Cabanes d’écorces de bouleau
DE MARIE DE L’INCARNATION 151
matin, nous retournâmes en la barque, et arrivâmes à Québec sur les huit heures du matin, jour de Saint-Pierre-ès-liens 38.
Sitôt qu’on aperçut la barque en laquelle nous venions, M. le Gouverneur envoya deux hommes dans un canot de Sauvages pour voir qui c’était, et [dès] qu’il en fut assuré, il nous envoya une chaloupe tapissée pour nous mettre en terre39. Il vint au-devant avec M. de Lisle, son lieutenant40. Il ne se peut dire les courtoisies que nous recevons de lui. Sitôt que nous fûmes descendues à terre, nous nous mîmes à genoux, et le R. P. Vimont fit une prière pour tous 41. Nous allâmes droit en l’église42 ; on chanta le Te Deum, entendîmes la sainte messe et communiâmes, puis après nous vînmes saluer M. le Gouverneur en sa maison où nous dînâmes43. De là, on mena les Hospitalières en une maison que M. le Gouverneur leur baille, laquelle est fort proche du Fort44, en attendant que leurs bâtiments soient achevés 45, où nous les accompagnâmes ; puis, on nous mena en celle que Madame de la Peltrie a louée de Messieurs de la Compagnie, qui consiste en deux chambres assez grandes, une cave et
38. Le Ier août. Jamais encore la flotte n’avait tant tardé. Le P. Le Jeune note qu’à Québec on commençait d’être inquiet. Cependant, on y était informé depuis quelques jours de l’arrivée des vaisseaux à Tadoussac. Bontemps avait envoyé une chaloupe en donner la nouvelle. RJ 1639 (Q. 2 ; C XV, 218). Le Jeune a fait quelque peu de littérature autour de ce débarquement très modeste : a Quand on nous vint donner avis, écrit-ù, qu’une barque allait surgir à Québec, portant un collège de Jésuites, une maison d’Hospitalières et un couvent d’Ursulines, la première nouvelle nous sembla quasi un songe ; mais descendant vers le grand fleuve, nous trouvâmes que c’était une vérité. Cette sainte troupe, sortant du vaisseau, se jette à genoux... Tout le monde regardait ce spectacle dans un silence : on voyait sortir d’une prison flottante ces vierges consacrées à Dieu aussi fraîches et aussi vermeilles que quand elles partirent de leurs maisons, tout l’océan avec ses flots et ses tempêtes n’ayant pas altéré un seul petit brin de leur santé » (Q 8 ; C XVI, 18). La réalité moins panachée n’en est pas moins émouvante.
39. Les trois récits des religieuses — Marie de l’Incarnation, Cécile de Ste-Croix, Hospitalières — concordent en ce point. Ce serait donc durant la traversée de l’île d’Orléans à Québec que se serait effectué le transbordement des passagers. Nous verrons plus bas que Montmagny n’avait pas attendu à ce dernier moment pour envoyer au-devant de la compagnie.