LA PLAINTE DE MAI
« Le soleil du printemps éclaire-t-il déjà la mer et la plaine? Les rameaux verts se sont-ils voûtés pour faire un toit aux voluptés silencieuses? Ah! le bien que je rêve ne m'envoie aucun rayon de mai ; il ne va pas par les touffes de fleurs, ne repose pas dans le vallon des sources.
« Oui, c'étaient des jours plus beaux lorsque, par groupes variés, les pâtres, avec leurs douces fiancées, s'acheminaient vers le bois des sacrifices; lorsque la jeune fille, portant sa cruche, allait vers le puits frais chaque matin; lorsque le passant, Tinlerrogeant avec ardeur, lui demandait de Teau à boire et de l'amour.
«Hélas! le tumulte des torrents débordés emporta bien loin le printemps d'or! Les châteaux s'élevènint et les tours aussi. La jeune fille, assise tristement, épiait les chants de la nuit, et d'en haut voyait le tumulte de la bataille, et comme dans la mêlée sanglante tombait son fidèle chevalier.
« Un siècle noir et ténébreux s'étendit sur le monde ^ un siècle qui a pris et emporté comme un rêve les amours fraîches des jeunes gens; maintenant, ceux qui voudraient s'étreiudre étroitement et pour toujours sur leurs poitrines fidèles, se saluent en passant, les yeux pleins de douleur.
« Flétrissez-^vous, ô fleurs; dépouillez- vous aussi, beaux arbres; n'insultez pas aux douleurs de l'amour; mourez aussi, beaux germes d'avenir; et toi, mon cœur, consume-toi dans ta plénitude. Dans le vide ténébreux des abtmes, tombez, tombez, ô jeunes gens I les sureaux tremblent dans les airs, les roses fleurissent autour de votre tombe. »