‹ Écrivains et hommes de lettres (volume 2)Chapitre 29 sur 35 · MARNIX DE SALNTE-ALDEGONDE · texte numérisé non relu

MARNIX DE SALNTE-ALDEGONDE

En commençant cette étude je suis frappé d'un fait étrange, et qu'il est bon d'expliquer. M. Quinel, philosophe, historien apôtre de Tavenir, un peu confus dans l'exposition de ses seules idées, versificateur habile, mais relativement inférieur dans ses poëmes, devient tout à coup un vrai poëte, un trèsgrand poëte, quand il touche à l'histoire. Son cœur, qui n'a formulé jusque-là que de vagues et sonores mélodies, tressaille, vibre, et jette dans un air purifié un cri terrible qui va droit au ciel. Ce n'est plus le symbole légendaire d'Ahasvérus; ce n'est plus le nuage empourpré qui voile les contours et la ligne rigoureuse; c'est la vérité dans toute sa lumière, dans toute sa netteté. 11 semble qu'en remuant les poussières réelles des tombeaux M. Quinet fasse surgir un Lazare vivant et ressuscité dans la splendeur immortelle. Ce n'est plus un professeur, un maître qui assemble et coordonne des théories ; c'est l'humanité qui vit, qui parle, qui pleure, qui montre ses plaies, avoue ses hontes et chante ses espoirs invincibles.

M. Quinet, quand il écrit l'histoire, est véritablement inspiré; non pas qu'il s'échauffe avant d'ouvrir les annales et

* i Vol. Paris, Adolphe Delahays, éditeur, rue Voltaire^ 4-6*

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