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A LA

MISSION DE LA NOUVELLE-FRANCE

U 20 mars 1635, date de la première lettre de sa correspondance missionnaire, Marie de l’Incarnation est professe aux Ursulines de T ours depuis deux ans et deux mois (25 janvier 1633,).

Elle est sortie de cette longue et crucifiante épreuve spirituelle dont elle a commencé d’être affligée dès son entrée au noviciat ( mars 1631,), et qui semble avoir duré, au moins sous une forme atténuée, jusqu’aux approches de 1635. Au carême de 1633, Dom Raymond de Saint- Bernard, le religieux feuillant qui avait eu jusque-là la

CORRESPONDANCE

direction de sa conscience, ayant définitivement quitte Tours, elle s’est mise sous la conduite des Jésuites, qui venaient justement de s’établir dans la ville, et depuis, c’est aux Pères de la Compagnie qu’elle confie son intérieur. Néanmoins , elle continue avec Dom Raymond, son directeur préféré, un échange de lettres spirituelles, plus ou moins fréquent selon les circonstances. Elle le revoit dans tous ses passages à Tours, et chaque fois que l’occasion s’en présente, elle a recours à lui. Dom Raymond de Saint-Bernard est à ce moment, depuis 1634, prieur du Monastère royal de Saint-Bernard des Feuillants de la rue Saint-Honoré à Paris, le premier monastère par l’éclat et l’ importance de la Congrégation des Feuillants en France.

A cette même date du 20 mars 1635, la France est en possession effective du Canada — la Nouvelle-France — depuis 1608, année de la fondation de Québec par Champlain. L’ évangélisation des indigènes, — Algonquins, Montagnais, Hurons, les Sauvages comme les appellent les Français, — y a été commencée par les Récollets de la Province de Saint-Denys en 1615, aidés à partir de 1625 des Jésuites. En 1629, les Huguenots Kirke, agissant pour le compte de l’ Angleterre, s’étant emparés de Québec, Champlain, la plupart des Français et tous les missionnaires, même ceux des Hurons, rentrent en France. Mais le traité de Saint- G er main- en-Laye, 1632, nous rend le Canada, et en rouvre les portes aux missionnaires. Le 5 juillet de cette même année, les Jésuites, avec les Pères Paul Le Jeune et Anne de Noue, sont à Québec. Ils reprennent sur les rives du Saint-Laurent l’œuvre de l’ évangélisation des Sauvages, qui leur est désormais exclusivement confiée. Dans la première moitié de 1635, ils comptent déjà cinq résidences dans la Nouvelle- France: deux sur les côtes orientales de l’ Amérique, au Cap Breton et à Miscou ; deux sur le Saint-Laurent, à Québec et aux Trois Rivières ; la dernière dans la Huronie, ou le P. de Brébeuf et ses confrères sont rentrés l’année précédente. Québec, où ils vont avoir avant la fn de 1635

deux résidences, à Notre-Dame des Anges et à Notre- Dame de Recouvrance, est leur poste principal. Le P. Le Jeune en est le supérieur et dirige toutes les missions de la Nouvelle-France.

Dom Raymond de Saint-Bernard, depuis son retour à Paris, en 1634, s’est senti inspiré de se consacrer à l’apostolat des Sauvages du Canada. Il est même sur le point de s’embarquer pour cette mission. Marie de l’ Incarnation vient d’en apprendre fortuitement la nouvelle. Elle aussi, depuis les fêtes de Noël de 1633, où elle a vu en songe le Canada, et surtout depuis un ravissement du début de 1635 où Dieu lui a révélé son appel à la vie apostolique et sa vocation de missionnaire dans la Nouvelle-France, se sent possédée des mêmes aspirations. Jusqu’ici, elle a gardé son secret, attendant l’heure de la Providence. Nulle occasion ne pouvait s’offrir plus favorable à l’exécution de son dessein que le projet de son ancien directeur. Elle lui écrit donc aussitôt pour lui exposer ses sentiments, le priant d’ examiner sa vocation et de lui donner son appui pour y répondre, s’il la juge du ciel.

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