RECEPTION DE M. DE FALLOUX. - DISCOURS DE M. BRIFAUT
Le discours de M. de Falloux était attendu par tout le monde avec une vive impatience; non pas qu'on pût raisonnablement se préparer pour des joies littéraires de haut goût. Bien que l'orateur dût prendre la précaution de s'asseoir entre MM. de Montalembert et Berryer, chacun savait que ce voisinage ne tirerait pas à conséquence pour M. de Falloux, et que l'éloquence ne s'attrape pas. Mais on était curieux de connaître l'opinion politique que le nouvel académicien aurait ce jour-là, et le drapeau qu'il jugerait habile de déployer pour la cérémonie. M. de Falloux avait à choisir. Mais, après les réfutations fort énergiques dont sa parole a été l'objet, il ne pouvait guère songer au drapeau tricolore de la fusion. C'est donc la cocarde blanche que l'historien de Louis XVI a arborée.
Il faut que la fusion soit bien malade pour que M. de Falloux l'abandonne; non pas que le parti de la légitimité pure nous semble plus valide; et non pas que demain peut-être M. de Falloux ne se hasarde sur le terrain qu'il a quitté aujourd'hui; mais enfin, pour qu'il soit renié, au moins pendant un jour, il faut que le parti de la fusion n'ait réellement pas d'avantages prochains à offrir à M. de Falloux. Nous nous doutions de cette triste réalité.
D'ailleurs, pour un homme aussi fin qu'il s'efforce de l'être, M. de Falloux a encore eu trop de zèle, surtout à propos de M. Mole. Ayant à louer un homme qui a servi tous les régimes, l'orateur serait resté dans la vérité de son sujet et de sa pensée en ne faisant pas de profession de foi absolue. M. de Falloux devrait pourtant savoir l'inconvénient de trop se pro-
noncer, lui qui a tant acclamé la République en 1848, et qui se voit contraint aujourd'hui d'injurier ce qu'il a honoré.
La mémoire de M. Mole est clm^e et précieuse au récipiendaire. C'est sous les auspices de M. le comte Mole que M. de Falloux s'est présenté et a été reçu. Espérons que ce modèle ménagera encore bien des succès, c'est-à-dire bien des variations politiques, à son émule; et il est tout naturel que, se sentant disposé à entendre le patriotisme à la façon de M. Mole, l'orateur n'ait vu que du patriotisme dans l'ambition souple du conseiller successif de tous les gouvernements depuis soixante ans.
Ce que c'est pourtant que l'heureux emploi des mots du dictionnaire! Si on avait à louer un homme de convictions fermes, énergiques, entêtées, brisant son épée le jour de sa défaite, et n'allant pas en redemander une autre au vainqueur; si on avait à mettre en lumière le mâle silence d'un homme politique préférant la solitude, l'oubli, à la faveur d'un pouvoir qui donne tort à ses principes, on n'aurait pas assez de formules d'admiration; on diVait avec raison que cette fidélité est le plus beau, le plus moralisant des spectacles. Eh bien, M. de Falloux s'est servi des mêmes moyens (et il a trouvé des complices) pour vanter l'homme qui, magistrat de l'Empire, est devenu ministre de la Restauration, gui, de Charles X, a été transmis, avec toutes ses théories, toutes ses notes, tout son bagage, à Louis-Philippe, et qui, membre de l'Assemblée constituante sous la République, n'aurait pas refusé ses conseils et ses services si on avait tenu alors à les recevoir. Ainsi garder sa foi ou la trahir, c'est la même chose! ainsi le drapeau n'est rien; le principe n'est rien; l'homme n'est rien. Pourquoi donc alors nous parlez-vous de fusion ou de légitimité? Inclinez-vous devant le fait, courtisans du hasard, et ne parlez pas de^ertu, quand il n'y a pas de iidélité; de conviction, quand il n'y a pas de martyre; de triomphe d'opinion, quand vous ne savez pas subir de défaites! Spéculateurs politiques, vous êtes des instruments
d'ambition ; vous n'êtes pas des instruments d'idées ; on ne vous doit que des places et des gages !
M. de Falloux ne s'est nullement trouvé embarrassé pour, louer cette souplesse, cette malléabilité qui se sert toujours du prétexte de la patrie. La patrie! Il faut trembler, quand on l'invoque; c'est qu'on veut la trahir. C'est un fantôme auquel le factionnaire remet la garde de son fusil, quand il veut déserter son poste. On a des devoirs sociaux, des idées, qu'on chérit et qu'on défend, pour lesquelles on vit et on meurt. Mais cette formule de la patrie est bien souvent un mot commode qui cache l'absence d'idées. La patrie ! c'est surtout le territoire; on la défend contre l'invasion étrangère; mais, pour l'honorer, il faut lui donner de grands exemples et le spectacle de mâles vertus.
M. Mole et son filleul M. de Falloux ne voient la patrie qu'à travers des portefeuilles. Un principe ne vaut pas à leurs yeux une influence. 11 n'est donc pas étonnant qu'ayant à parler d'un personnage souvent en scène dans l'histoire de ces cinquante années le récipiendaire n'ait pas rencontré à ce propos une pensée féconde à développer, un enseignement a faire ressortir, une vertu à faire admirer. 11 a exalté, en termes vides, une existence remplie de faits, vide d'idées ; et, s'il ^'avait pas trouvé quelques applaudissements convenus, dans un auditoire, complaisant jusqu'à la gâterie, ce discours nul eût traversé le silence pour tomber dans l'oubli.
L'Académie, qui a peut-être ses jours de pudeur, a protesté du moins par son attitude; elle s'est sentie humiliée et punie de son choix, et, comme elle n'avait pas la ressource de louer les termes en blâmant les principes, elle a subi ce discours avec une résignation qui s'est trouvée réduite à se dédommager, en applaudissant M, Brifaut. M. de Falloux sait bien qu'il n'est pas un écrivain ni un orateur, mais il croyait peut-être que son opinion n'était pas partagée. Il a plus d'adhérents sur ce point que sur d'autres; et, quand il a débuté par des formules de modestie, aucun applaudissement
n'a protesté. On lui a laissé dire qu'il a rencontré toujours plus d'indulgence qu'il na rendu de services; on ne Ta pas contredit quand il a parlé des phases inattendues de sa carrière politique. Jamais réalité plus ironique ne fut donnée à une figure oratoire. Nous imiterons l'exemple de l'Académie; nous n'abuserons pas trop des incorrections littéraires et mo-, raies du discours de M. de Falloux. Nous nous bornerons à relever rapidement les quelques traits saillants de ce discours, qui restera sur le nouvel élu, avec la pesanteur d'un marbre funéraire et la signification d'une épitaphe.
« Chez M. le comte Mole, a dit M. de Falloux, la première de toutes les distinctions, c'était lui-même. » Nous avouons humblement ne pas comprendre cette ingénieuse flatterie. Ne dirait-on pas que les mérites sont des oripeaux aux yeux de M. de Falloux, et qu'en dehors de ses vertus un homme ait encore des titres à l'admiration! Nous ne nous étonnerons pas non plus d'entendre parler de « la Terreur et de ses meurtriers. )) Les meurtriers de la Terreur devrait se comprendre logiquement de ceux qui ont tué la Terreur. « M. Mole, dit encore le nouvel élu, marqua ses pas dans le monde d'une gravité qu'on appela dès lors consulaire. » Ou est-ce qu'un pas mai^qué de gravité consulaire? Vour (\eyemY le collègue de M. Sainte-Beuve, M. de Falloux n'a pas besoin, à la rigueur, de parler si mal. Il paraît que le jeune Louis-Matthieu Mole travailla « sur lui-même avant de travailler pour son pays. » « Courage difficile, » ajoute avec componction le récipiendaire, qui ne se sent pas des aptitudes pareilles, et qui a commencé par travailler 5îir son pays et pour lui-même; ce qui, au fond, signifie peut-être la même chose. Mais, nonseulement M. Mole travailla sur lui-même, il travailla aussi sur les arbres du parc de Champlàtreux. « Il étudia, dit l'orateur, l'art des jardins et des parcs, presque autant que les secrets du gouvernement. » Nous ne connaissions pas cette école politique. Parlant des plantations que faisait M. Mole et des allées qu'il dessinait, M. de Falloux ajoute : « Sa main
s'exerçait d'avance à innover et à corriger sans détruire. ))" Rapprochement ingénieux et champêtre entre les devoirs d'un homme d'État et ceux d"un jardinier! M. Mole plantait des arbres pour apprendre à gouverner ; de la même façon que M. de Falloux s'exerçait à la politique et se préparait à TAcadémie en élevant des bœufs pour le concours de Poissy. Tout est dans tout. Il n'est besoin que de savoir dégager le sens caché. 11 y avait comme des larmes dans la voix de M. de Falloux à la lecture de ce passage plein de senteurs forestières ; il est fâcheux qu'il n'ait pas songé à animer ce tableau, en introduisant dans cette verdure quelques-uns de ces magnifiques bestiaux qu'il engraisse si bien.
Mais l'homme politique ne vit pas seulement de feuillage et de bétail. « M. Mole, s'écrie M. de Falloux, ne se contenta plus de lire et de planter : il écrivit. » Un jour l'immortel qui remplacera M. de Falloux, ravi à son immortalité académique, dira de même de lui : « Il ne se contenta plus de nourrir et de concourir pour le bœuf gras, il voulut être de l'Académie, et il en fut. » Il nous semble que nous entendons déjà ces paroles; cela ne veut pas dire que nous aimerions à les entendre bientôt.
M. de Falloux nous a appris que Napoléon n'était pas un homme sans valeur; par goût et par calcul, dit-il, il aimait les hommes distingués ; en conséquence, il appela à lui M. Mole. Ou bien, nous n'entendons rien aux allusions, ou cela veut dire, surtout avec les petites malices qui sont à côté, que l'héritier de Napoléon I" ferait fort bien d'attirer à lui l'héritier de M. Mole. M. de Falloux est un de ces hommes distingués qu'il faut aimer par calcul quand on n'a pas le courage de les aimer par goût. Mais, si M. Mole consentit aux faveurs dont Napoléon le jugeait digne, ce n'était pas par ambition. Ce serait absolument ainsi que M. de Falloux servirait. « On voit, dit le fier orateur, autour des pouvoirs nouveaux et heureux, deux sortes d'hommes, ceux qui reçoivent et ceux qui apportent. M. Mole fut du nombre de ces der-
niers. » Nous ne demandons pas mieux que de croire M. de Falloux, mais quand il nous aura dit ce que M. Mole a apporté, et quand il nous aura prouvé que M. Mole n'a rien reçu. C'est encore absolument comme si l'on disait : « M. de Falloux, obscur et inconnu en 1847, fut homme d'État, ministre et académicien après 1848; mais il a tout apporté, et il n'a rien reçu. » Ces sortes d'assertions, pour être crues, ont besoin de beaucoup de preuves.
'( Quand les soucis et les revers s'appesantirent sur la destinée impériale, continue l'orateur. Napoléon s'attacha de plus en plus à M. Mole. M. Mole ne se détacha pas de l'Empereur. )) Nous ne dirons rien de ces soucis qui s'appesantissent sur une destinée; c'est là de l'éloquence académique. Nous ne dirons rien non plus de l'aigle de la guerre qui replie ses ailes et du génie de la liberté qui déploie les siennes. Tout ce fatras est le langage convenu à l'Institut. Mais nous ferons remarquer que l'attachement inébranlable de M. Mole à l'Empereur ne survécut pas au lendemain de la chute, et que c'était bien la peine de tant aimer M. Mole pour que celui-ci « applaudit avec patriotisme au retour des Bourbons. » C'est à propos de ces transitions d'un camp dans un autre que M. de Falloux commence à évoquer la patrie. Nous avons exprimé notre opinion sur ce subterfuge commode.
La patrie ne change pas d'habits ni de drapeau du jour au lendemain. M. Mole servit l'Empereur, Louis XVIII, Charles X et Louis-Philippe; voilà la vérité. La patrie n'a pas pu se personnifier brusquement dans des individualités si différentes ; et, d'ailleurs, à quel signe M. Mole a-t-il reconnu la patrie dans les avances d'un roi, plutôt que la satisfaction de sa vanité? Supposez qu'au lieu de dévouement quelconque il y ait simplement une ambition effrénée, en quoi l'ambitieux servant tous ces régimes sera-t-il distingué du patriote agissant de même? C'est une vertu dangereuse et fort équivoque que celle qu'on peut confondre avec l'intérêt ; et
chacun avouera qu'en ce qui concerne M. Mole la confusion est possible et permise.
M. deFalloux, qui décidément boudait hier la fusion, s'imagine qu'en 1830 il n'eût pas tenu la conduite des légitimistes, de ses amis, envers la branche cadette; et qu'il eût refusé son concours. M de Falloux se calomnie. îl a plus de patriotisme que cela, et c'est mal à lui de faire à la mémoire de M. Mole l'injure de dire qu'il se refuserait, le cas échéant, à servir tous les régimes. Non, son passé lui donne tort. Il eût voulu, ajoute t-il, qu'au mois de juillet 1830 on réservât les droits du prince de dix ans, et que l'on consacrât l'inviolabilité royale, en consacrant la responsabilité ministérielle. D'où vient donc M. de Falloux? Depuis quand les révolutions s'amusent-elles à avoir des réticences et broient-elles un trône en ménageant un berceau? Ce qu'elles font de mieux, c'est ce qui s'est vu en 1850 et en 1848, quand, magnanimes et indulgentes, elles laissent fuir les coupables et refusent de frapper. Mais allez donc dire au peuple en armes que la victoire transporte toujours au delà du but qu'il s'était primitivement donné, allez lui dire de retourner un peu en arrière, de discuter avec ses vaincus et de mettre au front des enfants la couronne qu'il prend au front des vieillards! Est-ce que cette pitié humaine serait une pitié possible? Un héritier de dynastie la fait renaître parfois; il n'en prolonge pas la vie qui défaille. En 1850, la victoire qui dépassait la royauté fut empiégée par le duc d'Orléans; c'est tout ce qu'on put obtenir d'elle, et c'est le rêve d'un homme qui a plus fréquenté des éleveurs de moutons que des hommes politiques, de parler ainsi. Voyez donc si, à la chute de l'empire, on s'arrêta devant le fils de Napoléon, et ne combiniez-Vous pas hier mille petites intrigues pour créer au comte de Paris des chances qu'il a perdues en 1848?
Suivant M. Mole dans toutes les phases de sa vie politique, M. de Falloux a abordé la révolution de février, et il a eu le courage de l'insulter. Nous l'en remercions ; il lui avait fait
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autrefois l'injure de la célébrer et de paraître la servir. 11 a appelé le 24 février une catastrophe. Ce mot, qui est d'ailleurs un plagiat, m'a remis en mémoire Tenlhousiasme du nouvel académicien quand à Angers, en mars 1848, il s'écriait que « la révolution ayant emporté ce qiion appelait les boulevards de la société, ce qu'il appelait lui ses garde-fous, la société ne pouvait désormais être sauvée que par la liberté. »
Voilà ce que la patrie mettait alors aux lèvres de M. de Falloux; plus tard, la patrie lui conseilla de pousser l'assemblée aux mesures violentes contre les ateliers nationaux; et, parce que le sang des journées de juin est effacé, parce que le meurtre du dernier archevêque s'ajoute, dans le martyrologe, au meurtre de M. Affre, M. de Falloux s'est senti le cœur assez ferme pour faire allusion à cette épouvantable guerre civile et à celui qui Va désarmée. Ce n'était pas k vous à évoquer ces souvenirs ; et je confesse qu'un tressaillement de colère m'a saisi quand j'ai entendu cette voix lourde, dire, en cherchant à faire vibrer ses cordes : « Puissent-ils du moins (les archevêques de Paris) faire monter jusqu'à Dieu le deuil de la France ! ^)
Toutefois, il faut être juste, même envers M. de Falloux, il aurait pu laisser croire que la république de 1848 avait pillé, volé, tué, massacré; il a proclamé le contraire; il faut toujours savoir gré à ces messieurs quand ils veulent bien reconnaître l'évidence. Aujourd'hui qu'il n*y a plus de danger à déposer les masques, M. de Falloux ôte gaiement celui dont il s'affublait sous la république. Écoutez plutôt :
« A l'Assemblée constituante succéda l'Assemblée législative. C'était, en apparence, le jeu naturel de la Constitution républicaine; c'était, en réalité, la royauté qui perçait dans les préoccupations générales. Le pays élut en foule les hommes monarchiques et leur indiqua clairement qu'il attendait de leur union un dénoûment légal et définitif. »
Quand il nous arrivait jadis d'accuser l'Assemblée légis-
lative de réaction monarchique, quelle fureur ne mettait-elle pas à répondre? Et ce n'était pas alors que M. de Falloux eût posé avec cette naïveté, avec cette audace candide, ses prétentions légitimistes! Eh bien! nous trouvons qu'il est trop tôt encore pour avouer ses supercheries ! Comment voulezvous qu'on vous croie aujourd'hui, vous qui révélez les mensonges d'hier? Comment voulez-vous qu'on vous suive, vous qui avouez une coalition pour nous tromper? Si vous êtes entré à l'Assemblée législative pour amener la monarchie légitime, vous avez trahi votre mandat, vous avez joué le pays ; et, en tout cas, permettez-moi d'ajouter que vous êtes de pauvres royalistes et que vous n'avez pas plus que nous à vous glorifier de ce qui est arrivé. Nous, aurons donc toujours à nous défier de votre pénétration , et nous savons trop maintenant comment vous voyez clair dans l'avenir 1
M. Mole voulait la monarchie dans la plénitude de S07i principe. C'est là le programme actuel, c'était du moins hier celui de M. de Falloux; il n'est plus question du drapeau tricolore, à ce qu'il paraît.
Espérons que M. de Falloux, au défaut de réussite, aura pour lui les consolations intimes qu'il loue dans M. Mole, « ceux, dit-il solennellement, comme s'il n'avait jamais été ministre, qui règlent leur vie sur un devoir peuvent se passer de réussir. «
Souhaitons que M. de Falloux puisse se passer de réussir, car il perd tous les jours des chances. Est-ce le devoir qui lui ôte de ses avantages? n'obéissait-il donc qu'à son ambition quand il avait plus de succès? Mais, d'ailleurs, maintenant qu'il est de l'Académie, que peut souhaiter encore M. de Falloux? Tl ne songe pas à devenir un écrivain : l'impossible ne le tente pas. Ses bestiaux sont couronnés, son discours a été applaudi par tous les membres des conférences de Saint-Vincent de Paul ; il a eu le malicieux bonheur d'avoir M. Brifaut pour interlocuteur; il est reçu, consacré, embaumé, béatifié ; il n'a plus rien à faire en ce monde; la patrie ne lui demande
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plus rien. Espérons qu'il saura l'imiter, et que lui, de son côté, ne voudra plus rien solliciter d'elle.
M. de Falloux eût manqué à une portion de son auditoire si, après avoir injurié la Révolution, il n'eût pas décoché quelques injures à Voltaire. Il s'est surtout borné à le dédaigner : « Les continuateurs de Voltaire, a-t-il dit avec M. Mole, seraient plus coupables que Voltaire lui-même, car nous avons V expérience de plus et les abus de moins. » On ne songe pas à continuer Voltaire, il a fait sa tâche; la nôtre est différente.
Mais pour qui donc M. de Falloux se prend-il quand il assure qu'il n'y a plus d'abus? Et son parti? et lui-même? et M. de Montalembert et la congrégation? et les livres comme la vie de saint Pie V? Seulement il est très-vrai de dire qu'on n'a plus besoin du rire de Voltaire : le rire de tout le monde suffit, et au delà.
Tel est ou plutôt tel fut le discours de M. de Falloux; car demain il ne restera rien de ces phrases alignées, débitées lentement, d'un ton de prédicateur, et qui ne sont pas plus françaises par le sentiment que par le style. Jamais l'impuissance ne se produisit avec plus de majesté, et M. Brifaut lui-même était plus près des applaudissements.
Nous ne dirons rien du discours du vénérable président. Nous appartenons à une génération qui n'a rien lu de M. Brifaut; nous aurions donc mauvaise grâce à en parler. Son petit discours était plein de politesse; il attestait que M. Mole a surtout représenté l'urbanité française. C'est ce qui fut dit hier de plus vrai sur la portée de cet homme d'État.
En somme, la séance n'a eu rien d'attrayant. Il semblait que, dans un coin de mausolée, l'ombre de Ninus H se fût mise en fête pour recevoir l'ombre d'un de ses confidents. Comme, Dieu merci, nous ne croyons pas aux revenants, M, de Falloux nous paraît, pour celte fois, bien enterré.
Mars 1857.