‹ Écrits spirituels et historiquesChapitre 92 sur 239 · RJ 1639 (Q 2 ; C XV, 218 et ss · texte numérisé non relu

RJ 1639 (Q 2 ; C XV, 218 et ss

51. Sur cette visite à Sillery voir Écrits II, pp. 368-369, et 388 note 5.

DE MARIE DE L’INCARNATION

demie ; on y va par eau 52. M. le Gouverneur nous prêta encore sa chaloupe dans laquelle nous apprîmes des soldarts 53 qui la menaient, que M. le Gouverneur les avait envoyés avec des rafraîchissements au-devant de nous, sitôt qu’il avait su que nous venions. Car sitôt que nous fûmes arrivés à Tadoussac, il monta une barque qui ne fut que peu de jours [à] arriver à Québec, et nous fûmes huit jours dans le Saint- Jacques, qui ne marchait point, faute de vent 59. Ces bonnes gens nous dirent qu’ils étaient venus vingt lieues et avaient été contraints de s’en retourner quand ils ne nous aperçurent point. Nous nous confessâmes à Sillery. Après, on y baptisa une fille âgée viron de dix ans ; Madame de la Peltrie fut sa marraine et la nomma Marie 60. On la lui donna par après pour pensionnaire ; ç’a été notre première. Je vous laisse à penser la joie d’avoir à pratiquer notre institut dès le second jour de notre arrivée, envers cette petite créature nouvellement baptisée. La plupart des assistants pleuraient de joie en cette cérémonie. Auparavant que la commencer, les Sauvages étant rangés sur des bancs, le R. P. Le Jeune les fit prier Dieu en leur langue et puis chanter le Credo et quelques cantiques qu’il a composés en leur langue. Si le temps me l’eût permis, j’avais proposé de l’écrire et de l’envoier à mes sœurs. Ce pourra être pour une autre année. Je ne trouve rien d’agréable, comme d’ouïr chanter les Sauvages, tant ils chantent doucement et s’accordent bien. J’admirai la charité de ce bon Père : prendre la peine de chanter avec eux, et, dans une autre occasion, une fille sauvage ayant communié, s’aller mettre à genoux auprès d’elle et lui faire dire son action de grâces mot à mot. En effet, c’est un apôtre de ce pays et le père des Sauvages.

Le lendemain, troisième jour d’août, nous sortîmes encore pour aller à Notre-Dame des Anges61, distant environ demi-lieue de Québec. C’est la plus grande résidence des Pères 62. En passant nous

52. On s’y rendait aussi par terre, car les actes de 1640 parlent déjà de « la grande route par laquelle on va de Québec à Sillery ».

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