‹ Écrivains et hommes de lettres (volume 4)Chapitre 19 sur 54 · M FLOURENS · texte numérisé non relu

M FLOURENS

])E LA LONT.KVITK HUMAINE.

Voici bien autre chose maintenant que l'Iiistoire des peuples, des empires! C'est le livre de vie lui-même que M. Flourens nous tend avec les promesses les plus rassurantes. Il s'agit bien de nous inquiéter des révolutions, des chutes de royautés! C'est le secret de doubler, de tripler l'existence humaine i|ui nous est offert, qui nous est révélé.

M. Flourons est un grand savant, assure-t-on. C'est à ce titre qu'il fait partie de l'Acadi'mie française, et il nous souvient des clameurs qui ont accueilli autrefois son élection, laquelle avait, aux yeux des malicieux immortels, le mérite de retarder l'entrée de M. Victor Hugo. Depuis ce temps, nous en avons vu bien d'autres; et, si M. Flourens, physiologiste émiiicnt, n'est (pi'un médiocre ('crivain, du moins a-t-il l'avantage de faire (iiK'lqucfois des livres; tous h's acadt'miciens n'en sont pas l;i. l>';iill»Mns, depuis sa nomination, le savant fait de son mieux; et udus ;iv(ms icmaniut' (pi'il sîiupoudre (•(impl;iis;iiiiiiiriil di' (piclipies cilalions lilliMaiics ses disscFta-

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lions plivsiologi([iics. La Fontaine surtout délVayo M. Kloiirens; il l'invoque à propos de tout. Le bon Cliauipenois fait parler les bêtes, M. Flourens les flissètine; le premier leur demandait des conseils, desleeons; le second les interroj^e sur les lois de la vie. Tous deux se trouvent bien de les fn-ipienter; et l'on dirait que c'est le fauteuil de la Fontaine ([ue M. Flourens a particulièrement réclamé, au nom des bêtes. Quoi ([u'il en soit des motifs de l'ambition littéraire de M. Flourens, il est de l'Académie française, comme il est de l'Académie des sciences, de celle de Londres, d'Fdimbourg, de Stockholm, de Munich, de Turin, de Madrid, de Bruxelles, etc., etc.

Est-ce pour remercier tous ces corps illustres, constitués en général par l'élite de la vieillesse savante, que M. Flourens a écrit ce volume consolant sur la longévité humaine? A-t-il voulu rassurer tous ces fronts abrités d'abat-jour en leur déroulant les perspectives d'un avenir de deux cents ans d'existence vraie!

Les immortels, en général, ont assez peur de la mort, et ils savent bien que la plupart d'entre eux ne garderont rien au delà de la vie du petit renom qu'ils se sont fait de leur vivant! Ce serait, il faut en convenir, une aimable attention de la part de M. Flourens. « Rassurez-vous, pourrait-il dire à ses confrères, on prétend que vous êtes mortsau monde; moi, je vous fais vivre cent, cent cinquante et deux cents ans! J'ai consulté des lapins infaillibles, et les canards les plus authentiques m'ont donné une certitude! » Le dictionnaire aurait quelque chance alors d'arriver à bonne fin dans un siècle ou deux; et quelle heureuse influence n'auraient pas sur la littérature et sur le progrès ces Nestors bicentenaires, dont le protectorat s'exerce déjà si utilement, pendant leur trop courte carrière actuelle!

11 semble que Victor Hugo ait écrit l'apocalypse de ces jours fabuleux en écrivant les Burçiravcs; c'était la prédiction confuse du poiHe avant la découverte mntliémati(|ue du savant. Si

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tout le monde, car M. Flourens nedemandeque la sobriété en échange de son secret, si tout le monde arrivait à cette prolongation de la vie, quel débordement de la vieillesse sur les jeunes! Que je les plaindrais ces poètes de vingt ans, ces Roméos de dix-huit ans dans cette cohue d'aïeux qui n'auraient pas sans doute de raison pour préférer la foi nouvelle, l'art nouveau, l'amour souriant à leurs souvenirs fanés, à leurs impressions confites par cent ans de rabâchages!

Ail! ne demandons pas à vivre plus longtemps; mais demandons à vivre mieux et plus utilement! Qu'importent cent ans de plus, si le terme est le même et ^i vous n'avez fait qu'en assombrir les avenues! La vie suffit au peu de bien que nous pouvons tenter. Pounjuoi tenir à garder obstinément la place que les jeunes fécondent mieux? Quand la tâche est finie, il faut en espérer une autre qui récompense ou qui punisse, mais qui complète au delà de la vie la tâche d'ici-bas. (( Je veux, disait Montaigne, que la mort me trouve plantant mes choux. » C'est là la sagesse. Plantons nos choux! et laissons-les récolter par d'autres. A quoi bon disputer un siècle à celui qui nous réserve l'infini !

Peut-être nous laissons-nous aller, à propos du livre de M. Flourens, à trop de raillerie et à trop d'emphase. Oublions nos vieilles rancunes contre le triomphant compétiteur de M. Victor Hugo qui l'a rejoint, et ne [lensons pas à l'Académie, pour parler sans amertume de l'œuvre d'un académicien. M. Flourens s'occupe, dans le volume que nous avons sous les yeux. De la lonijévité humaine et de la quantité de vie sur le globe; en d'autres termes, il roclierche si l'homme qui a une époque précise d'accroissement n'aurait pas une épo(iue régulière, une limite extrême de vie; et, affirmant avec un peu trop (l'aut(»ril(^ p(^ut-êtro, h; physiologiste conclut (|ue le cliiffio de cent ans n'est jias trop exagéré pour l'ambition humaine, cl <|u'avecdes soins il est même très-possible de dépasser d(^ bcaucouj) ce terme si avantageux. Quant à la vie répandue sur lcgl(jl)C, elle est loujouis la même en quantité.

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