‹ Écrivains et hommes de lettres (volume 4)Chapitre 46 sur 54 · MADEMOISELLE DE LA VIG.NE · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE DE LA VIG.NE

« Je vous envoie les vers latins que je vous ai promis, mademoiselle. Si vous vouliez, vous me les rendriez beaucoup meilleurs qu'ils ne sont ; mais je suis persuadé de ce que peut votre esprit, et je n'ose me rien promettre de votre bonne volonté. Si je vous avais dit ce petit compliment-là, je rougirais et peut-être rougirez-vous aussi, et il nous en coîiterait bien des réflexions; mais, comme les billets ne rougissent pas, je crois qu'on ne rougit pas aussi pour les billets.

« Fléchier. m

Il est bien évident qu'à prendre les choses dans leur sens littéral, il n'y a rien qui violente trop la pudeur: mais se bornait-on à s'écrire ces aimables taquineries, et ne parlait-on pas, en baisant la main, de cette bo)me volonté? Et ces tendres correspondants, qui s'écrivaient pour ne pas rougir de ce qu'ils auraient eu à se dire, rougissaient-ils pour peu de chose? Quoi qu'il en soit de la conclusion à tirer que nous ne

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tirons pas, voici la réplique de la demoiselle, elle a quelque chose du mouvement discret par lequel Elraire recule sa chaise en repoussant la main qui palpe son étoffe :

A M. I/ABPÉ FLÉCniEF..

i( Je rougirais mille fois plus des compliments que vous me i';iites sur vos vers latins que je ne rougirais de ce que vous dites de la bonne volonté. Tout de bon, monsieur, je crois (jiie vous vous moquez un peu de moi. Ce qui me fâche, c'est f;ue je ne me sens pas disposée à m'en mettre fort en colère, il est juste que je souffre quelque raillerie pour me punir de la témérité que j'ai eue de vous demander des vers dont je ne suis pas capable de connaître toutes les beautés.

(( AiNNE-MaHIE Dli l.AVldiSE. »

Cette correspondance ne prouve pas assurément une galanterie effective et pratique, mais elle en démontre la possibilité et la vraisemblance. C'est tout ce qu'il est nécessaire de [irouver.

Nous ne sommes donc pas surpris des étranges récits que se permet la plume de l'abbé Fléehier, et nous n'avons pas besoin de la petite plaidoirie de M. Sainte-Beuve pour l'en amnistier. Ce ton et ces allures sont du temps. On était grave en chaire, devant des belles dauu's fort décolleti'es, mais un se permettait sans scandale des familiarités de langage et des audaces d'esprit, (|uand on voyait de près ces appas contre les(|uels on anatlu'matisait de loin et de liant, et ce qui nous blesse dans ces Mémoires, c'est moins leur badinage que 1a s(''clieresse avec laquelle on imih; (\i^s choses navrantes que révélaient les procès.

l'h'chier (''tait [irécepteur des enfants de M. de Caumaitin, cl { ■( si en celle (pialih' qu'd accompagna celni-ci en .Vuvergne, (ii'i le loi envoy.i {\<'s magistrats pour n'qirimer les \ io-

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lences scandaleuses exercées par la noblesse. Les grands jours étaient des assises extraordinaires tenues par des commissaires choisis parmi les membres du parlement. Celles de 1665 se composaient de Henri Potier, sieur de iXovion, président au parlement de l'aris, de Lefèbvre de Caumartin, maître des requêtes, qui devait tenir le sceau, et de seize conseillers delà compagnie. M. Denis Talon en était le procureur général.

Fléchier raconte l'arrivée à Riom de l'austère compagnie, l'ennui des discours et des compliments, et pour faire ses preuves immédiates de conteur aimable, il débute par un petit récit, par un doux roman d'amour dans lequel nous trouvons un nouveau moyen de correspondance, à l'usage des victimes cloîtrées. Deux amants s'entretiennent en déposant dans le corsage de quelques petites filles, et à l'insu de celles-ci, des billets doux qui sont ensuite repris, sans que les intermédiaires innocentes, qui se laissent embrasser et choyer par les deux amants, se doutent de leur rôle utile.

Mais les billets doux ne suffisant plus à l'entretien de la flamme de nos deux amants, ceux-ci se rendent à Vichy, et voilà le procédé fort ingénieux imaginé par ces tourtereaux inventifs pour se voir plus aisément : le galant attendait sa belle, et celle-ci, sous le prétexte de c[uek[ue commodité '(^^c'est Fléchier qui parle), se faisait conduire vers lui. « Jamais, ajoute le spirituel prélat, on n'a bu des eaux de Vichy avec plus de plaisir; jamais on n'n eu plus d'envie de les aller rendre. » \

On arrive a Clermont. Les grands jours sont ouverts; le procureur général, M. Talon, visite les prisons; Fléchier, de son côté, fait d'autres visites, et il se met immédiatement en (|uêt(" d'une dame à laquelle il puisse reporter sa pensée. 11 croit avoir trouvé son héroïne dans mademoiselle d'Aubusson : <( Mais, dit-il , comme ces beautés voilées ont je ne sais ijuoi (le li'isit' (■! li:' '.-ontriiiii! à m;':i indir.atidn , je m'atlaclini

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particulièrement à la conversation de madame de Brion, qui fut ma meilleure rencontre. »

S'il aime les dames, l'abbé Fléchier n'aime pas les capucins. Un d'eux, qui n'avait point la barbe si vénérable que les autres, trouve grâce devant lui parce qu'il le salue poëte.

Pendantque l'abbé Fléchier galantise, prêche, et soupire des madrigaux, le tribunal, voulant débuter par un coup d'éclat et imprimer quelque terreur à toute cette canaille titrée qui se joue du roi et de la justice, fait arrêter le vicomte de la Mothe de Canillac, u fort considéré dans la province , et le plus innocent des Canillac. » Il était coupable de meurtre tout simplement, c'était peu de chose. On le jugea, il fut condamné à mort et exécuté quatre heures après. Cette sévérité pour le plus innocent avait pour but de terrifier horriblement les plus coupables. Voilà les procédés bizarres de la justice des grands jours. Fléchier ajoute que l'accusateur et les témoins étaient plus criminels que l'accusé. Aimable temps! aimable juslice !

Au surplus ces Canillac sont des .Mauprats démuselés. Nous en voyons défiler une bande qui se croient tout permis et dont les moindres peccadilles les enverraient aujourd'hui aux galères. Mais la justice, satisfaite d'un premier meurtre, admet quelque adoucissement dans la suite de sa tâche, et on effigie seulement la plupart de ces bandits. Fléchier raconte tout cela en souriant d'une façon agréable. Il assiste à des affaires civiles. Un moine réclame contre les vœux et demande à être relevé de la chasteté forcée. Le tribunal le renvoie au froc. Une novice que l'on contraint à prendre le voile proteste ei réclame la clef des champs. — « Si les filles qu'on sacritie tous les jours avaient celle résolution, dit l'abbé Fléchier, les couvents seraient moins poiiplt's. » L'arrêt est bon à recueillir, et aucun trait ne manquera au tableau, à la satire de la société du dix-seplième siècle. Héchier trouve que les récits de procès ont besoin d'êtn! inlenouipus, et il les entremêle de conversations quinles.senciées sur le mérite di's femmes; puis il re-

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