‹ Ecrits sur la musiqueChapitre 47 sur 50 · DES NOUVEAUX ÉDITEURS · texte numérisé non relu

DES NOUVEAUX ÉDITEURS

Plusieurs auteurs ont voulu mettre en scène la reine de Lydie. Grandchamp en fit, en i65o, le sujet d'une tragi-copiédie, et Palaprat, en itig^s celui d'une comédie ; toutes deux oubliées entièrement et mortes dès leur naissance. Ce résultat ne découragea point la Motte , qui , en 1701 , composa l'opéra (VOmphaie, en cinq actes , avec prologue. On n'est point d'accord sur l'auteur de la musique, attribuée par les uns à Destouches, et par les autres à Campra (*). Cet opéra eut un grand succès. On le reprit en 1721 , puis en 1733, enfin le 14 janvier 1752 , avant l'arrivée des bouffons italiens, qui ne parurent à Paris qu'au mois d'août suivant. Grimm critiqua la musique, dans une Lettre sur l'opéra de la Motte, et y fit l'éloge de la musique italienne. Un anonyme publia des Remarques au sujet de cette Lettre, et ces Remarques donnèrent lieu à la lettre de Rousseau. Elle parut dans les premiers mois de 1732, et depuis cette époque, on n'en a réimprimé que des fragmens. 11 fallait donc avoir recours à l'édition première , dont les exemplaires sont devenus très-rares. Le savant bibliothécaire du conseil d'état, M. Barbier, nous a procuré celui

(•) Voj-cz Dictionnaire des théâtres de Paris, tom. IV, p. aô.

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dont nous faisons usage dans cette édition. C'est le seul o>.viage auquel Rousseau n'ait pas mis son nom ; mais au style , au ton de persirtlage et d'ironie, on reconnut l'auteur de la réponse à l'abbe Gauthier ; n'ponse adressée pareillement à M. Grimm, et publiée le i" novembre ijSi. On a supposé deux motifs pour lesquels il ne voulut point se nommer : Je premier étoit la crainte de Rameau , et le second sa haine pour Grimm. Mais c'est confondre les époques; il faut 0[)ter entre ces deux causes , ou , ce qui serait mieux peut-être, n'en admettre aucune. Jean-Jacques, analysant le talent de Rameau avec autant de précision que d'impartialité, lui laisse encore beaucoup de droits à la gloire. Ce jugement équitable e.'t digne de remarque, parce qu'il n'avait plus de ménagement à garder avec Rameau ipii l'avait traité brutalement chez M. de la Popeliuière. On suppose que Rameau pouvait nuire au succès du Devin du Fillage qu'on répétait à celte époque. D'abord lé Devin du Village n'était point fait lorsque cetle lettre fut imprimée- Ensuite Duclos se chargea défaire essayer cet intermède, en laissani ignorer l'auteur (*), qui s'abstint même de faraitre à ia répétition, de peur de se déceler. L'ouvrage ayant été reçu par acclamation et réclamé d'autorité par l'intendant des Menus-Plaisirs et le duc d'Aumont , pour être joué à la cour , Rameau , en lui supposant l'envie de nuire, n'en avait plus le pouvoir. Telles sont les observations que nous soumettons à M. Fetitain , qui paraît avoir adopté cetle opinion.. Quant à l'autre motif, il faut, pourqu'il existe, faire une supposition aussi gratuite que la première ; c'est-à-dire , admettre la jalousie

(•) Voyez t. II de celle édUion, p. i4-^- Confessions, 1. VIII.

SrR lA LETTRE A M. GRÎMM. 543

(le Jean-Jacques, el croire qvi'il regrettait les éloges qu'il donne à Grinim dans cette lettre. Il est bon de rappeler qu'ils ne se brouillèrent que cinq ans aprèsqu'elleeutétépubliéeanonymement(en lyS;). Prétendre que Rousseau se repentit, dans la suite, d'avoir loué Grimm, parce qu'il était jaloux de son talent , est une assertion démentie par les éloges que Jean-Jacques donne toujours à Diderot, qui avait plus de talent que Grimm. D'ailleurs, ce motif ne peut s'admettre, au moment de la publication, puisqu'ils étaient intimement liés. On est donc réduit à faire des conjectures; et, puisqu'elles sont permises, nous dirons qu'il serait possible que Jean-Jacques eût modifié , long-temps après, l'opinion qu'il exprime dans cette lettre : il y fait un éloge que des circonstances qu'il a connues, depuis, l'autorisaient à rétracter. En parlant des ouvrages théoriques de Rameau, il dit qu'ils ont fait une grande fortune 8ans avoir él6 lus, et qu'ils le seront bien moins, depuis qu'un pfiilosophe a pris ta peine d'écrire le sommaire de la doctrine de cet auteur , ajoutant que cet abrégé anéantira Us originaux, et avec un tel dédommagement que l'on n'aura aucun sujet de les regretter. Il est qviestion de d'Alembert; mais Rousseau découvrit pins tard que ce philosophe avait composé une partie de ses ou- VI âges sur la musique , avec d'autres ouvrages qui ne lui appartenaient pas ; il reconnut même des fragmens qu'il avait donnés pour l'Encyclopédie , et que d'Alembert n'avait point insérés dans ce recueil, et s'en plaignit. Ces raisons ne doivent-elles pas entrer en ligne de compte pour expliquer l'oubli dans lequel il a laissé cette lettre ?

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