‹ Ecrits sur la musiqueChapitre 48 sur 50 · A.U SUJET DES REMARQUES AJOUTÉES A SA LETTRE · texte numérisé non relu

A.U SUJET DES REMARQUES AJOUTÉES A SA LETTRE

SUPi OMPHALE.

Picas quis domit vcrba nostra conari?

(Auli Peisii Flatci prologus in safjras, v. 9.)

.1 E VOUS félicite , monsieur, de votre nouvelle gloire ; vous voilà en possession d'un honneur qu'^Homère et Platon n'ont eu que long-temps après leur mort, et dont Boileau seul avait joui de son vivant parmi nous : vous avez un commentateur. Les remarques sur votre lettre n'ont pas, il est vrai, le litre de commentaires; mais vous savez que les commentateurs suppriment les choses essentielles, et étendent celles qui n'en ont pas besoin ; qu'ils ont la fureur d'interpréter tout ce qui est clair; que leurs explications sont toujours plus obscures que le texte , et qu'il n'y a sorte de choses qu'ils n'apeiçoivent dans leur autcui-, excepté les grâces et la linesse.

Or, les remarcjues ne disent pas un mot d'Om- • phale , qui est le sujet de votre lettre : en revanche, elles s'étendent fort au long sur vos digressions un peu longues. Vous avez parlé du récitatif, et les rem.Tr([ues en font un sermon dont vos paroles sont le texte. Le récitatif français est lent : premier point. Le récitatif français est monotone : second point. On a soin de suppléer à la déliiiition (pi'on prétend que vous deviez donner du récitatif italien. Après cela on déi\n\t le récitatif ou Isitnélopce des anciens. On définira bientôt l'ariette ; et que ne définit-on point ?

Grand commentaire sur ce que vous voudr'cz défendre à certaines gens d'écouter la musique des

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Pergolèse , des Buranelli, des AdoHati ; lequel commentaire prouve très- méthodiquement que vou3 avez raison de dire qu'on ne doit rien conclure contre le récitatif italien , de ce qu'il n'est pas écouté à l'Opéra.

Autre grand commentaire sur l'ariette, inventée à Bologne par le fameux Bernachi, mais mise en usage par d'autres, attendu que le fameux Bernachi n'était point compositeur, mais chanteur célèbre.

Second commentaire sur l'art d'écouler, que le comnientateur prend pour l'art d'ouvrir les oreilles. Sur quoi il se plaint très-spirituellement de ce qu'on néglige l'art de comprendre.

Commentaire sur ce que vous avez dit de l'abus du geste : mais ici le commentateur prend la liberté de n'être pas de votre avis, parce que le geste est essentiel à la musique de Lulli.

Item , grand commentaire sur votre sensibilité pour les beaux-arts et pour les talens en tout genre. Vous avez élevé un temple au Dieu du goût et des talens. Il faut en croire le commentateur quand il nous déclare que vos dieux ne sont point les siens. En le disant, il l'a prouvé; et il peut être bien sûr qu'on ne le soupçonnera jamais de cette idolâtrie.

Passons à la claité des interprétations : le commentateur, qui a la charité de suppléer aux définitions, qu'il assure que vous avez eu tort d'omettre, vous dicte celle-ci pour le récitatif italien : Le récitatif italien^ ferme dans sa marche, donne à chaque sentiment te temps ci l'orchestre de lui faciliter les transitions de tons, et par ce moyen évite les cadences finales , et ne connaît de repos qu'à la fin du récit. L' orchestre n'obscurcit point ia déclamation de l'acteur par un tas d'accords; mais à chaque différentes expressions , il lui con-

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firme h même sentiment par une noup elle façon de l'exprimer. Voilà ce qui le rend susceptible de varicté. Pour vous dire franchement mon avis sur une définition si claire, je pense que l'auteur aura entendu par hasard quchjue récilalif i lalien coupé de ritournelles et de traits de symphonie, et il aura bonnement pris cela pour le caractère général du récitatif; ce qu'il y a de bien assuré dans tout ceci, c'est (lueTaulenr de ct-tte définition, quel qu'il soit, n'a jamais su la musique.

Mais une autre définition qu'il faut entendre par curiosité, c'est celle de l'ariette. Je vais la transcrire bien exactement. Le fameux Bcrnaclii a placé le •mineur entre deux majeurs^ et a fait rêpcter le premier et principal motif de chant par différentes transition^s de tons , afin que l'oreille saisisse mieux par cette répétition le caractère des pensées de la musique. Vous riez : patience , vous n'êtes pas au bout ; il faut encore, s'il vous plaît, essiiyer la note. Ce que f ai dit mineiir, n'est souvent que corrélation de ton. C'est à l'habileté du compositeur de chercher la corrélation relative au sujet, et qui entre ie mieux dans le majeur. Le mineur ou corrélation change toujours de mouvement , c'est-à-dire, que si le majeur est C. le mineur sera^lent, et reprend le majeur C ; c'est ce qui fait l'omhre au tablenu. ^e faisons point l'injure à l'auteur de croire qu'il ait tiré tout ce galimatias de sa tête. Je pense entrevoir encore ici la vérité. Ces passages auront été transcrits de quelque vieux livre ilafien, et traduits, tant bien que mal, par quelqu'un qui n'entendait rien du tout à la musique, et pas grand'chose à l'ilalien.

Je consens à vous faire grâce de la suite , à condition que vous conviendrez que les remarques sont

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de vrais commentaires. Jamais les le\icocrassus et tous les savans en us n'en eurent le caractère mieux marqué. Ainsi, je svippose la preuve faite.

J'ignore parfaitement qui est le commentateur, mais je ne le crois point mal avec vous; car, selon moi , ce n'est pas sans quelque finesse, à sa manière, qu'il afficte de relever tant de jolis endroits de votre lettre. C'est une espèce de cornpère qui répète les sentences de Polichinelle, et qui ne feint de s'en moquer <pie pour les faire mieux entendre aux spectateurs. Je sais bien que vous n'avez pas l'air de Polichinelle; mais pour le compère, je vous le dis encore , je le soupçonne d'être de vos amis.

Permettez donc que je m'arlresse à vous pour lui faire passer quelques avis dont je m'imagine qu'il doit faire usage avant que d'insérer son commentaire dans votre lettre. Comme je pourrais bien , par contagion , m'appcsantir un peu sur les remarques , pour éviter du moins la monotonie, je donnerai différens noms à leur autevir. Quand il prendra la peine d'expliquer an long pourqiioi il vous fait l'honneur d'être de volîe avis, je l'appellerai le commentateur. Quand il fera semblant de vous réfuter, ce sera ie compère, et ce sera te critique toutes les fois qu'il aura raison; mais je serai contraint d'être un peu sobre sur l'usage de ce dernier nom.

Qu'un commentateur soit obscur, diffus, languissant, c'est le droit du métier ; mais il y a pourtant \m certain point qu'il ne doit pas excéder. On ne saurait permettre, à Mathanasius même, de citer, à propos de l'arielle, et Mainard qui s'aperçut le premier que le troisième vers devait avoir un sens fini ou repos dans la stance; et la Sophonisbe duTrissino, modèle des trois unités; et Maigret, qui le premier

introduisit cette règle des trois unités dans la tragédie, et qui par conséquent en instruisit Sophocle, Euripide et Sénèque; et le fameux Bernachi, dont ni vous, ni moi, ni bien d'autres, n'avons entendu parler ; ce qui ne doit pas povirtant vous surprendre ; il y a comme cela tant de ces gens fameux que personne ne connaît, et qui passent leur vie à se célébrer les uns les autres , sans se faire connaître davantage. Quoi qu'il en soit, voilà les raisonsclaires pourquoi l'ariette italienne n'est point réduite à folâtrer éternellement, comme la française, autour d'un lance f voie^ chaîne, ramage; raisons que le compère vous reproche de n'avoir pas dites , et qu'il a la bonté de dire à votre place.

Le compère prétend qvie , parce que le genre bouffon est connu en Italie, il n'est pas vrai que M. Rameau en soit le créateur en France : cela est extrêmement plaisant ; car, s'il n'eût point existé de genre bouffon en Italie, il eût été fort ridicule de dire que M. Rameau en avait créé un en France. Je n'examine point si le genre bouffon existe réellement dans la musique française; ce que je sais trèsbien, c'est qu'il doit nécessairement être autre que le genre bouffon de la musique italienne; une oie grasse ne vole point comme une hirondelle. A l'égard de la musique de Platée, que le critique vous reproche d'avoir traitée de sublime , appelez-la divine, s'il l'aime mieux ; mais ne vous repentez jamais de l'avoir regardée comme le chef-d'œuvre de M. Rameau, et le plus excellent morceau de musique qui jusqu'ici ait été entendu sur notre théâtre. Il faudra, je l'avoue, vous passer de l'approbation de tous ceux qui n'ont point d'autre moyen pour apprécier un ouvrage que de compter les voix qui l'ont applaudi. Mais vous n'en êtes pas à prendre votre parti sur cela.

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Je voudrais demander à ce grand homme, qui prend la peine d'assigner les bornes du sublime, quelle épithète il donnerait à la première scène du Tartuffe, surtout aux deux derniers vers:

Jour de dieu! je saurai vous frotter les oreilles. Marchons, gaupe, marchons

Et à ces autresvers de la même pièce, (act. V, se. i".)

C'en est fait, je'renonce à tous les gens de bien;

J'en aurai <iésormais une horreur efi'royable,

Et m'en vais devenir pour eux pire qu'un diable.

Priez-le de vouloir décider si c'est ià du sublime on non. On lui en pourrait demander autant de la musique de la Serva Padrona. Mais il n'en a peutêlre jamais entendu parler.

Le compère, qui prend la liberté de vous dire qu'Adolfati est mal placé dans votre citation de Pergolèse et de Buranello, trouvera bon que nous prenions la liberté de lui demander des raisons ou du moins des raisonnemens, à lui qui ne veut passer aux autres que des propositions démontrées. Il peut n'avoir aucune connaissance des chefs-d'œuvre de cet auteur ; mais l'ignorance n'excuse point un homme d'avoir mal dit, elle l'oblige seulement à se taire, surtout quand il est question de condamner publiquement un auteur vivant dont la carrière n'est que commencée. Il est vrai quecet Adolfati, qui n'a pas l'honneur d'agréer au compère, méprise très-cordialement les musiciens français, mais il faut un peu le lui pardonner; le pauvre diable a passé par le bec de l'oie.

Il fallait absolument substituer Hasse à la place d'Adolfati, et cela par quatre raisons sans réplique. L'une, que Hasse est votre compatriote ; l'autre qu'à l'âge de quarante-huit ans il avait fait ciuquaute-

quatre opéras; la troisième qu'il est le seul élran-

gei dont les Italiens exécutent la musique.

Oh le méchant lioiieau de n'avoir pas encensé M. de Scudéri, M. le gouverneur de ^otre-Dame de la Garde, qui était son compatriote et son contemporain , qui faisait tant de livres, et qui enchantait tant d'honnêtes lecteurs! Et ce coupable philosophe qui a osé admirer ses compatriotes, n'auraitil point, par malheur, oublié le compère? Aussi n'a-t-il pas l'honneur d'être son philosophe, mais le vôtre; et je me strais bien douté que vous n'aviez pas tous deux les mêmes philosophes non plus que les mêmes dieux. Hasse est le seul étranger dont les Italiens adoptent la musique. Le compère, en citant Terradeglias, a donc oublié qu'il est Espagnol? Hasse est admiré par les Italiens? Les Italiens admirent bien l'Ariosle ( i ).

Et la quatrième raison ? demandera le compère. Il sera bien fâché de l'avoir oubliée. C'est que votre nom commençant par un G, et ceux de Hasse et de Hendel par un H , la proximité des lettres initiales était pour vous une nouvelle obligation de nommer ces deux auteurs. Je vous demande pardon d'avoir fourni cette arme contre vous; mais à r imitation du commentateur, je me réserve aussi le droit d'être quelquefois compère.

Le commentateur s'étend sur l'éloge de Pagni et

(i) Je ne prétends point dire ici du mal de liasse, qui réellement a beaucoup de mérile , de talent, et une fécondité prodigieuse, quoique très - éloigné , selon moi, d'être l'égal de Pe°-oièse. J'examine seulement les raisons sur lesquelles le compère s'ingère de prescrire a M. Grimm les auteurs qu'il do.t nommer et ceux qu'il doit rejeter. I-equel des d.ux est le plus répré: ensibk , celui qui ne dit rien de Hasse, ou celui qui paile mal d'A-dollati ?

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de son illustre maîire. et uous y applaudissons, vous et n»oi , de très bon cœur. Il voudrait que vous eussiez dit jusqu'à quel point la nation ingrate envers un talent si sublime, a osé rhumilier publiquement. Il fallait dire s'humilier publiquement. Midas n'humilia point Apollon, et un cygne peut être hué par des oies sans en être humilié.

Je veux être équitable, monsieur, et je ne suis pas moins prêt à donner à l'auteur des remarques les éloges qui lui sont dus , qu'à lui proposer mes doutes. Par exemple, vous avez dit que le goût des arts était général en France, et il l'est beaucoup trop assurément. L'imbécile multitude des prétendus connaisseurs sans lumière engen re l'avide et méprisablemultitude des artistes sans taleus, et legénie demeure étouffé dans laloule des sots. Vous avez dit encore qu'en fait de goût la cour donne à la nation des modes, et les {)hilosophes des lois. Le' compère vous répond à cela par les magots de la Chine, les vases de fragile porcelaine , les papiers des Indes, les estampes enluminées. Voilà, selon lui, les lois données par les philosophes ; quant aux modes que nous tenons de la cour, il n'en parle point. Vous dites que les philosophes donnent insensiblement du goût aux peuples, c'est-à-dire, du discernement pour les grands talens, et de l'admiration pour ceux qui les possèdent. Le compère vous répond que la philosophie n'inspire pas les talens, et vous aveitit gravement de ne pas confondre le goût avec la sécheresse du calcul. Ma foi, je le dis de très-b(>n cœur, le compère me paraît un homme admirable.

Laissez dire le compère ; ne doutez pas qu'en effet nous ne soyons redevables- aux philosophes de ces lumières agréables qui c«)mmencent à nous éclairer, et croyez que si la philosophie ne fait pas les

grands arlistcs, ravgent les fait encore moins. Heureuse Italie, dont les hubitans ont reçu de la nature ce goût exquis qui les rend sensibles aux charmes des beaux-arts ! Plus heureuse la France d'acquérir ce même goût à force d'études et de connaissances, et de devoir à l'art de penser l'art plus précieux de sentir! La philosophie, je le sais, n'engendre point le génie, mais si elle apprend aux nations à le connaître et à l'aimer, c'est lui donner un nouvel être non moins rare et non moins utile que celui qu'il tient de la nature.

Il assure qu'il n'y a point en Europe de nation plus attentive au spectacle que la française, et il convient que Paris est la seule ville où l'on soit contraint de poser des gardes dans les spectacles pour contenir la criaillerie des juges de Corneille, de Ptacine et de Quinault. Il dit dans un endroit, tjuc la musique n'a point reçu de nos jours d'auginentation en France du coté du yoût ; et dans un autre , que M. Rameau nous a enrichis de son propre goût. Ce sont des raffinemens de l'art , monsieur, que ces contradiclions-là ; c'est un moyen sur de ne pas manquer la vérité dans les choses dont on veut raisonner sans y rien entendre.

Vous avez fini votre lettre i)ar un trait de la plus grande beauté, et vous ne devez pas douter que celui qu'il regarde n'en ait senti la force et le vrai ; c'est à ces hommes là , quand ils sont des hommes, qu'il appartient d'apprécier le sublime. N'oubliez pas, je vous prie à ce sujet, un petit remercîment au compère ; car dans cet endroit il s'est surpassé lui-même.

C'est encore par un trait d'habileté qui mérite quelque compliment, que le commentateur ne dit pas un mot du sujet de votre lettre. Ces mystères

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sont pour lui lettres closes; croyez qu'il a eu de fort bonnes raisons pour n'en point parler. Vous nous avez iippris à tous tant que nous sommes, à faire l'analyse d'une pièce de musique; vous avez trouvé l'art d'exprimer les idées, les fautes, les contresens du musicien , en parodiant les paroles du poète. Vous avez fait un choix exquis de pièces de comparaison ; vous avez parlé des duo, de l'ariette, du récitatif, en homme de goût qui entend la musique, et qui sait réfléchir; et fuyant également l'air bêtement suffisant , et la fourbe et maligne hypocrisie des écrits à la mode, vous avez eu la difficile modestie de ne juger que sur des raisons, et le courage de prononcer avec fermeté. Je me contente d'exposer ces choses; peut-être ne serontelles louées de personne, mais à coup sûr beaucoup de gens en profiteront.

Quant à moi, qui vous dis librement ce que je pense à charge et à décharge , et à qui vos écrits donnent le droit d'être difficile avec vous, je voudrais premièrement que vous eussiez choisi un autre texte qu'Omphale ; cette misérable rapsodie n'étaife pas digne de vous occuper. Je voudrais encore que vous eussiez mieux fait sentir la différence qui caractérise les deux récitatifs, et la raison décisive qui assure la supériorité au récitatif italien : savoir, le rapport plus grand de celui-ci à la déclamation italienne, que du récitatif français à la déclamation française. Proprement les Français n'ont point de vrai récitatif; ce qu'ils appellent ainsi n'est qu'une espèce de chant mêlé de cris; leurs airs ne sont à leur tour qu'une espèce de récitatif mêlé de chant et de cris; tout cela se confond, on ne sait ce que c'est que tout cela. Je crois pouvoir défier tout homme "d'assigner dans la musique française

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aucune différence précise qui dislingue ce qu'ils appellent vécilatif de ce qu'ils appellent air; car je ne pense pas que personne ose alléguer la mesure ; Ja preuve qu'il n'y en a point dans la musique française, c'est qu'il y faut toujours quelqu'un pour marquer la mesure. Combien d'étrangers ce maudit bàlon ne fait-il pas déserter de notre ojiéra?

En marquant très-bien la grande supériorité de l'ariette italienne, par la force et la variété des passions et des tableaux, vous auriez dû peut-être relever un ridicule contre-sens qu'on y trouve souvent , et qui est la seule chose que les musiciens £i-ançais en ont fidèlement copiée. C'est que les pa- Toles roulant ordinairement sur une comparaison dont la première partie de l'ariette fait le premier membre, et la seconde le second, quand le musicien reprend le rondeau pour finir sur la première partie, il nous offre un sens tout semblable à celui d'un discours exactement ponctué, qui finirait par luie virgule.

Mais revenons au pauvre compère qui se morfond peut-être à écouter, et ne point entendre.

Le critique vous a donné un avis dont je vous conseille de faire votre profit; c'est d'être sobre sur .'es louanges dans un paj's où elles sont si fort à la mode ; déchirer ou encenser, voilà le partage des âmes basses. Soyez toujours prêt à rendre avec plaisir justice au mérite, c'en est assez pour vous, et c'en serait beaucoup trop pour un homme ordinaire. Je ne vous dirai pas, ne flattez jamais personne; si je vous en croyais capable je ne vous dirais rien : mais je vous dirai de très-bon cœur, vous méprisez trop les éloges pour qu'il vous soit permis d'en inquiéter les gens dignes de votre estime. Quant au critique, on peut croire en lisant ses rc-

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marques que son prétendu détachement des louantes imurrait bien être un tour dadresse pour tâcher de donner quelque valeur aux siennes, c^est-a-d.re a celles qu'il donne, et Ton y voit du moins trèsclairement <iu'il n'est pas homme à s'en faire laute

dans le besoin.

Le compère ne me paraît pas extrêmement content de votre Temple, et comme il ne saurait le voir que par dehors, il n'y a pas grand mal à cela ; mais le critique vous y reproche des groupes singuliers, et je vous avoue que je suis de son avis. Je sais bien que celte singularité qu'il aura prise pour une maladresse, est un arrangement très-méthodique, et l'effet d'un système raisonné; mais c'est le système propre que je condamne. Vous admirez tous les talens, et c'est tant mieux pour eux et pour vous , mais' vous les adnùrez tous également, et voila ce que je ne puis vous passer. Vous prétendez qu'ils ont tous la même origine, el que le génie qui les entendre les ennoblit également. Mais les génies eux-mêmes, direz-vous qu'ils sont tous égaux? Il n'est pas temps d'entrer ici dans une longue dissertation à ce sujet ; je vou. Irais au moins vous faire convenir qu'il y a bien des ditFérences dans les parties requises, dans les difficultés à surmonter, et que le génie étroit qui fait un fort bel adagio, est bien loin du puissant génie «jui ose expliquer l'univers.

J'aime la musique peut-être autant que vous, mais je n'en aime pas moins le mot de Philippe qui faisait honte à son f.ls de chanter si bien ; il ne lui eût pas fait honte d'être aussi savant que son maître. Vous me citerez peut-être un roi qui joue de la flûte, €t je vous répondrai que ce n'est pas sans peine qu'il s'est acquis le droit d'en jouer.

Dounez-moi seulement du goût et des organes.

•^'^S IHTTRE

je vais danser comme Dupré, ou chanter comme Jeliote. Joignez au goût de la science et de l'imagination, je ferai un opéra comme Rameau. Pour composer un roman passable, il faut eucore une grande connaissance du cœur himiain et des extravagances de rameur. La dialectique, et c'est un lalent comme les aulres , est nécessaire avec tout cela pour dialoguer une bonne tragf^die : ce ne sera point encore assez pour faire un livre de philosophie, si vous n'avez un esprit juste, élevé, pénétrant et exercé à la méditation. Le bon général doit être robuste, courageux, prudent, ferme , éloquent, prévoyant et fertile en ressources. Enlin, foules ces qualilis, je dis toutes sans exceplion, et par-dessus toutes encore une ame grande et sublime , maîtresse de ses passions, et une inouie excellence de vertu; voilà les talens que celui qui gouverne un peuple est obligé d'avoir. Les talens ne sont donc pas égaux par leur nature.^ Ils le sont beaucoup moins encore par leur objet. Tous les autres sont bons pour amu- •ser, gâter, ou désoler les hommes. Ce dernier seul est fait pour les rendre heureux. Cela décide la question , ce me semble.

Le critique vous avertit encore de ne point vous montrer partial, et il vous dit cela au sujet de BL Piameau. C'est un autre avis très-sage dont je le remercie pour vous. Ce sera aussi le sujet du dernier article de ma letlr^; car je me fais un vrai plaisir de commenter voire commentateur.

Je voudrais d'abord tâcher de fixer à peu près l'idée qu'un homme raisonnable et impartial doit avoir des ouvrages de M. Rameau ; car je compte pour rien les clabauderies des cabales pour et contre. Quant à moi , j'en pourrai mal juger par défaut de lumières, mais si la raison ne de trouve pas daus

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