ANNÉE 1639 LVII. — A SON FILS
DANS « une lettre qu’elle lui écrivit à son arrivée à Québec, dans laquelle elle faisait le récit de tout son voyage, elle disait , ' ( parlant d’une banquise dont le vaisseau avait fait la rencontre,
Écrits II, pp. 355-357) qu’au rapport de ceux du vaisseau et de ce quelle en avait vu elle-même, elle était grande comme une ville escarpée et munie de ses défenses : il y avait des avances qui paraissaient comme des tours; les glaçons s’étaient tellement accumulés au-dessus qu’on les eût pris de loin pour des donjons; il y avait des pointes de glace si élevées, qu’étant montée au haut du vaisseau pour voir le péril qu’elle avait évité, elle n’en avait pu voir la cime ».
LVIII. — A UN DE SES FRÈRES L pp. 321-322, Lettre historique XII. — R XXVII.
Mon très cher frère,
La vie de Jésus soit la conduite et la règle de la vôtre !
Je m’assure que l’affection que vous avez pour moi vous fait désirer d’apprendre le succès de notre voyage
Lettre LVII. — Connue par le résumé que V p. 396 donne d’un de ses passages. Ce résumé est d’ailleurs une paraphrase de l’éditeur. La lettre n’est pas entrée dans le recueil de L. C’est que Dom Claude Martin, qui l’avait reçue alors qu’il était encore étudiant, l’avait sans doute perdue et en était réduit à la citer de mémoire. Le P. de Charlevoix dans sa Vie de la Mère Marie de l’Incarnation (Paris 1724) amalgame la glose de Dom Claude Martin avec le récit plus sobre et plus vrai de la Relation de 1654 ( Écrits II, pp. 355-357).
Lettre LVIII. — L dont nous reproduisons l’inscription semble suggérer que le destinataire est le même que celui de la lettre HII. La teneur de la pièce appuie cette conjecture. La lettre pourrait donc être adressée à Hélye Guyart. — R : A un de ses beaux-frères.
CORRESPONDANCE
et de mon arrivée en Canada. En vous satisfaisant, je me veux aussi satisfaire, et vous assurer que nous sommes au lieu où nous aspirions, dans une santé aussi parfaite que si nous n’étions point sorties de Tours ; non que nous n’ayons souffert de grands travaux1 durant trois mois de navigation2 parmi les orages et les tempêtes, qui pour treize cents lieues que nous avions à faire, nous en ont fait faire plus de deux mille3. Nous nous sommes vues à deux doigts du naufrage 4 ; mais celui qui commande aux vents et à la mer nous a préservées par son doigt tout-puissant. Qu’il en soit loué et béni éternellement des anges et des hommes 5 !
Ce que nous avons vu en arrivant dans ce nouveau monde nous a fait oublier tous nos travaux : car entendre louer la Majesté divine en quatre langues différentes6, voir baptiser quantité de Sauvages7, entendre les Sauvages mêmes prêcher la loi de Jésus-Christ à leurs compatriotes et leur apprendre à bénir et à aimer notre Dieu, les voir rendre grâces au ciel de nous avoir envoyées dans leur pays barbare pour instruire leurs filles et leur apprendre le chemin du ciel ; tout cela, dis-je, n’est-il pas capable de nous faire oublier nos croix et nos fatigues, fussent-elles mille fois plus grandes qu’elles n’ont été ? Il en a été baptisé cette année, tant aux Hurons qu’aux Montagnais, plus de cinq cents8. Je vous supplie