

XLIII. — A Madame de la Peltrie

V p. 361. — L pp. 311-312, Lettre historique IV. — R XIX. — Texte de V.

Madame,

Béni soit le grand Jésus, de qui les desseins et les aimables providences sont toujours adorables, et surtout dans les temps de leurs succès ! Le R. P. Poncet, extrêmement zélé pour tout ce qui regarde la plus grande gloire de Dieu, m’ayant informée de votre généreux dessein, a fait dilater mon cœur par un épanchement tout entier en bénédictions et en louanges à la divine Bonté, des inventions admirables qu’elle a de se former des sujets dignes d’être les instruments de sa gloire.

Quoi ! Madame, notre divin Maître Jésus vous veut-il introduire dans le paradis terrestre de la Nouvelle- France ? Serez-vous assez heureuse d’y aller brûler de ses flammes saintes et divines ? Il est vrai qu’il y a des glaçons, des ronces, des épines ; mais le feu du Saint- Esprit a un souverain pouvoir pour consommer tout cela et même pour fendre les rochers. Ce feu divin est l’esprit qui anime et fortifie les âmes saintes, qui les fait passer par les plus grands travaux, se mépriser elles-mêmes, et prodiguer leurs biens et leur vie pour la conquête des âmes rachetées du Sang de Jésus- Christ. Ah ! ma chère Dame, chère épouse de mon divin Maître, vous trouvant, j’ai trouvé celle qui l’aime avec

Lettre XLIII. — Variantes de L sans importance.

Sur Madeleine de Chauvigny, dame de la Peltrie, voir Écrits, II, pp. 321-322, note (9), pour ses origines familiales, et pp. 318-319 pour les commencements de sa vocation au Canada. A la demande du P. Poncet, alors missionnaire à la Martinique, Marie de l’Incarnation consacrera beaucoup plus tard, en 1670, une longue lettre en forme de relation à la vie de Madame de la Peltrie. Nous remettons à la réédition de cette pièce l’annotation historique complète, d’après les archives retrouvées dans trois chartriers de France, que nécessiterait l’entrée de Madame de la Peltrie dans l’histoire des Ursulines de la Nouvelle-France, et partant dans l’histoire de Québec. Nous renvoyons, en attendant, pour cette lettre et celles qui vont suivre jusqu’au départ de Paris pour Dieppe (mars 1639), à la Relation de 1654 (. Écrits II, pp. 339-352). D’après V p. 360, ce serait la Mère de l’Incarnation qui aurait pris l’initiative de l’entrée en rapports.

vérité, puisquhY ri y a point de plus grand amour que de se donner soi-même et tout ce qu’on a pour son Bien-Aimé 1. Et puisqu’il a plû à sa miséricorde de me donner les mêmes sentiments, il me semble que mon cœur est dans le vôtre et que tous deux ensemble ne font qu’un dans Celui de Jésus, au milieu de ces espaces larges et infinies2 dans lesquelles nous embrassons toutes les petites Sauvages, leur enseignant comme il faut aimer Celui qui est infiniment aimable.

Voulez-vous donc bien, Madame, me faire cette grâce et à celle de mes compagnes3 que Dieu voudra choisir, de nous mener avec vous et de nous lier à votre généreux dessein ? Il y a cinq ans4 que j’attends l’occasion d’obéir aux semonces5 puissantes que m’en fait le Saint-Esprit ; et, à n’en point mentir, je crois que vous êtes celle de qui sa divine Majesté se veut servir pour nous faire jouir de ce bien6. Ah! si je vous pouvais posséder ici pour vous ouvrir mon cœur et me conjouir avec vous sur ce haut dessein, je m’assure, ma chère Dame, que notre bon Jésus l’aurait très agréable et qu’il vous récompenserait de la peine que vous prendriez de faire un voyage de soixante lieues7. Mais, que dis-je ? puisque vous en voulez faire mille8 par des passages dangereux, soixante seront peu au regard de votre amour. Je vous en ose conjurer par le même amour qui brûle votre cœur ; et s’il vous plaît nous donner cette consolation, je vous puis assurer que vous trouverez des

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