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L'EXÉCUTION D'UN MALFAITEUR

Nou^n'e§3aierons de diesimuler notre joie, D'un commun accord, comme si Ton voulait d'un seul coup se venger d'un long temps dq dur esclavage, toute U presse s'est révoltée. Ah ! quel bonheur !

Fontemay.

LA ftlfiHHË Dt « t>HAtÉNK » S93

Revue critique des Idées et des Livres :

La convention, le mensonge et la barbarie

se nomment Henry Bataille.

Je ne me sens pas le courage de Tiladi-

gnation.

Du Fresnoy.

U Œuvre :

Un monceau d'ordure...

Cette fois, la preuse y a répondu de la belle manière. C'est assurément pour les rédacteurs de r Œuvre une vive satisfaction d'entendre a peu près tous les critiques répéter aujourd'hui en un chœur indigné, ce que nous avons dit si souvent de cette dramaturgie déliquescente... Nous n'avons qu'un regret^ c'est que M. Bataille ne soit pas is' raélite.

Urbain Gohiek.

Le Mercure de France :

La répulsion que je n'ai cessé de professer pour le génie lyrique et dramatique de M. Bataille, vient de faire définitivement

place à un sentiment de pitié très sincère.

Le voici éteint, ce soleil dont la lumière trouble ravit tant de sensibilités faussées par la mauvaise littérature et contribua à dévoyer Tart dramatique et contemporain!

La niaiserie incessante des quatre actes a dessillé les yeux de chacun, voire de M. Gaston Calmette, et je doute fort que l'auteur de Maman Colibri puisse se relever jamais du faux pas qu'il vient de faire.

Paul Léautaud.

Express du Midi :

Cette pièce n'est seulement pas une ordure, mais une ânerie. On y meurt à la fois dedégoûtet d'ennui. Les malheureux acteurs obligés d'interpréter cette malpropreté s'en sont tirés le plus mal possible. Cette médiocrité a d'ailleurs fait plaisir. La salle a, une fois de plus, constaté non sans une vive satisfaction, que les priapées ne portaient pas bonheur aux comédiens et aux comédiennes.

Tout ce monde succombait sous la honte et sous l'opprobre. Les honnêtes gens étaient vengés.

Voilà, certes, un bon signe. Est-ce que les directeurs de théâtre qui spéculent sur la luxure ne finiront pas par comprendre la leçon que leur donne la faillite de la pornographie ?

Romans-Revue :

La pièce est un très grave scandale. On se

demande, écrit le Bulletin des Amis de VArt

dramatique^ si M. Bataille n'est pas détraqué

lui-même. Le public écœuré, ajoute-t-il, ne

va-t-il pas se lever pour protester contre de

pareilles turpitudes ?

M. Lebon.

La Croix diM Nord :

Une pièce infâme.

Henry Bataille, polisson des lettres... On se demande quelle hypocrisie sociale fait tolérer de tels spectacles aux gardiens responsables de la moralité publique. Ils parlent de fermer les bars suspects, ils traduisent devant les tribunaux les misérables qui sèment les doctrines de la dépopulation. Nous n'imaginons pas dans rhonnête bourgeoisie un seul

père, une seule mère, pour aller applaudir un monsieur qui bafoue leur autorité de chefs de famille, en échange des paquets de boue.

Il y a des maisons condamnées aux personnes qui se respectent. La morale n'y est pas plus outragée que dans les pièces infâmes de Ba* taille.

Etc. Etc»..

Pour être impartial, il faut mettre en regard quelques extraits de journaux et revues qui ont défendu la pièce.

La France :

J'imagine que M. Bataille a dû prendre plaisir à lire certain nombre d'articles qui furent écrits sur sa dernière pièce, le Phalène. On lui a reproché de ne pas savoir construire une pièce ; on a affirmé qu'il ignorait la langue française, et rien n'est plus co-, miques il s'agit, en effet, d'un homme qui nous a donné plusieurs chefs-d'œuvre.

Le directeur d'un quotidien littéraire n'a pas hésité à rédiger lui-même un Éditorial, ce

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qu'il ne fait qu'en cas de graves circonstances, quand M. Poincaré est notnmé Président de la République, quand le Ministère tombe, quand l'impôt sur le revenu menace, quand M. Nijinski crée V Après-midi d'un faune. Il parait que la pièce de M. Bataille déshonorerait TAUemagne et ses scènes respectées, si elle y était représentée.

... Malgré les lois, malgré les justes préjugés, il y -a des moments où toute Thumanité cède à la violence de l'instinct, à cette protestation merveilleuse de tout l'être contre les forces de la mort. Songez-y bien ; Pattrait qui assure la perpétuité de la race a été considéré par les religions les plus austères comme le péché le plus nécessaire. Eve écoute le serpent et quand elle a suivi ses conseils, Adam sent naître en lui Pamour. Quelle différence y a-t-il entre cette histoire sacrée et Paventure qui unit à Thyra le prince de Thyeste ? Les légendes primitives du peuple qui proclama l'unité de Dieu mêlent la créature humaine à tout Tunivers. Elles ont la splendeur du panthéisme, il est impossible de séparer Pesprit de la chair. Gomme Pécri-

vit dans une dédicace, M. Henry Bataille :

« Ariel e^t dans.Caliban. »

... Rien n'est plus pur que cette fin de Thyra, qui n'accepte pas l'humiliation de la maladie, qui se glorifie d'avoir conservé intacte l'harmonie de son corps et qui s'en va après une fête délicate sous les roses qu'elle prit soin elle-même d'amonceler.

C'est ainsi que j'ai compris la pièce nouvelle de M. Bataille. J'ai été très ému et peut-être y a-t-il dans cette œuvre un autre papillon que le Phalène. Au moment où s'échappe le dernier souffle de Thyra, j'ai cru voir s'envoler le papillon qui s'appelle Psyché et qui est son âme nuancée.

NOZIERE.

Gil Bios :

Malgré l'enseignement qu'elle eût pu retirer de tant de ses prophéties que les événements ont infirmées, la critique dramatique ne cesse point de retomber dans les mêmes erreurs; et le cas du Phalène l'oblige une fois encore à avouer son manque de perspicacité. Ses reproches, au lendemain de la

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répétition générale, furent, on s'en souvient, quasi unanimes. Durant quelques jours les journaux publièrent des protestations vertueuses contre ce qu'on est convenu d'appeler depuis dé longues années : « Théâtre de décadence », littérature morbide », « spectacles immoraux ».

Le bel artiste qu'est M. Henry Bataille fut traité avec une commisération presque insultante, comme si le Phalène n'était point de la môme veine si hautement poétique et si profondément humaine qui a déjà donné aux lettres françaises : Poliche et Maman Colibri^ la Marche Nuptiale et la Femme nue. Quelques-uns de nos confrères firent mieux que de protester: ils réclamèrent le silence en prétendant que les protestations mêmes risquaient d'accroître le scandale et allaient assurer à la pièce un succès qu'elle ne méritait pas.

Puis la critique dramatique alla exercer sur d'autres œuvres son infaillible diagnostic, etc.. Le Phalène poursuivit au Vaudeville, devant son véritable et dernier juge : le public, sa triomphale carrière.

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Les spectateurs se passionnèrent chaque soir pour Thyra de Marliew. Ils pleurèrent, admirèrent et applaudirent.

Le cas du Phalène et celui de la Marche Nuptiale sont identiques. Qu'on se souvienne des critiques amères qui, voici se^ ans, sa* tuèrent l'apparition de cette dernière pièce. On disait déjà — ces clichés sont éternels — « spectacle immoral, littérature morbide, théâtre de décadence ». Le temps a fait son œuvre. Il a mis à sa place, la première, Tœuvre critiquée. Le jPAa^è/2e subira Je môme sort. Souhaitons que M. Henry Bataille donne aussi fréquemment à la critique dramatique l'occasion de se tromper.

Pierre Mortier.

Le Matin :

M. Bataille n'a jamais manifesté plus hardiment ses dons, qui sont ceux d'un maître, don de créer une qualité particulière d'intérêt et d'angoisse; don de créer autour du spectateur comme la musique ou la poésie, une atmosphère différente; don de pénétrer et de révéler le fond des cœurs, de faire tou-

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cher, à travers des cas ou des êtres d'exception, la réalité et la généralité de la vie.

LÉON Blum.

Lç Touche à tout. :

J'ignore le pourquoi de la résistance soudaine de la critique à cette nouvelle et très belle pièce de M. Henry Bataille.

Dans le Phalène^ comme dans toutes ses autres œuvres, M. Henry Bataille reste un observateurd'âme clairvoyant, rigoureux, véridique et en même temps un poète rare, un évocatcur de beauxsymboles,uncréateur d'atmosphères, pour tout dire un grand artiste.

Pierrp: Valdagne.

Femina :

'Il y a tant de beautés dans Tœuvre d'Henry Bataille, qu'elles ont échappé à la plupart des critiques habitués à trouver les phrases originales et profondes habilement encadrées et présentées par des écrivains astucieux...

Mais au plus fort de sa gloire, l'écrivain, au lieu de se reposer timidement sur ses lauriers, affronte la combat.

Henri Duvernoks.

Wi ECRITS SUR LE THEATRE

Le Parthénon :

Cette œuvre a soulevé devant le vertueux tout-Paris des générales, un toile de réprobation unanime et de pudeur outragée. On est parti en guerre avec un touchant ensemble contre cette pièce immorale, nauséabonde, outrageante... Les épithètes ont manqué sur bien des points. Je /suis donc allé voir le Phalène (c'était la seconde représentation) en ayant pris soin de cuirasser mon âme d'un triple airain et j'avoue que je n'ai pas très bien compris l'indignation générale. J'ai écouté fort attentivement et, je le dis à ma honte, je n'ai pas rougi un seul instant. Paris aurait-il été victime, une fois de plus, d'un de ces mouvements irraisonnés qui le secouent de temps en temps, ou avait-il été indisposé qu'on eût fait clore les portes de la salle dès le lever du rideau et fait attendre dans les couloirs quelquesuns des plus notoires représentants ?

Au demeurant, vous verrez qu'il en sera de cette œuvre de Bataille comme des précédentes et que, lorsqu'on la reprendra dans

quelques années sur une autre scène, on la traitera de chef-d'œuvre.

Louis Payen.

U Indépendance belge :

La répétition du Phalène a présenté ceci de particulier que la salle témoigna d'un formidable enthousiasme et que les couloirs prirent l'allure d'un cirque où l'auteur eût été livré aux bêtes.

Henri de Weindel.

Le Monde Artiste :

Le public des répétitions générales, dont les ridicules nous paraissaient un peu nombreux, vient d'en ajouter à sa liste. Les personnages que l'on a coutume d'assembler pour juger la valeur de notre production théâtrale, ont été pris d'un accès de pudeur qui dépasse en comique tout ce que pourraient inventer nos chansonniers les plus rosses, associés à nos revuistes les plus cinglants. Ce public qui se plait d'ordinaire au libertinage; qui trouve affriolants les scandales les plus gros; ce public dont les

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femmes « poussent à bout leç traductions exactes du collant », comme disaient les Goncourt; ce public qui a inventé Fart compliqué de joindre « Thypocrisie réglée au cynisme de ses propres dérèglfiments », comme disait à son tour Barbey d'Aurevilly; ce public s'est regimbé tout à coup en écoutant une comédie de M. Henry Bataille; il a rougi, il s'est voilé la face; il a déclaré que Tétude de caractère qu'on lui présentait allait, par son immoralité, mettre en péril la bonne renommée de la France auprès des nations étrangères! Notez qu'il gf'agit d'un écrivain qui a doté notre littérature dramatique de plusieurs chefs-d'œuvre. Et loin d'en vou' loir au public des "répétitions générales de son ineffable pudibonderie, remercions-le.

Mais oui, remercions-le, car son accès de vertu est pour nous une source de gaîtç délicieuse,

Paul Miluet.

Conférences des Hautes-Etudes sociales du Î2 janvier 191i :

Il est possible que le Phalène ne soit pas

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le chef-d'œuvre dramatique de M. Henry Bataille (l'auteur y fait table rase de trop de détails de métier), mais c'est assurément son chef-d'œuvre poétique. Jamais on n'a décrit avec autant de magnificence l'ardente flambée d'une âme et d'un corps consumés par le même incendie passionnel. Musset seul a évoqué cette formidable image dans une de ses strophes les plus ardentes :

Puisque c'est par toi que j'expire,

Ouvre ta robe, Déjanire,

Que je monte sur mon bûcher.

Et ceci emportera cela. Non seulement devant la postérité, mais devant le public de demain, le Phalène connaîtra les triomphales revanches de la Marche Nuptiale,

Camille Le Senne.

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