‹ Écrivains et hommes de lettres (volume 4)Chapitre 8 sur 54 · I,A LIQUIDATION LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

I,A LIQUIDATION LITTÉRAIRE

initié tout d'abord aux tendres épancliements, et il chante la famille, avant do chanter l'humanité. Il ne prend pas la route de René et de Jocelyn, et se rencontre pourtant plus tard avec eux. Égoïste dans ses premières expansions, il s'épanouit pour lui seul, et plante sur la brèche cet étendard fameux, à la devise paradoxale : L'ai-t pour l'arll

Mais Victor Hugo, comme l'auteur du Génie du christianisme, et comme l'auteur de Jocelyn, avait trop d'amour dans le cœur, trop de feu dans la tête, pour dépenser tout en ce culte personnel et intérieur. Le souffle du monde se glisse par une ouverture, avive la flamme sur le trépied, et voici bientôt que la même passion l'agite. 11 défend la liberté de pensée. Il écrit \e Dernier jour d'un condamné, pour protester en faveur de l'inviolabilité humaine; dans Claude Gueux, il demande qu'on moralise le peuple avant de le punir; et l'homme qui traçait, avec le doigt de Claude Frollo, le mot fatalité sur les pierres du temple chrétien, met le crucifix sur les lèvres de la Tisbe, dans Ançjelo, comme une espérance, comme une promesse du divin amour.

Dans une de ses dernières préfaces, M. Victor Hugo disait : « L'auteur pense que tout poète véritable, indépendamment des pensées qui lui viennent de son organisation propre, et des pensées qui lui viennent de la vérité éternelle, doit contenir la somme des idées de son temps. »

Cette déclaration, renouvelée souvent, nous met bien loin de la devise : Lart pour iart! et nous touchons, par cette profession de foi, aux luttes de la tribune, à ces débats passionnés que nous n'avons pas à apprécier ici. mais qui, en faisant de M. Victor Hugo un hommi; politique, prouvent surabondamment qu'un poète, bien loin de s'abstraire de son époque, est le point d'intersection de tous les courants qui agitent cette époque.

Ce que nous pouvons dire, c'est qu'avec tous les grands champions de la cause romantique Victor Hugo a aimé la nature, a défendu l'humanité, a loué Dieu. U débute, comme

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Vxcnr, comme Jocelyn. par le cri, par l'ode, par l'expansion enthousiaste; puis il se calme, et, à travers le drame, le roman, la poésie intime, il arrive à ces espérances raisonnées, a ces aspirations humanitaires dont la Hévolution de février n'est pas plus le dénoûraent qu'elle n'en était le but.

Victor Hugo participe à la fois de la nature de Chateaubriand par un cûlé terrestre, sensuel, par le culte de l'image; et aussi par ces accès de sombre mélancolie, par cette galanterie pour la mort, qu'on rencontre à chaque pas dans l'auteur des Mémoires d'outre-tombe et dans l'auteur de Lucrèce Borgia. Il participe de Lamartine par l'iiarmonie, par le souille puissant, par cette fleur idéale! Comme ces deux poètes, dont il partage fraternellement la gloire, il contribue à faire de son temps l'époque la plus lyrique qui ait jamais brillé en littérature. Comme eux, il change peu à peu de sommet, et, après avoir trahi les .souffrances d'Olympio, il a voulu soulager les souffrances de tous. Pas plus qu'eux, il n'a été infidèle à sa mission, et il ne dépend pas plus de lui que de Lamartine de retenir le lyrisme qui disparaît, et de retarder la transformation qui s'apprête.

Nous avons dit ([ue l'heure de l'analyse était venue; mais n'est-il pas plus juste de convenir qu'elle n'a jamais cessé d'exister! Qu'est-ce donc que Uené? (\uAtala? que Jocebin? que Notre-Dame de Paris't sinon des analyses. Ce qui caractérise ce temps-ci, c'est qu'on n'a plus besoin de faire ces études avec les doutes, avec les émotions de terreur et de foi qui transportaient jadis ces opérateurs sublimes. Le scalpel ne tremble plus dans la main; la main n'hésite plus. On .-^ait bien aujourd'hui que ce n'est pas un secret de mort, mais, au cimtraire, un secret de vie qu'on trouve dans ces entrailles |t.ilpit;mles. OiijKiS^ez longtemps cri('' victoire. Il faut prouver qu'on a réelltMiKMil gagné la bataille. !1 n'y a plus d'escalade à tenter, de révolution à faire; il faut coloniser les terres conquises. C'est l;i désormais la tâche littc'raire. Qui oserait dire qu'ellescra moins ^'rande, moins utile (jue cellecjui s'achève!

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