‹ Écrivains et hommes de lettres (volume 4)Chapitre 9 sur 54 · I.A LlQlinATION LITTKIVMUK M · texte numérisé non relu

I.A LlQlinATION LITTKIVMUK M

Nous n'avons voulu nous arrêter qu'aux trois grands noms qui représentent le lyrisme dans sa forme la plus achevée. A travers cette foule, nous allons aux Iktos; mais combien de soldats valeureux et superbes nous aurions encore à citer! Notre silence ne saurait être une injure ni un oubli. Sans doute Lamennais et George Sand ont été aussi vivement tourmentés du feu lyrique et des souffrances élégiaqucs que Lamartine et que Chateaubriand. Les Paroles d'un croyant, Indiana et Lélia sont de la famille de René. Mais, encore une fois, si nous voulions suivre cette aurore de la tendresse sociale dans toutes les œuvres importantes du siècle, nous dépasserions les bornes que ce chapitre nous impose. Il s'agit, pour nous, bien moins d'énumérer nos richesses intellectuelles que d'en déterminer la signification. C'est ainsi qu'on nous pardonnera de ne pas parler de Déranger! Béranger! le seul poëte de l'amour et de la liberté envers lequel la génération sera forcément ingrate.

Nous avons voulu démontrer rapidement, par quelques exemples compris de tous, que l'art ne déchoit pas, qu'il se transforme; que le lyrisme abdique volontairement, non pas par impuissance; non pas que les ailes manquent à l'épaule, et qu'il faille dégringoler de la nue; mais par raison. Nous avons tenu surtout à constater que l'école romantique continuait, dans l'art, cette régénération que le tocsin de 89 avait sonnée. Seulement, il arrive qu'après avoir rattrapé la politique l'art a fini par la devancer. Est-ce une raison pour se repentir, pour retourner en arrière? en aucune façon. Il suffit, en gardant son rang, de marquer le pas et de permettre aux retardataires de doubler une étape. C'est ce piétinement sur place qui est devenu nécessaire.

La liberté et l'amour ont été les deux guides de nos phalanges inspirées. Je n'entends pas seulement par la liberté cette ardeur révolutionnaire qui fait culbuter un trône en trois jours, et qui, le lendemain de la bataille, ne songe qu'aux lampions, aux cocardes, aux drapeaux et aux restau-

rations. Je n'entends pas cette femme aux puissantes mavielles, qui fut vivandière d'un capitaine de vingt ans, sorte (le Jeanne d'Arc, aimant le rogomme, à laquelle Béranger lit les yeu\ doux, et i\m regarde les frontières du lUiin comme les limites du paradis; mais j'entends cette vierge immortelle et insaisissable, fuyant toujours à l'Orient, qui voit naître toutes les révolutions, et qui les abandonne en les maudissant, dés qu'elles refusent de lui donner l'abolition de la misère, le désarmement du monde, l'inviolabilité de la vie humaine. Cette liberté ne tient pas aux formules. Elle est républicaine avec Lam.artine, royaliste avec Chateaubriand: elle est la conscience de l'avenir. On l'a appelée d'un nom qui faisait peur et qui la compromise. Je crois, pour ma part, qu'elle n'a qu'un nom. (|ue la philosophie lui a trouvé depuis longtemps, la Raison!

Quant à l'amour, à aucune époque, il ne fut mieux chante, mieux compris, mieux honoré, selon .'^on principe qui est Dieu, selon son but qui est l'infini, selon son moyen d'action qui est l'homme. 11 est bien aisé de sourire quand on voit ci> mot dan.«r un article de critique littéraire; mais il est plus difficile de le passer sous silence quand on veut justifier l(\s manifestations lyriques et expliquer les révélations du génie. L'amour, comme nous l'avons défini, c'est l'harmonie des peuples montant à l)it;u à travers les harmonies de la nature. Cet aiii()ur-l;i ne trahit jamais; ses infidélités apparentes no sont «lue les défaillances de l'esprit qui croit le posséder. Il a éh' le rêve «le tous les génies littéraires de ce temps-ci; il sera l'espérance de l'avenir et la consolation du présent!

A rûlé de Lamartine et de Victor Hugo, non pas sur le même rang ni a la même hauteur, mais à une dislance ([n'exige

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