LE :MONDE MARCHES
Le monde marche? Oui, certes, personne ne songe à nier cette vérité, pas même M. de Lamartine, auquel M. Pelletan a adressé les lettres éloquentes, réunies aujourd'hui en volume.
Il est très-vrai que l'homme de génie, déçu dans son rêve, a senti un jour un peu d'amertume à ses lèvres, et que, n'osant maudire ses ennemis, il a rejeté la faute de ses mécomptes sur la fragile humanité; il est très-vrai que l'esprit lumineux qui fut l'auréole delà France en 1848, se sentant enveloppé par des vapeurs grossières, a mieux aimé douter du monde que douter de la France, et mettre le progrès en question que le cœur de ses contemporains. Mais la preuve que le monde marche, pour M. de Lamartine comme pour nous^ c'est que le poëte le pousse, et s'épuise à multiplier les conseils, les enseignements, lôs inspirations; c'est qu'il ne considère pas sa tâche comme achevée^ et que, sans ambition pour lui-même, rassasié de gloire et de popularité, il est plein d'ambitiori pour la foule, et demande à la poésie, à la philosophie, à l'histoire et à son àme surtout, des préceptes, des
* Un vol. Paris, Pagnerre. 1857.
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éléments toujours nouveaux de perfection et d'harmonie sociale.
M. de Lamartine nier le progrès ! mais ce serait se nier luimême, ce serait blasphémer la manifestation la plus visible .du génie moderne ; ce serait un suicide! Non, le jour où cette parole de doute tomba de ces lèvres qui ont jeté si longtemps les mots de ralliement, M. de Lamartine voulut défier l'activité humaine, un peu engourdie. Il fut sincère; car jamais une ligne ne se produisit sous la plume de ce grand écrivain, sans que l'homme tout entier se portât pour garant; .car M. de Lamartine est de ceux qui ne peuvent mentir même volontairement, et qui ont toujours raison par le but, lors môme qu'ils se trompent. Mais, j'en atteste tous les livres du grand poëte, j'en atteste le Civilisateur, dont le titre ne fut pas une déception ; j'en atteste jusqu'à ces Entretiens familiers de littérature, qui nous font épeler l'infini et aimer Dieu dans ses chefs-d'œuvre, M. de Lamartine ne peut être l'athée du progrès ; quand il le nie, c'est par modestie, c'est pour diminuer ses propres services.
Au fond, il n'y a donc pas contradiction entre M. de Lamartine et M. Pelletan. L'un et l'autre ils font traite sur Dieu au profit de Thomme, seulement M. de Lamartine rapproche davantage, sauf à la renouveler, l'échéance; M. Pelletan en pose tout d'abord le terme dans l'infini.
Quoi qu'il en soit, nous ne regrettons pas ce désaccord apparent, cette divergence d'opinions qui se fondait sur les mots beaucoup plus que sur les idées, puisque ce débat, digne, éloquent des deux côtés, nous a valu des pages sublimes dans les Entretiens et un livre qui comptera parmi les meilleurs de cette année.
Tout en prenant, avec une vivacité héroïque, la défense du progrès, dont il se glorifie à bon droit d'avoir donné la formule dans la Profession de foi du dix-neuvième siècle, M. Pelletan a su discuter avec M. de Lamartine, dans des termes empreints d'une admiration sincère et d'une sympathie virile
qui enlèvent toute amertume aux répliques, toute ironie aux reproches. Ce colloque de deux esprits, dont l'un essaye de douter en faisant croire, dont l'autre atteste la foi avec une énergie invincible ; cet entretien fraternel de deux penseurs parmi les plus élevés, parmi les plus dignes d'être écoutés;, cette interrogation respectueuse et tendre du disciple au maître est un noble et émouvant spectacle auquel nous avons applaudi, et qui vaut bien les luttes de nos ennemis entre eux. Remarquons la différence, parce qu'elle est tout un symbole. S'agit- il un jour, pour les membres du parti catholique, de discuter entre eux, ils n'ont pas assez d'injures à se jeter à la tête; ils n'ont pas assez d'accusations perfides, pas assez de boue à remuer. Les principes sont mis hors de cause, parce qu'ils n'ont rien à retirer de la lutte ; mais les personnes, la considération, l'honneur, voilà l'enjeu de ces pugilats, dont MM. Veuillot et de Falloux nous ont donné et nous donneront encore au besoin l'édifiant tableau. On ne sait que se haïr dans ce camp-là; on ne peut parvenir à s'en vouloir dans le nôtre.
C'est que M. de Lamartine et M. Pelletan s'inspirent à des foyers qui excluent tout dépit, toute haine; c'est que, quand on travaille pour la lumière, pour la concorde, pour la liberté, on ne peut pas laisser de place dans son cœur aux manœuvres sournoises, aux jalousies mesquines; c'est que, quand on manie des rayons, il reste des étincelles aux doigts.
Voilà pourquoi, de cette discussion savante, il ne restera aucune amertume, aucun levain mauvais entre les deux antagonistes, et nous recueillons, nous, un beau livre digne de ses aînés, commentaire éclatant, démonstration puissante et décisive des principes philosophiques déjà posés dans la Profession de foi du dix-neuvième siècle, dans les Heures de travail, dans le Pasteur du désert.
Vom M. Pelletan, le progrès est un accroissement de vie; de vie 'physique, par plus de force; dévie morale, par plus de sentiment; de vie intellectuelle, par plus de connaissances.
C'est la preuve de cette définition qu'il s'applique h donner; il saisit les lois du progrès jusque dans Forigine du monde, dans l'organisation successive de cette molécule que nous habitons; puis, après avoir noté toutes les phases de la création, se trouvant en présence de l'homme, M. Pelletan le peint dans sa faiblesse, dans son dénûment. mais destiné au progrés ; et le voilà, ce dernier venu, qui chasse, qui conduit les troupeaux, qui se fait agriculteur, citoyen.
Bientôt la cité, insuffisante pour sa propre défense, s'unit à la cité voisine, et la nation se trouve fondée. « L'homme, dit l'auteur, eut dès lors une patrie, c'est-à-dire tout un ordre de nouveaux rapports et de sentiments nouveaux... La patrie aujourd'hui est le dernier relai de la civilisation et le progrès continue encore... Déjà le siècle commence à mettre l'idée d'humanité au-dessus de l'idée de patrie. »
L'homme, disions-nous, se fit chasseur pour se nourrir; il se fit corroyeur pour se vêtir. 11 commence par la peau des bêtes, puis il perfectionne ce vêtement et n'emprunte plus que la laine des brebis, le lin, et il crée le drap et la toile, u La femme, dit fort ingénieusement M. Pelletan, date de la robe ; auparavant elle était une femelle: mais le jour où, voilée et sacrée par le voile, prêtresse et gardienne de son corps, elle put seule nouer et dénouer le nœud de sa ceinture, alors elle eut la propriété de sa personne, elle connut la pudeur. »
Le même progrès s'accomplit dans la maison. L'homme commence par nicher: le creux dun rocher, une hutte, une peau tendue sur des piquets, voilà le premier abri de ce roi qui doit créer son royaume. Un jour la maison s'établit; d'abord elle n'a qu'une chambre, puis un vestibule, puis deux pièces; puis elle multiplie les appartements ; ne pouvant plus les prendre en largeur, elle les prend en hauteur. Mais se vêtir, se nourrir et avoir un gîte, ce n'est pas tout, si l'on ne peut mesurer la vie, en régler l'emploi. L'homme, esprit infini exilé dans le fini, est jaloux du temps; il veut le préciser; il s'en rend maître en le comptant. 11 prend des grains
de sable et les fait filtrer dans deux vases. Voilà le premier élément des heures jusqu'au jour où l'horloge répercute dans ses pulsations bruyantes les muettes pulsations de l'homme. Mais qu'est-ce que la lumière du jour pour une âme affamée de vie? on lutte contre la nuit ; la lampe permet d'étendre la durée du jour, et les longues veilles consacrent le culte de la pensée.
Après avoir, dans une centaine de pages que nous n'aurions pu analyser sans les affaiblir, raconté, démontré les premiers progrès de l'homme et discuté, en passant, dans des termes à la fois précis et colorés, les doutes exprimés par M. de Lamartine, M. Pelletan se résume sur ce point:
k Si la nudité est la loi de l'homme, pourquoi a-t-il pris le vêtement? Si le lit de bruyère est le dernier mot de la destinée, pourquoi a-t-il bâti la muraille? Si son corps, tel qu'il est dans la nature telle qu'elle est autour de lui, est son arrêt de vie sans appel, pourquoi a-t-il arraché le feu au ciel, labouré, forgé, accumulé découvertes sur découvertes et fui sans cesse d'un mode à un autre mode d'existence? »
Quels sens, réplique d'un côté M. de Lamartine, ont été ajoutés à l'homme d'aujourd'hui? « Y a-t-il un nerf, une fibre, un ongle, un muscle, une articulation de différence entre l'homme d'hier et l'homme de quatre mille ans en arrière? ))
« Non, sans doute, répond M. Pelletan. A chacun selon son œuvre. Est-ce que le progrès a jamais eu la prétention de glisser dans le corps des sens imprévus? Non, mais d'apporter aux sens existants plus de sensations.
« De superposera la machine des rouages supplémentaires? Non, mais de communiquer aux rouages actuels plus de puissance d'action.
« D'introduire dans l'intelligence des variétés inconnues de facultés? Non, mais d'illuminer les facultés consacrées de plus de connaissances. Poser autrement la question, c'est la déplacer. »
Et, fournissant immédiatement la preuve, M. Pelletan montre l'homme ajoutant à la force de ses mains la hache, la scie, le rabot, la vrille, le marteau, le ciseau. Que sont toutes ces choses, sinon des pièces de rapport du mécanisme humain> des griffes facultatives que l'homme peut prendre ou quitter à sa convenance. L'homme à des pieds trop lents, il les multiplie par ceux du cheval, et le voilà centaure. La mer le provoque et semble lui défendre d'avancer ; il se rit d'elle, se recueille et lance sur les vagues sa maison, qu'il porte vers des continents nouveaux.
On ne trouve pas de sens nouveaux, mais des sens perfectionnés. La vue fouille le ciel ave le télescope; l'ouïe se subtilise jusqu'à percevoir une note fausse dans un orchestre de cent exécutants ; la voix est d'abord de la parole, puis elle devient la poésie et le chant.
Niera-t-on le progrès dans les sciences, l'industrie, les arts? « Où est le progrès dans les livres? » Mais d'abord dans les livres eux-mêmes. L'imprimerie, en répandant l'instruction sur le monde, tend partout à mettre l'homme de niveau avec une plus haute conception de l'humanité. « Non-seulement, dit Pascal, chacun des hommes s'avance de jour en jour dans les sciences, mais tous les hommes ensemble font un continuel progrès à mesure que l'univers vieillit, parce que la même chose arrive dans la succession des hommes que dans les âges différents d'un particulier ; de sorte que toute la suite des hommes, pendant le cours de tant de siècles, doit être considérée comme un même homme qui subsiste toujours et qui apprend continuellement. D'où l'on voit avec combien d'injustice nous respectons l'antiquité dans les philosophes ; car, comme la vieillesse est l'âge le plus distant de l'enfance, qui ne voit que la vieillesse de cet homme universel ne doit pas être cherchée dans les temps proches de sa naissance, mais dans ceux qui en sont le plus éloignés? »
L'homme connaît de plus en plus la Divinité ; il en a de plus en plus une perception distincte. Toutes les religions ac-
cumulées devant lui servent de jonchée, pour ainsi dire, sous ses pas, le long de la route qu'il parcourt, vers Tinconnu. L'homme physique est découvert, l'antiquité le soupçonnait à peine ; elle savait en modeler les surfaces, elle ne comprenait rien à sa structure intime. Quant à l'homme moral, si éloquent qu'il fût, Platon n'a pas dit le dernier mot. Montaigne, Bacon, Descartes, Leibnitz, doivent compter après lui.
L'homme social s'est aussi dégagé du progrès. La caste, l'esclavage, le servage, ont abouti au prolétariat, puis à la bourgeoisie.
L'art est une question complexe dans la théorie du progrès. M. Pelletan aborde avec un grand bonheur de discussion les diverses transformations de l'art plastique. Quant à la poésie, il demande s'il faut chercher en elle un ordre de sentiments, ou simplement la forme destinée à noter en cadence cet ordre de sentiments.
Si c'est le sentiment qu'on glorifie en poésie, l'antiquité a chanté tous les sentiments bas et infâmes. Les héros d'Homère, égorgeurs, rôtisseurs, cuisiniers en plein vent, et amoureux après boire de toute fille enlevée à son père, sont des sacripants, ne vivant que de pillage, de viol, d'invectives, insultant les vaincus; et, comme le chacal, fourbes, gloutons, allant cuver le sang près de la femelle après l'orgie.
La fatalité, voilà le grand ressort de la tragédie antique, c'est-à-dire la négation de toute morale, de toute responsabilité de l'homme dans ses actes ou dans ses pensées.
Avant le christianisme, la poésie lyrique, c'est Ânacréon vinosus senex ; c'est Horace. Sur dix odes, ce dernier en consacre huit à Neère, à Pyrrha, à Leucorée, à Glycère, à ses amphores, à ses débauches, à toutes les voluptés d'épiderme d'un poëte épicurien qui prend la lie de la vie pour la vie elle-même. Est-il besoin de mettre en regard le lyrisme moderne? Le sentiment de Lamartine est-il un progrès sur celui d'Horace? Le doute n'est pas permis.
« Vous avez cherché le progrès dans les arts, et vous ne
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l'avez pas trouvé, dit M. Pelletan à son glorieux antagoniste; vous le cherchez ensuite dans les passions, et là- encore vous secouez la tête et vous passez »
Alors, évoquant l'homme ancien pour le comparer à Thomme nouveau, Fauteur montre le droit, la conscience s'éveillant peu à peu et remplaçant le culte de la force. Ulysse, Ajax, Agamemnon, Achille, sont des héros de la brutalité. Bientôt le droit, sauvage, informe, se substitue à cette raison des poignets. Le philosophe arrive et modifie, en la purifiant, la notion première, l'apôtre suit le moraliste ; l'Évangile se lève à l'horizon des consciences. Chacun, institué son juge intérieur, est chargé d'accomplir la loi en soi-même, par soi-même, et cette loi tient dans ce mot: charité. La charité, une passion nouvelle dans le monde, plus forte que toutes les forces de la matière, puisqu'elle a brisé les maîtres et vaincu les bourreaux! Le christianisme régénéra l'individu, la philosophie régénéra l'Europe. La charité, dilatée à la mesure de ce développement de l'àme, prit un titre nouveau, celui d'humanité. L'humanité! voilà désormais le mot du progrès.
L'esclave est émancipé, le serf l'est d'hier, le prolétaire le sera quelque jour. « Nous flottons, dit M. de Lamartine, comme l'antiquité, entre cinq ou six formes de gouvernement qui se combattent et se succèdent avec une égale impuissance de durée et de stabilité. L'acharnement même des peuples européens à chercher des formes meilleures de gouvernement ou de société atteste le travail et l'inquiétude d'esprit qui s'agite dans un perpétuel effort. »
M. Pelletan répond et demande depuis quand le travail et l'inquiétude d'esprit sont des symptômes d'impuissance ou d'immobilité? La souffrance de l'homme ne doit pas faire nier le bonheur. Le bonheur humain, c'est l'accomplissement de la destinée, et l'accomplissement delà destinée est l'épanouissement de la nature humaine; c'est l'accroissement dévie matérielle par une plus grande production de bien-être, et une plus juste répartition du bien-être produit; de vie spiri-
tuelle par une plus vaste dilatation du sentiment et une plus large expansion de la connaissance.
(( Où est, demande M. de Lamartine, la perfectibilité visible en tribus, en nation, en domination sur ce globe? Quelle est donc la race qui n'ait pas suivi le cours régulier de naissance, de croissance, de décadence et de mort? L'histoire est le registre de naissance et de mort d'une civilisation. »
Oui, répond M. Pelletan, toutes ces civilisations sont mortes, mais la civilisation a survécu parce qu'elle était la raison commune de toutes les métamorphoses de l'histoire. Chaque civilisation, au moment d'abdiquer, verse son contingent d'idées dans la civilisation suivante qui augmente de son travail le patrimoine reçu et le transmet à son tour avec l'accroissement nouveau à une nouvelle héritière, à tel point que la France, aujourd'hui expression suprême, pour sa part, de la civilisation, n'a pas une industrie, pas une science qu'elle n'ait reçue en totalité ou en germe, par une longue circonvolution, de l'Inde ou de l'Egypte, de la Grèce ou de l'Italie.
Ce qui est vrai, c'est qu'en ce moment le ciel est lourd, le temps immobile: mais n'ayons pas peur. Les haltes précèdent de nouvelles étapes. Un monde périssable s'apprête à mourir; quelque chose de grand couve au fond des cœurs. Déjà l'air frémit sous de mystérieux courants de l'esprit. Ouvrons les fenêtres et aspirons à pleins poumons l'air de vie.
La perfectibilité continue et indéfinie est-elle une utopie? Mais, dit M. Pelletan, l'infini, c'est Dieu, et le progrès est indéfini, parce qu'il tend à se rapprocher de Dieu. Seulement, quand on dit progrès continu, on n'entend pas progrès continu d'un jour à l'autre, d'un siècle à l'autre, mais d'une civilisation à l'autre, d'une transfiguration à l'autre de l'humanité. Le progrès compte par civilisation, comme nous comptons par années. Le réduire à notre cadran, c'est le rapetisser à notre nature.
Telles sont, résumées très-imparfaitement, écourtées, refroidies, maltraitées peut-être par la citation, les pensées qui for-
ment le fonds de l'excellent livre que M. Pelletan vient de publier. Est-ce une réfutation en règle de M. de Lamartine? Non ; d'ailleurs il y a des hommes qu'on ne réfute pas, avec lesquels on feint, pour ainsi dire, de n'être pas d'accord, pour avoir un prétexte de discussion savante, mais qu'on retrouve toujours dans la route de la vérité, puisqu'on les retrouve dans la route du beau, du grand, du. divin. Le génie, même quand il veut se tromper, ne se trompe pas, et surtout ne trompe personne. Voilà pourquoi il faut remercier M. Pelletan d'avoir profité des quelques paroles découragées échappées à M. de Lamartine pour écrire ces lettres qui constituent une remarquable et décisive théorie du progrès ; mais sans que le succès du livre puisse être regardé comme un échec pour ces pages . lumineuses que M. de Lamartine répand chaque mois parmi la grande famille de ses amis.
Et nous qui nous honorons de défendre toujours, à tout propos, comme si nous défendions la conscience même, l'honneur de ce pays, la grande probité et le grand caractère du poëte des Méditations, nous n'éprouvons aucun embarras à applaudir au triomphe de son adversaire loyal et souriant, convaincu par le témoignage du livre même que M. Pelletan se lait gloire comme nous d'honorer et d'estimer dans M. de Lamartine l'intelligence la plus élevée, le cœur le plus infaillible, la volonté la plus droite de ce temps-ci.
1" Mai 1857.
11 y a bien longtemps que le critique de la Revue des Deux- Mondes tient la férule, et on peut se demander, comme nous l'avons fait, en ouvrant ses livres, quel résultat cet infatigable pédant a obtenu, quelles idées il a fait triompher, de quelles erreurs il a tiré le public, quelles renommées usurpées il a démolies? Nous croyons ne rien changer à la plus exacte vérité, à l'évidence la plus mathématique, en affirmant que sur ce premier point l'œuvre de M. Planche a été d'une stérilité parfaite. Acharné contre l'école romantique, exaspéré contre les gloires contemporaines, il a dit un jour « que les œuvres signées par Victor Hugo disparaîtraient bientôt sous le flot envahissant de l'oubli. » Et après \)\us de trente années d'un triomphe laborieux, mais croissant, Victor Hugo, avec ses poëmes, ses romans, son théâtre, est entré dans cette région limpide et sereine qu'habitent les maîtres incontestés. Je n'en veux pour preuve que Témotion universelle avec laquelle est accueilli le volume des Contemplations. M." Gustave Planche n'est donc pas infaillible.
Mais, si la critique est quelquefois impuissante à guérir le public de ses engouements, du moins, et c'est là d'habitude sa
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consolation, elle propage des principes, elle met en circulation des idées, elle agite les esprits, elle fait croire à un idéal. M. Gustave Planche n'a jamais rien propagé, rien défendu, rien enseigné. J'affirmais quil n'avait jamais blessé personne, j'affirme qu'il n a jamais convaincu, converti qui que ce soit. C'est qu'en effet, pour faire une propagande d'idées, il faut avoir des idées. Or je demande quelles sont les idées de M. Gustave Planche'? Il a attaquél'école romantique, mais il l'a quelquefois traitée avec faveur; on trouve dans ses études l'éloge du réalisme et l'éloge de l'imagination. Est ce au profit d'une opinion philosophique, sociale ou simplement politique qu'il parle avec cette violence? A-t-il donc, faux paysan du Danube, quelques bonnes sentences de morale universelle à débiter à tous? Point. Indifférent aux agitations, aux doutes, aux tortures des temps modernes, il ne voit dans les premières élégies de ce siècle qu'une fantaisie vaniteuse pour les poètes de mettre leur personnalité en avant. René, Jocelyn, les Méditations, les Feuilles d'automne, toutes ces plaintes, si diverses d'accent, si unanimes d'intention, ne sont pour lui que des accès de fatuité, que des procédés. Il ne voit pas, il ne sent pas l'inquiétude qui suit les révolutions; il juge les passions littéraires au point de vue le plus étroit et le plus mesquin ; il fuit l'enthousiasme; il calomnie l'émotion ; il s'arrête aux chicanes de détail ; mais jamais un souffle ne l'enlève à ce terre-àterre continu ; jamais une échappée dans le domaine delà morale, qui doit être l'Elysée ou l'enfer des bons ou des mauvais écmffins! Dans quel livre, dans quelle page, dans quelle ligne a-t-il laissé tomber une parole d'encouragement, d'enseignement fécond? Sous cette amertume, qui n'est que l'injure et qui n'est pas la satire, sent-on l'indignation d'une âme virile qu'anime la colère du bien et du beau? Lui échappe-t-il, dans ces malédictions perpétuelles, une parole de foi sincère? et, s'il ne croit pas aux artistes, a-t-il au moins pour l'art ce culte fervent qui répare tout, qui agrandit les luttes, qui purifie les colères, et qui guérit en blessant? Critiquer, c'est enseigner.
Quelle est la formule, la doctrine de M. Planche? Est-ce l'art pour l'art? Est-ce l'art humanitaire? Je comprends M. le comte A. de Pontmartin poursuivant, au nom d'opinions politiques et religieuses hautement proclamées, tout écrivain qui lui paraît ennemi. Je comprends M. Cuvillier-Fleury cherchant avec esprit, avec une finesse courtoise à constituer le juste-milieu littéraire, l'éclectisme dePhilinte. Je comprends et j'aime M. Eugène Pelleîan fouillant tous les livres, tous les cœurs, pour y sentir le progrès, la liberté. Qu'on blâme ou qu'on applaudisse ces divers critiques, on leur reconnaît un but, une croyance, une idée. Mais, encore une fois, quelle est la devise de M. Planche, et depuis plus de vingt années, quelle ombre de doctrine, quelle apparence d'idées a-t-il fait passer dans la conscience publique?
Mais, s'il n'est pas infaillible et s'il est sans idées, M. Planche a-t-il au moins ces mérites de style qui profitent aux artisans littéraires, et peut-on citer de lui quelques pages comme des modèles? Hélas ! non. Brutal jusqu'à la sauvagerie, quand il veut être fort, douceâtre jusqu'à la fadeur, quand il veut être bienveillant, M. Planche exprime en prose épaisse des banalités qu'il assaisonne de figures de rhétorique empruntées à des collégiens. Assez habile dans la recherche des défauts de détail, il perd toute mesure quand il veut utiliser ces petits avantages. Sa raillerie ne s'élève jamais à l'épigramme, et sa colère est bourrue. Comment ! depuis plus de vingt ans M. Planche mord, et il n'a pas fait encore une morsure sérieuse ! Depuis plus de vingt ans, il se moque, et sa moquerie n'a produit encore ni un trait qui puisse être répété, ni un mot qui soit resté attaché à ses victimes ! Depuis plus de vingt ans il a de la haine, et ses ennemis sont debout et le défient! Mais il faut supposer alors à ce flagellateur impuissant ou trop de bonté ou trop peu de verve. C'est ce dernier reproche qui est le seul juste. Les serpents qu'agite M. Planche sifflent beaucoup, mais ils le sifflent surtout; quant à leurs lèvres, elles tachent, mais ne luent pas. Ce style à coups de poing déconcerte et
peutblesserlegoût; mais, encore une fois, il ne blesse personne. C'est précisément sa malveillance incorruptible qui est pour M. Planche la raison de son insuccès. Comment croire aux leçons de haine d'un homme qui n'aime rien? Comment se prêter aux sophismes hargneux d'un mécontent qui paraît surtout mécontent de lui? Comment ne pas être amené à croire que cet écrivain, qui n'a jamais fait ni essayé un livre, en veut aux livres des autres par celte seule raison? Sa stérilité prévient contre ses rigueurs, et on est toujours tenté de lui dire : Montrez-nous vos œuvres, vous qui blasphémez les œuvres des autres !
On parle quelquefois, surtout dans les articles de M. Planche, de sa conscience. La violence systématique a de faux semblants de probité, et Zoïle voudrait passer pour un Alceste. Quant à nous, il nous a toujours semblé que la conscience était moins intraitable; et la loyauté, quand elle est l'essence même d'un écrivain, respire dans tous ses actes. Or nous avons trop de preuves de la félonie du critique pour avoir confiance dans ses jugements. Un homme de science et de véritable valeur, dont les travaux d'esthétique sont consultés par tous ceux qui écrivent l'histoire dece temps-ci, M. A. Michiels, dans un chapitre de deux volumes intitulés VHistoire des idées littéraires en France, a démontré par des faits péremptoires les larcins déguisés, les actes de piraterie commis par l'impitoyable Aristarque. C'est ainsi que, suppléant, par des traductions et des copies, aux lacunes d'une instruction insuffisante, M. Planche s'installait à la Revue des Deux- Mondes, à l'aide d'une étude sur Fiedling, prise tout au long dans la biographie des romanciers célèbres de Walter Scott. Par cet attentat contre la double propriété de l'auteur anglais et du traducteur français, M. Defaucompret, M. Planche acclimatait dans le recueil, dont il est aujourd'hui le" seul ornement, cette indulgence pour les plagiats dont nous avons pu constater les effets. Une autre fois, c'est à la Qnaterhj revieivs qu'il s'adresse; puis enfin, après des extorsions littéraires plus ou
moins graves, il en vient à se venger de M. Michiels en lui empruntant à lui-même le fond et les accessoires d'un travail important sur Rubens et son école. Mais M. iMichiels n"est pas d'humeur à se laisser copier, et il a réclamé avec énergie.
A propos de l'Exposition universelle, le consciencieux M. Planche reprochait à la mémoire de M. Froment Meurice un fait d'usurpation dont précisément l'éminent orfèvre avait eu le soin particulier de se préserver. M. Gustave Planche affirmait que l'artiste dissimulait les noms de ses collaborateurs ; il a suffi à M. Paul Meurice de renvoyer le calomniateur aux œuvres et aux notices du mort si brutalement attaqué, pour convaincre une fois de plus M. Planche d'exagération volontaire. Voilà pour la conscience!
Quant à l'érudition, elle n'est assurément pas indispensable à un savant qui emprunte si facilement la science des autres; mais encore faudrait-il pouvoir contrôler celle-ci au besoin; et ce n'est pas échapper à la leçon de la Fontaine que de prendre le Pirée pour une femme, sachant bien que ce n'est pas un homme. M. Planche fait vivre en 1824, et compte au bilan littéraire de cette année-là le poëte Robert Burns, mort en 1796; il fait du fameux évêque Percy un Écossais et non plus un Anglais, comme la nature l'avait créé. Il prend dans la Biographie universelle un article de M. Emeric David sur Phidias, un autre de M. Quatremère de Quincy sur Michel- Ange; par malheur, il copie étourdiment, et il fait sculpter par Michel-Ange, au seizième siècle, un tombeau commencé par Nicolo' dall' Arca, mort en 1270, et terminé par Jean de Pise, mort en 1320. M. Michiels a pris soin, en 1842, de relever toutes ces bévues et d'autres encore ; mais, comme depuis quatorze ans M. Gustave Planche n'a pas brisé le bâton dégrossi qui lui tient lieu de plume, il est hors de doute que nous pourrions, avec peu d'efforts, allonger considérablement la liste de ces preuves singulières d'infaillibilité scientifique.
Les deux volumes que vient de publier M. Gustave Planche
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sur la littérature et sur les arts confirment au delà de toute supposition le jugement très-sincêre que nous portons sur sa valeur comme écrivain et comme critique. Jamais l'absence des véritables lois d'estbétique ne fut plus complète. Le caprice d'un esprit chagrin paraît la seule raison des antipathies ou des préférences. On flagorne des poètes médiocres, on injurie grossièrement des esprit sérieux et militants. Partout, qu'il s'agisse du roman contemporain ou du théâtre, ou de la poésie, la même vulgarité, la même façon mesquine et pédante de juger! partout le même dédain, le même mépris, ou plutôt, la même inintelligence des doutes, des passions, des troubles de l'époque actuelle! A propos de M. Cousin, il dira de ce maître, qui a une si lourde part de responsabilité dans la faillite delà philosophie moderne, que « c'est un homme capable de comprendre les faiblesses du cœur; » mais de son action, de son devoir, de son rôle, rien ou presque rien. Je me trompe. M. Planche regrette que M. Cousin ait quitté la chaire de si bonne heure, « il eût retardé, dit-il, l'apothéose désintérêts matériels. » L'art doit-il aider à l'enseignement explicite des vérités morales et religieuses? M. Cousin ne le pense pas, ni M. Planche non plus. « Toutes les fois, ajoute ce dernier, qne l'art, au lieu de se proposer l'interprétation de la réalité, a pris un caractère dogmatique et s est mis au service de la morale ou de la religion, il a perdu sa puissance. « Il y a dans cette observation une ineptie et une vérité. 11 est hors de doute que l'art n'existe réellement qu'à la condition de développer, jusqu'à une perfection plus ou moins grande d'exécution, les régies essentielles qui servent de base à chacune de ses parties. Avant d'être spiritualistes, socialistes, religieuses, la peinture, la sculpture, la musique, la littérature devront être de la peinture bien faite, de la sculpture correcte, de la musique savante, de la littérature bien écrite ; c'est là une vérité que M. de la Palisse accepterait. Il ne suffit pas qu'un roman ait de bonnes intentions pour que ce soit un bon roman; et Candide, ce chef-d'œuvre qui fait horreur à M. Cou-
sin, s'il n'avait été qu'une diatribe, aurait fort bien pu n'être qu'un livre médiocre. Ce qui fait sa force, ce qui le place dans les hautes régions de l'art, c'est l'alliance harmonieuse de la forme et du fond, c'est la réussite de la mise en œuvre secondant l'intention. Chacun est d'accord sur ce point. Affirmer avec solennité la proposition émise plus haut, c'est ne rien dire de neuf; c'est même ne rien dire du tout. Mais, lorsque, sans tomber dans l'affectation dogmatique, l'art se met au service des idées de morale, de religion, d'humanité, je crois qu'il court plutôt des chances de triomphe que des périls de déchéance. Pour ne citer qu'un exemple tout récent, le livre de madame Beecher-Stowe cesse-t-il d'être une œuvre de premier ordre, parce qu'il est le plaidoyer spécial d'une question de morale humaine? Tout ce qui est dogmatique a un caractère d'enseignement qui exclut l'idée d'universalité. Cela est incontestable et incontesté. Mais ce qui prouve que M. Gustave Planche n'a pas le sentiment des angoisses modernes, c'est qu'il ne voit pas que l'art égo'iste dont il se fait aujourd'hui l'apôtre ne peut plus suffire aux besoins d'esprit et de cœur des générations nouvelles. Qu'importe à ces âmes avides de morale, de principes, affamées de vérité, un torse irréprochable, une peinture bien réussie, une phrase savante, une musique habile, si elles ne trouvent pas dans ces œuvres la réponse à leur éternelle demande, la source à laquelle puissent se désaltérer leurs douleurs ! Ce qui rend puéril et oiseux le bagage des dissertations de M. Gustave Planche, c'est la fièvre du public, qui veut qu'on l'instruise et qu'on le sauve par tous les moyens, par les yeux, par les oreilles, par le rire, par les larmes, par le cœur enfin.
Vous parlez d'imiter la réalité ? Mais qu'est-ce que la réalité, sinon des douleurs précises, des joies vagues, des espérances infinies? L'art sera donc au service de la réalité toutes les fois qu'il satisfera aux besoins d'amour, d'expansion, de prières de l'humanité. A ce compte-là, je trouve que Lamartine est plus réaliste que Paul de Kock ; et les Médi-
talions sont plus vraies, au point de vue de tout le monde, que les romans calqués sur les mœurs triviales de la société.
Ces deux volumes s'ajoutent donc au précédent bagage de M. Gustave Planche sans faire bénéficier le public d'une idée de plus. On y retrouve la même lourdeur, la même maladresse dans la malice, les mêmes pavés en guise de grains de sable. Cette publication continue le phénomène assez rare, en littérature, de la malveillance passée à l'état chronique. C'est là d'ailleurs une anomalie dont on ne s'étonne plus et qui a fini par produire un effet contraire à son but. Il est notoire pour tout le monde que le plus grand bonheur qui puisse arriver à un nouveau venu, |à un débutant dans la carrière littéraire, c'est de subir ce qu'on appelle Véreintement de M. Gustave Planche. On sollicite sa colère, comme on demande à d'autres leur bonne grâce; il n'est pas de câlinerie dont on n'use pour être malmené par ce singulier critique qui fait vivre et prospérer tous ceux qu'il veut tuer. On sait si bien que le public ne se laisse pas prendre à ces fureurs de maniaque, qu'on se recommande à ses sévérités pour s'attirer des lecteurs et des sympathies. Si M. Planche pouvait jamais se douter de ce succès bizarre, il serait capable de devenir bienveillant à l'excès par dépit et de jouer à tous ceux qu'il déteste le tour perfide d'en dire du bien. Mais ce danger n'est pas à craindre. A ce degré, le vertige du dénigrement ne peut plus cesser.
Nous n'avons pas à déterminer les causes de cette hypocondrie féroce. Le sentiment d'une irrémédiable impuissance suffit-il pour l'expliquer? Nous ne le pensons pas. Pour nous, M. Gustave Planche n'est pas un critique, c'est un système. 11 représente toute une école, toute une coterie qui le charge de ses exécutions ; et, malgré les coups de tête indépendants par lesquels de temps à autre il fait croire à une sorte de liberté d'allure, au fond, il sert surtout les rancunes d'une Revue qui a su éloigner d'elle tous les grands noms de la littérature contemporaine , Victor Hugo , Balzac, Lamartine,
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George Sand, Michelet, Dumas, etc., et qui essaye de calomnier ou de nier le mouvement littéraire, parce qu'elle ne peut plus ni le diriger, ni même le suivre. Sacrificateur d'un autel où la médiocratie est adorée, M. Gustave Planche immole les béliers, épargne les moutons, et cherche à organiser une sorte de terreur au profit d'un nivellement sacrilège des intelligences. Tout ce qui vit, tout ce qui cherche, tout ce qui étudie, offusque ces béats qui font mâcher leur prose comme les Anglais font mâcher l'opium aux Indiens. Si, par moments, cette école tressaille au cliquetis d'une armure qui rappelle les luttes passées ; comme elle ne peut entrer en lice elle-même, comme Fobésité rend la cuirasse chimérique et la lance grotesque, elle souffle dans la trompette, elle fait appel aux jeunes paladins et provoque, pour l'illusion de sa vieillesse, un tournoi dont elle s'établit juge. Mais la jeunesse a autre chose à faire; d'ailleurs M. Yéron est un concurrent sérieux, et ce docteur exploite déjà pour le plus grand profit de sa vanité l'idée des concours. Je crois que la Hevue des Deux-Mondes, qui depuis longtemps n'est plus la revue de ce monde-ci, désespère de tirer jamais la tombola littéraire qu'elle a fait afficher, et que personne ne viendra répondre à la question que ce sphinx cacochyme a posée : Quels sont les moyens de réveiller le mouvement de 1852 ? Question naïve, et qui est l'abdication la plus manifeste! Comme si Ton suscitait une révolution artistique ! Comme si l'on donnait à volonté la fièvre à un peuple qui dort d'une digestion laborieuse! Comme si rien de social ne se mêlait en 1852 à ce réveil éclatant du génie lyrique ! On le voit, si donc M. Gustave Planche a peur des idées, c'est qu'il est douanier d'une frontière où les idées sont proscrites. Je mettais en doute sa conscience. J'avais tort; je reconnais qu'il est impossible de remplir plus consciencieusement son office. Mais cette obéissance suffit-elle pour amnistier les torts d'une critique, violente sans foi^ intolérante sans fanatisme?