‹ Écrivains et hommes de lettres (volume 4)Chapitre 14 sur 54 · MONTAIGNE ET M. ETIENNE CATALAN · texte numérisé non relu

MONTAIGNE ET M. ETIENNE CATALAN

intacte l'œuvre du maître et de la faire aimer et comprendre sans profanation?

Ce livre serait inutile au point de vue pratique, que nous le recommanderions encore comme un bel exemple, comme un digne et pieux hommage rendu à Montaigne. C'est à ce titre que les savants qui lisent fré(juemment Montaigne doivent l'acquérir. Quant à l'auteur, il a ouvert une voie difficile et glorieuse; qui le suivra?

Le public, qui sait souvent se garer de la réclame et aller aux livres sérieux, a rendu nécessaire une seconde édition. Le Manuel des honnêtes gens n'en restera pas là.

M. Catalan a publié aussi sous le titre de Fables et Fabliaux un charmant petit volume de cette philosophie souriante et railleuse dont la Fontaine est le modèle. Mais, tout en ne prétendant qu'à glaner dans le champ immortel de maître Jean, M. Catalan, nourri de Montaigne, a su donnera ses apologues une allure et un sens qui l'es élèvent au-dessus de tous les petits recueils de fables qui ont inondé l'Académie, depuis quelque temps. Il n'a pas imité servilement le maître en faisant parler les bêtes : sous ce rapport, il a trouvé qu'autant valait laisser parler les hommes. Ses fables et ses fabliaux sont de petits poèmes dont la moralité ingénieuse s'adresse à tous; ce ne sont pas des épigrammes mesquines contre les partis, ce sont de bonnes et solides leçons données à l'humanité. Joignez à ce mérite une forme irréprochable, toute gauloise, et l'on comprendra que les amateurs mettent ce volume au-dessus des pénibles élucubrations de MM. Viennet et consorts. Nous regrettons que la place nous manque pour prouver par des citations la vérité de notre témoignage; mais que les incrédules s'adressent au volume lui-même; ils n'auront point de désappointement.

Novembre 185ô.

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