Soldarts soudarts, soldats, formes du même mot
59. On s’y était embarqué le 20 ou le 21, puisqu’on le quitta le 29 suivant. La chaloupe du gouverneur avait dû descendre jusqu’à moitié chemin de Tadoussac.
60. La fille adoptive de Noël Négabamat, capitaine des Sauvages, le premier des Algonquins qui avec sa famille se fût fixé à Sillery, où il avait été baptisé le 8 décembre de l’année précédente.
61. La résidence que les Jésuites avaient commencé de construire dès le Ier septembre 1626, à une demi-lieue de Québec, et qu’ils avaient dédiée sous le vocable de Notre-Dame des Anges. Elle était située à sept ou huit cents pas de la résidence des Récollets, — l’Hôpital Général actuel, — mais de l’autre côté de la rivière Saint-Charles, dans un endroit communément appelé le Fort de Jacques Cartier, en souvenir du bastion que Jacques Cartier y avait construit en 1535, pour se mettre à couvert des surprises des Sauvages, au milieu desquels il hivernait.
62. Ils n'avaient alors à Québec même qu’une petite maison attenante à Notre- Dame de Recouvrance, qui leur servait de presbytère et de magasin pour leurs missions. Notre-Dame-des-Anges était en outre par l’importance la première résidence de la Mission de la Nouvelle-France.
CORRESPONDANCE
vîmes le bâtiment des Hospitalières 63. Le lendemain, qui était jeudi, on alla remarquer un lieu pour faire notre bâtiment. Je sortis pour accompagner notre Mère. C’est un lieu très agréable et assez proche du Fort ; il y a déjà un peu commencé à défricher, et M. le Gouverneur, qui y assistait, dit qu’il l’avait fait faire pour y mettre des Ursulines dès y a longtemps64. Nous sortîmes encore le vendredi et le samedi pour aller à la sainte messe, et nous n’avons point sorti du depuis. Dès le dimanche, on vint nous dire la Messe en notre maison. Nous l’avons tous les jours en même lieu, qui est un petit coin de cheminée clos avec des planches, là où il n’y a que la place de l’autel et du prêtre, et celui qui aide à dire la messe ; et nous avons la faveur d’avoir Notre-Seigneur tout proche à qui conter nos besoins. Vous entendez bien que c’est le saint Sacrement que nous avons en ce petit lieu. Le jour de l’Assomption, il se fit une procession générale des Français et Sauvages. Madame de la Peltrie servait de capitainesse aux femmes sauvages ; elle marchait en tête avec deux de nos petites séminaristes à ses côtés. La procession vint en notre maison ; on avait paré la chambre et dressé l’autel dedans. Le R. P. Le Jeune fit prier et chanter les Sauvages ; nous chantâmes aussi 65. On est tout ravi d’entendre nos Mères. Tous les fêtes et dimanches, il vient des gens pour ouïr vêpres que l’on chante. Nous sommes cinq : notre
63. En descendant à la rivière Saint-Charles où s’élevait Notre -Dame -des - Anges, par le sentier qui sera plus tard la Côte du Palais.
64. C’était la concession délivrée le 15 janvier 1637 à Jean de Beauvais, prête-nom du gentilhomme inconnu (Voir la lettre XVIII). Marie de l’Incarnation choisit alors l’endroit qu’elle préférait, qui fut ensuite assigné aux Ursulines le 14 octobre 1639, et dont elles furent mises en possession le 18 février 1640. La concession de Jean de Beauvais, comme la concession analogue des Jésuites, comprenait primitivement douze arpents ; sur place, Montmagny dut les réduire à six arpents « ou environ ». Ces six arpents consistaient « en nature de bois taillis » (Archives des Ursulines de Québec. Acte de concession du 18 février 1640J.
65. « La procession commençant à marcher, la croix et la bannière passaient devant. M. Gand (commis-général des Cent Associés) venait après, marchant en tête des hommes sauvages, dont les six premiers étaient revêtus de ces habits royaux (apportés de France par le fils de Iouanchou) ; ils allaient tous, deux à deux, fort posément avec une belle modestie. Après les hommes, marchait la fondatrice des Ursulines, tenant à ses côtés trois ou quatre filles sauvages vêtues à la française, et ensuite venaient toutes les filles et femmes des Sauvages en leur propre habit, gardant parfaitement bien leur rang. Suivait le clergé, après lequel marchait Monsieur notre gouverneur et nos Français et puis nos Françaises, sans autre ordre que celui de l’humilité... Au sortir de l’Hôpital, on tire droit aux Ursulines... Les Religieuses chantant 1 ’Exaudiat ravirent nos Sauvages et réjouirent fort nos Français, voyant que deux chœurs de vierges chantaient les grandeurs de Dieu en ce nouveau monde. Au sortir des Ursulines, nous tirâmes droit à l’église... » RJ 1639 (Q 3-4 ; C XV, 226 et ss.). Dans la station aux Ursulines comme à celle de l’Hôpital, les Sauvages, écrit encore Le Jeune, «prièrent tout ensemble pour le Roi, remercièrent Dieu de ce qu’il lui avait donné un Dauphin. Us prièrent encore pour la reine et pour tous les Français, et ensuite pour toute leur nation, puis se mirent à chanter les principaux articles de notre créance (le Credo, comme à Sillery, lors de la visite des religieuses).
DE MARIE DE L’INCARNATION
Mère d’un côté ; Madame de la Peltrie, ma Mère de Saint-Joseph «et ma sœur Charlotte66 de l’autre ; et moi, je suis du côté de notre Mère. Il y a du plaisir de voir les Sauvages et Sauvagesses auprès de la viole, quand on en joue : ils sont ravis. Il y eut un de ces premiers chrétiens, (c’est un nommé Nouel 67, dont il est parlé aux Relations) , qui dit qu’il fallait apprendre cela à leurs filles. On ne s’en sert ni servira de la viole que pour attirer les Sauvages. On baptise plusieurs Sauvages, tant grands que petits. Le R. P. Le Jeune en a baptisé jusques à sept pour une nuit, depuis notre arrivée, et n’était une maladie contagieuse entre eux, qui est comme une sorte de petite vérole, qui les empêche de s’assembler, il se ferait bien d’autres conversions68. Madame de la Peltrie a servi de marraine à plusieurs, entre autres de Pigarouich, qui est ce sorcier dont on a tant parlé, et maintenant bon chrétien 69.
Nous avons déjà six pensionnaires sauvages arrêtées70, et par intervalles bien d’autres, et qui aurait le moyen de les nourrir et vêtir, on n’en manquerait pas. C’est une chose pitoyable que, manque d’un peu de pain, voir tant de gens se perdre. Nos Mères de Tours prient toutes les sœurs de leur communauté de demander par aumônes à leurs parents chacun une chemise pour les petites sauvages. Je vous fais la même demande et à toutes nos Mères des autres couvents, si vous le jugez à propos, comme aussi par aumône je vous demande des agneus 71 : les Sauvages y sont fort affectionnés ; — Pigarouich, à présent nommé Étienne, après avoir perdu celui qu’on lui avait donné, vint dès le lendemain en demander un autre. Nous avons aussi des petites Françaises pour externes ; il y en a déjà bien sept ou huit. Je crois qu’il n’y avait pas plus de huit jours que nous étions ici quand on nous les envoya 72.
Jugez si nous avons beaucoup de temps de reste avec le commencement d’une maison. Madame de la Peltrie a pris le soin de lever