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lili: savant et des rdalions sca-
nèrent lieu, il a dit avec cette
la destinée des savants qui ne s'isolent pas dans la science est un blasphème qui insulte à la condition des sociétés modernes, à la science elle-même, et qui voudrait retirer de l'activité sociale précisément tous ceux qui peuvent le mieux l'éclairer et la diriger. Ah! si vous entendez qu'un problème de mathématique, qu'un théorème résolu ne donnent pas absolument le droit d'aspirer à tous les honneurs, et d'abandonner les joies de l'étude pour les vanités de la parade: si vous condamnez les ambitieux vulgaires pour qui la science est un moyen ; nous sommes d'accord ; mais la morale de votre semonce est si évidente, qu'elle devient inutile et tombe dans le lieu commun. Non! ce que vous blâmez, c'est l'émotion de J'.homme public dans le /^œur du savant, c'est . Archimède quittant pour une heure ses études afin d'aller voir aux murailles si la ville assiégée est bientôt prise; celui que vous blâmez, c'est Arago.
Eh bien, ce sera la gloire étemelle de ce savant d'avoir concilié le travail avec ses opinions; de n'avoir jamais sacrifié la science à sa passion politique ; mais d'avoir su se rendre doublement utile, en popularisant les découvertes et en payant de sa personne aux heures de péril pour la patrie; ne dites pas qu'il faut s'isoler, en redoutant l'ingratitude de la foule. Il faut se dévouer, sans pensée de récompense; et c'est là précisément un des bénéfices de la démocratie qu'elle exige un service désintéressé, et qu'elle a presque toujours l'exil d'Aristide à donnera ceux qui la servent. Non. L'estime de quelques savants est sans doute fort appréciable, mais pourquoi la préférer si absolument aux faveurs et aux défaveurs du pays? Où en seraient aujourd'hui l'Académie et les académiciens s'il ne s'était pas trouvé, en 1848, un savant comme Arago, un poëte comme Lamartine, d'autres encore qui, sacrifiant leur état, leur chimère à l'intérêt public , ont dirigé et modéré un mouvement qui ne s'est arrêté qu'en les sacrifiant? M. Biot a pQ^é comme récompense, comme palme promise, le titre d'académicien et l'estime de quelques in-
stituts au bout de la carrière scientifique. Nous pensons, nous, que c^est prendre le point de départ pour le but. La récompense ! elle n'est pas dans l'estime de quelques rivaux ; elle est dans la conscience; et celle-ci s'accommode mieux des services qu'elle rend que dés politesses qu'elle reçoit.
H. Guizot n'a pas été d'une moralité supérieure dans sa réponse; mais, en revanche, il à été plus prétentieux. Il a débuté par une phrase d'une incorrection singulière et dont les journaux se sont déjà .égayés : « Il y a cinquante aûs, monsieur, vous entriez dans l'Institut, le plus jeune alors et aujourd'hui le plus ancien de ses membres. » M. Biot entrant le plus jeune et le plus ancien; c'est là un abus de l'ellipse qui touche au galimatias.
M. Guizot affectionne les épithètes. Amour sincère et pur, disciple favori, soin charmant, vertueux plaisir, illustre maître, etc. : tout cela se trouve accumulé dans vingt lignes; et jamais les procédés de l'auteur n'ont été plus facilement percés à four. M. Guizot est un passementier littéraire. Il ne s'agit, pour lui, que d'avoir des galons à coudre : quand il n'en a pas, il en fait.
L'éloge de Napoléon ne nous a pas surpris. C'était un moyen ; et puis il était bon, voulant prendre pour la circonstance un air libéral, que M. Guizot fît un petit tour en Afrique avec le premier consul pour faire oublier le petit tour qu'il alla faire autrefois à Gand Mais personne ne saurait être dupe de jsette admiration, pas plus que de l'amour platonique professé tout à coup pour la liberté. Nous passerons, sans nous y arrêter, sur tous les endroits scabreux du manifeste académique ; nous n'avons ni à les discuter pour les contredire, ni à les applaudir, doutant beaucoup de leur sincérité.
Il a bien fallu pourtant qu'on s'occupât un peu de M. Biot, qui servait de prétexte à la réunion. M. Guizot s'est acquitté de ce soin avec une courtoisie excessive. Parlant des voyages entrepris jadis par le vénérable savant et des relations académiques auxquelles ils donnèrent lieu, il a dit avec cette
il4 ÉCRlYAmS ET HOMMES DE f.ETTRES
majesté qui sanctifie la plaisanterie : « Si, comme je l'espère, votre savant rapport a pénétré jusque dans les cabanes des lies Sethland ou des Baléares, je suis sûr que leurs modestes habitants auront éprouvé, en s'y retrouvant, un vif sentiment de satisfaction reconnaissante, b II manque une épithéte à cabanes. M. Guizot eût dû dire : « les humbles cab^ne& des modestes habitants. » Mais combien ce mot oublié est racheté par l'imprévu et le naturel de la flatterie! Voyez -vous d'ici les modestes habitants des îles Shetland lisant les rapports adressés à l'Académie des sciences! M. Guizot espère que ces rapports leur sont parvenus. Nous croyons, dussionsnous enlever encore une illusion à M. Biot, qui n'en a guère, que cet espoir est trompeur, et que son ingénieux rapport est parfaitement ignoré des insulaires en question. Je connais bon nombre d^habitants du continent qui pourraient, sous ce rapport, être mis au rang des insulaires.
Quand il cesse d'être si violemment ingénieux. H. Guizot tombe dans l'excès contraire et débite des vérités d'une accablante authenticité. « Celui, dit-il, qui ne demande rien aux puissances du monde ne court pas risque de tomber sous leur joug. » Cela est vrai et n'a d'analogue que cet autre axiome : « Quand on ne va pas au bois, on ne craint pas d'être mangé par le loup. » Un enfant comprendrait cette morale. L'Académie l'a applaudie.
La Révolution est pour M. Guizot une terrible révolution, source bouillonnante de tant d'autres. C'est là le propos d'un homme échaudé. Mais n'abuse-t-il pas un peu du droit qu'il a d'en vouloir aux révolutions, quand il ajoute : n Je ne prends nul plaisir à rentrer, pour les peindre y d'ans ces orgies du crime, même quand f y re^ncontre les protestations de la vertu? » •
Parlant de M. Lacretelle, l'auteur de Y Amour dans le mariage dit qu'il aimait les lettres tr comme Von aime les fer^sonnes à qui Von doit son bonheur, » Voilà encore une incontestable vérité mise à la portée des enfants bien sages. La fiB-
la péroraison du sermon de M. Guizot (lequel par parenthèse a un parfum plutôt catholique que protestant) parle des espérances trompées, des défaites des grands guerriers, des échecs des plus grands politiques, des mines des plus grands établissements, Toutle monde a pensé que M. Guizot faisait allusion surtout à lui-même, au 24 février; et cette supposition est vraisemblable. M. Guizot ne doit pas admettre volontiers de plus grands hommes que lui. 11 a exhorté l'assistance à .penser au ciel trop oublié.
Cette bénédiction de la fini n'a touché personne. S'il y a des ruines, des doutes, des désillusions, des colères, des oublis du ciel, à qui, pouruné part, en attribuer la faute? A M. Guizot; Votis parlez de démoralisation! Qui donc a corrompu? Vous dîtes qu'on a des ambitions effrénées! Rappelez-vous quelles leçons vous avez données, quels exemples vous avez légués, ïnel soulèvement vous a renversé au 24 février! Il est bien touchant d'entendre la personnification du matéria- Usme gouvernemental nous parler avec cette componction ! Il est bien temps ! et ce n'est pas vous qui nous sauverez.
On dirait, en entendant M. Guizot parler avec ce ton tranchant, qu'il a élé foudroyé en 1848. 11 se livre à des effets de ft'ont titanesques. Mais, quand on se rappelle l'éboulement de ^oxi système, on voit bien que, s'il sent le roussi, c'est qu'il est tombé de lui-même dans le feu, et toute la fierté de son attit^de d'aujourd'hui ne compensera jamais la profondeur de 1* humiliation subie alors. Il s'était placé; disait-il, plus haut îvietous les dédains ; et il a suffi d'un coup d'épaiile dans le, perchoir pour accomplir cette chute qui datera dans l'histoire des conquêtes faciles
M. Guizot devrait faire lire ses sentences par d'autres. Il y
a du bon dans sa morale débitée. Par malheur, en l'écoutant,
on pense à lui, et non à elle, et il se fait un tort qu'il ne peut
racheter qu'en se taisant.
!•' Mars 1857.