‹ Écrivains et poètes de l'AllemagneChapitre 7 sur 44 · CHOEUR · texte numérisé non relu

CHOEUR

j Hoy et Oe maledicanlur iilim ,

Juxta viatn posilœ^ etc., etc.

J'allais dans le petit bois sombre

Flores adtinare, Un méchant me youlut à l'ombre

Ibi deflorare, etc.

Nous avons envisagé Tàmour sous son double point dje vue divin et humain, nous l'avons considéré d'abord comme rapport de l'homme à Dieu, comme religion, puis comme rapport natu* rel de l'homme à la femme, élément instinctif dont nous avons yu jaillir le comique, l'éclat de rire, plus d'une pointe à double entente et plus d'Une allusion équivoque. — Cependant l'amour des sexes trouve dans la communauté son action morale, sa loi féconde et légitime. La communauté fait la famille , qui , elle aussi, se dissout à son tour pour se répandre dans les différentes eonditions sociales, dans les divers états. — Ici toute une période nouvelle s'ouvre pour le lyrisme, et nous aurons à l'étudier sous plus d'un aspect, soit qu'il se rapporte aux' divers points àe développement de la vie de famille, soit qu'il exprime et caractérise la poésie des états où l'existence populairiBy la communauté, se dissémine.

La'famille naît du mariage, port fortuné où viennent échouer toutes les fluctuations orageuses de l'amour. Le mariage tend au Kïalme, à l'assoupissement des passions, à la douce quiétude au sein du bien-être et du réalisme, d'où Ton peut tondure qu']l ne répond guère aux conditions de la poésie. Le mafifllge est anti-poétique de son essence ^eci soit reconnu sans aiédîM

M LA POtBie LYRIQtm. ^

deJi poésie ni du mariage). Malheur done à Tunion des deux époux, lorsqu'une péripétie quelconque intervient, lorsque le terrain monotone de l'existence quotidienne se rehausse tout à euup en pittoresques accidents! Le lied des noces (HoehstU- Lied)^ en installant les fiancés dans leur nouvelle condition', ferme la série de tous les lieds charmants qu'on se chante dé part et d'autre au printemps de la vie et des amours. Ces lieds de noces ont d'ordinaire un caractère tout à fait particulier, tiennent au sol qui les a vus naître, et s'y transmettent de race en race par tradition, dans leà campagnes du moins, où chaque dialecte revendique son produit ; car, pour les villes, il n'en est pas de même. Ici la communauté se perd, le moindre bourgeois veut avoir sa chanson qqi lui soit propre, son lied expressément composé à l'occasion d'un acte personnel. Avec la vie civile commence toute une série d'événements particuliers, de circonstances privées, de hasards individuels qu'on ne saurait trouver aux champs, où l'existence, plus calme, plus régulière, forme un tout harmonieux et pacifique dans lequel la physionomie du neveu se distingue à peine de celle de l'aïeul. Cependant, si l'époux ne chante plus de lied à l'épouse, la vie conjugale n'est pas dépourvue pour cela de toute espèce d'élément poétique. La nairàance de ces petits êtres que tant d'espérances environ-* nent, amène un gracieux contraste à la monotonie du va-etvient de tous les jours. En même temps que la sollicitude du père -et de la mère se rassemble sur ces tètes blondes pour les protéger et les guider, la musique s'introduit auprès du berceau. On endort le nourrisson en chantant, en chantant on dirige ses premiers pas sur l'herbe. L'enfant n'arrache pas une marguerite •u jardin , ne poursuit pas un papillon dans le bois, que la po^ie et la musique ne se trouvent là pour consigner son acte. On rélève, on le forme avec des sons : les oiseaux, les fleurs, les aii)fes, les caractères de l'alphabet, les vertus même et les vices, toutes les choses de la nature et de la morale, ne se révèlent è lui que par des sons ou des mélodies. Un grand nombre de ces lieds, les plus charmants sans doute , remontent à l'époque la plus reculée, et sont tellement répandus en Allemagne, que vous les rencontrez partout dans le peuple, en dépit de la variété des dialectes. — Ainsi la venue au monde de l'être donne lieu à toute une série de petits poèmes ; sa disparition est moins féconde.-Avec la mort, une période poétique entr

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bien dans les familles; les plaintes, les regrets, ces appareils lugubres, ne sont pas, Dieu merci, de tous les jours; mais» d'un côté, la douleur sincère et profonde n'a que faire de s'analyser elle-même, et le ton des sanglots ne se note pas ; de l'autre, c'est la religion qui se charge de célébrer ces pompes, dont elle écarte la fantaisie populaire par la solennité de sa présence. On peut dire pourtant que le sens collectif qui a pris une si vive part aux fêtes du mariage ne se dément point complètement en cette occasion. Les sympathies qu'inspire le défunt, les consolations adressées à ceux qui lui survivent, servent de motifs à des chants propres à la circonstance ; et le lied sépulcral qu'on entonne à table en buvant à plein verre le vin mousseux des funérailles, apparaît comme la dernière émanation de la vie de famille parcourant le cercle naturel de son activité.

En dehors de cette sphère un peu bornée dont nous parlons, les familles ont leur développement le plus proche, et, qu'on nous passe le mot, leur coloration individuelle dans un autre centre, les corporations des divers états. Ce n'est plus désormais l'universel et l'absolu en soi comme dans la religion, Tégoïsme dans l'absolu comme dans l'amour, mais tout simplement le particulier dans le général qui forme le point de départ.

L'état qui vit en contact immédiat avec la nature doit nécessairement être le plus simple de tous et dépendre du cours des astres, des révolutions climatériques, des moindres influences capables de modifier la température ; les variations du jour et de la nuit à certaines époques de l'année, la propriété particulière des saisons, du printemps et de l'automne, de l'hiver et de Tété, voilà le fonds sur lequel il spécule. On conçoit, dès lors, ce qui arrive. La nature communique au métier sa poésie, et quant à la partie pittoresque du lied, elle se détermine d'après la différence de l'élément auquel on s'applique. Ainsi le lied du pécheur puise dans l'eau son élément, sa poésie et sa musique, où vous entendez comme les fluctuations et le roulis des vagues, tandis que le bois et la forêt donnent au lied de chasse son coloris, qu'il leur emprunte. — Sans cesse occupé à inventer des pièges et des ruses, à traquer la bêle fauve à travers les taillis et les précipices, le chasseur vit^litaire, dans une inquiétude sans trêve ni r^t, et le lied de chasse, rude et sauvage, mais d'une expression énergique et puissante, pleine de vaillance et d'autorité, est fait à l'image du type. Autre chose est l'existence du

pâtre. Celui-là ne s'égare pas à plaisir sur la trace d'une proie vagabonde, celui-là ne connaît ni les angoisses de la lutte, ni les transports de la victoire. 11 ne court pas les animaux ^ il les garde; et son attitude paisible et normale réfléchit la sérénité de ses fonctions rustiques. De là ce caractère de quiétude et de placidité que ses chansons respirent. Il peut se livrer sans réserve au sentiment qui le possède, s'étendre en toute liberté, ce qui fait que le lied du pâtre est d'ordinaire harmonieux, suave, développé, et contraste singulièrement avec le lied du chasseur, si brusque dans sa concision.

Là-haut sur la montagne Je me tiens bien souvent, Et j'abaisse, en rêvant.

Mes yeux vers la campagne ; Mes brebis vont paissant, Mon chien les accompagne, Et me voilà rendu Au pied dé la montagne.

Sans m^en être aperçu.

Là, mille fleurs dans llierbs Viennent, — c'est un plaisir, Et quand J*ai fait ma gerbe, J'ignore à qui ToiTrir.

Sous un arbre J'essuie La tempête et la pluie.

Et la porte, là-bas, Beste fermée ; hélas !

Tout est songe en la vie !

Je vois sur sa maison L'arc-en-ciel, comme une aU«; Mais elle est partie, elle, Elle a fui du vallon.

Elle a traversé plaine.

Et mer peut-être aussi.

Passez , troupeaux ; id Le pâtre a tant de peine !

L'existence de l'agriculteur, non moins rangée que celle du pâtre, a cependant plus de mouvement et de variété. L'agriculteur vit avec la plante qu'il cultive ; il la suit dans une alternative incessante de joie et de chagrin, d'espérance et de déoouragement, à travers toutes les périodes de sa transformation, il la voit tour à tour germer, fleurir, fructifier, et s'identifie en elle au point de sentir à l'avance les moindres caprices de

39 ÉCRIVAINS Kt POETBH m L'ALLEMAGNE.

TatmospUère. Les révolutions de la nature, au printemps, a« solstice d'étét à l'automne, amènent pour lui 1-égulièrement des fêtes annuelles qu'il n'a garde de négliger, et dont plus d'une trouverait au besoin sa loi originelle dans les mystères du vieux panthéisme germanique, comme^ par exemple, la cété* bratioQ de ces feu^ de joie qu'on saute de si bon cœur à la ëaint-Jean. Le symbolisme allemand, pour chômer les fêtes du printemps et du renouveau, a imaginé de représenter l'hiver spiis la figure d'un homme de paille qu'on brûle, et que l'été chasse de la ville et du village. Dans le Palatinat^ les enfants ameutés autour du brasier, comme, du reste, c'est encore la coutume chez nous, chantent à tue-téte en menant leur ronde :

tt fii, ra, ro, voici Tété qui vient ! Haro! sur le vieillard! haro! »

L'hiver apparaît aussi quelquefois sous la figure de la Mort, image renouvelée du paganisme, et qu'oti rencontre dans le lied suivant :

La Mort partout balaie Les blés mûrs et l'ivraie.

Et laboure les champs.

L'Été, pendant ce temps, Dort au fond des retraites Et rêve de fleurettes.

De mai, de violettes, Et d'amours au printemps.

La poésie accompagne tous les travaux eh harmonie avec l'agriculture. Il y a des lieds pour les semailles, pour les prépa* rations qu'on fait subir àu litl, pour la quenouille et le rouet, pour les herbes qu'on fane ; il y en a surtout pour les moissons. Chaque genre de travail revendique sa poésie qui lui est propre, chaque anniversaire éveille une pensée nouvelle, un rhythme caractéristique, et l'idylle, sur son terrain au milieu de cette activité féconde, l'idylle épanouit ses mille fleurs naïves, que tous respirent en plein venf. Puis viennent les galas somptueux, le tit*^ les dahses du dimanche sous le tilleul de la paroisse, toutâi ces récréations heureuses qui sont, après led solennKéa d'un mariflgi} ou d'un beptêmd^ les plus vives réjouissancea de eea honnêtes paysans de rAUemagne. Cette inquiétude qui se porte au dehors chez le chasseur ei le pécheur, qui travaille même I0 pauvre pâtre aii milieu ^e ses troupeaux, cette inquiétude

DE LÀ l»0É8IB LYRIQUE. M

n'eiîste pas ehm l'agriculteur; elle a disparu dans le eereleia- «essamment varié d'une activité paisible, tellement qu'il peiità ses heures, et cela sans \yén\ pour sa tranquillité, prendre, s'il lui platt, sur son dos, les filets ou la carabine, et se faire un délassement de ce qui, pour les autres, est un^ fièvre sans répit. Comité le pâtre, il élève aussi les animaux , mais dans un but moins immédiat, presque religieux; non pour leur chair eu teur toison, mais pour leur travail, qu'il règle et qu'il utilise.

N ^oublions pas le vigneron et son industrie, poétique entpe toutes. Le vigneron n'a rien de la piété du laboureur, de ses mœui*s graves et régulières. Son humeur vive et pétulante participe de )a nature de la plante qu'il cultive. La grappe vermeille d'où jaillit l'écumante boisson qui nous procure llvresse, trouve en lui son digne personnage, tout comme Tépi doré où mûrit Is froment a son représentant dans cet homme calme tt robuste occupé à sa charrue. Le vigneron a du sang de fiiUM et de satyre dans les veines. C'est qu'aussi jamais opulente réeolte ne donna aux paysans du nord de rAIlemagne !e^ éme^ tiens chaudes et palpitantes d'une belle vendange sur les bords du Rhin. Là des pampres touffus ombragent les collines, U des e}iœurs de jeuaes gens et de sveltes jeunes filles oour^flt par les sentiers, la eoupe de Bacehus à la main, comme aux Jotir^ antiques. Tout n'est que bruit, rumeur, ivresse et confusion, hès hommes boivent, les filles vont et viennent, en attendant ta nuit pour les feux d'artifice. Alors des bouquets de lumière s'épu^ nouissent dans l'air et s'effeuillent sous la transparence ^ eaux, les guitares s'accordent, les poitrines débordent, les livras fréipissent'; il faut chanter. Disons en passant que ta plupart de ces lieds, issus du sentiment des vendanges, rappef^ lent cetta préoccupation biblique' dont nous avons déjà ^M saiiveot ; il en est un peu du mysticisme au moyen âgé cemma de U vérité, vous le retrouvez jusque dans le vin ;

Un j9||f, \i^ vïgfte »do]rée Dçscepdit du coteau divin

Dans le sein D'une vierge pure et sacrée ,

Qui 4dvant tous, sous le çfg) ,

]por^a la grajn^ ff&coi^dç

Jgf^u'au saint jour de Noël»

Où le vin fut mis au monde .

Nntre matti^ univerfel.

Il y a bien encore Tartisan voué à la culture des arbres à fruit, le jardinier, dans lequel se révèle sous sa forme la plus complète la manipulation immédiate du monde végétal ; mais ici Tactivilé se perd en de si menus détails, tant de connaissances deviennent nécessaires, l'individu se passe si facilement de l'impulsion des masses, que le lied disparaît pour faire place à la réflexion.

Voici maintenant, pour clore la série, l'homme de la montagne, le mineur ; entre le vigneron et lui, cependant, nommons le charbonnier, nature âpre et démoniaque, marquée de la sombre empreinte du feu. Le mineur conserve en lui quelque chose de l'être mystérieux du chasseur. Les mêmes raisons qui font du laboureur un père de famille honnête, simple, ,religieux, du vigneron un satyre lascif, du jardinier liant ses fleurs sur le pied, balayant les chenilles, émondant les arbres à sa fantaisie, un artisan sobre et réfléchi, les mêmes raisons font de l'homme des mines un personnage tout mystique. Le personnage dont nous parlons vit d'indépendance, de conquêtes et de liberté. Là où la tâche si rude à laquelle il se livre est forcée, où l'exploitation des mines est une servitude, le mineur manque. Ni l'antiquité, ni l'Amérique espagnole, ne connaissent ce type singulier. Le mineur est une création du Nord, une création de la liberté, sans laquelle la nature ne saurait s'animer et vivre. La nature ne parle qu'à l'homme libre : lui seul comprend ses langues mystérieuses, lui seul saisit le sens divin sous l'enveloppe extérieure, et si des Esprits inconnus résident au sein des profondeurs souterraines, si l'or et les diamants ont leurs gnomes, ce n'est ni à l'esclave courbé sous le fouet du proconsul romain, ni au misérable Indien attaché là par la cupidité farouche d'un aventurier espagnol, que ces forces élémentaires se révèlent, mais à l'ouvrier robuste, au compagnon hardi qui, poussé par ses libres instincts» aborde les ténèbres de son propre gré, et poursuit, à travers les dangers et la misère, sa vie de labeurs et de sacrifices. Les lieds de mineurs, toute cette longue série de fables et de légendes qui se rattachent en Allemagne à chaque montagne, ne doivent qu'à cette liberté leur existence merveilleuse. La magie, ici, se mêle à la religion; la contemplation de la nature, une fois lancée à travers ces mondes nocturnes du granit, ne s'arrête plus et va jusqu'aux enchantements, de telle façon qu'il en résuite le plus bizarre

DE LA POËSIE LYRIQUE. Al

amalgame de christianisme et de sorcellerie, la plus amusante mythologie, composée, du reste, comme toutes les mythologies, d'éléments excentriques , hétérogènes , que l'imagination populaire assemble et groupe autour du foy^r de la tradition. L'homme de la montagne accomplit une œuvre mystérieuse, et va, parcourant les profondeurs de 4a terre, à la recherche des pierres fines et des métaux; la Providence le guide, il l'invoque et croit en elle comme le laboureur» et, comme celui-ci, ne manque pas, dans ses chants, de faire de sa besogne le symbole de l'histoire universelle du cœur humain. L'âme pleine de confiance en Dieu, il abandonne la tiède suiface de la terre, tourne le dos à la lumière du soleil, à la vie organique, et descend loin du sol que le jour éclaire, loin du théâtre social, se bâtir un monde à lui, un monde singulier, tout peuplé d'incantations et de prodiges. Là rôdent incessamment des chiens noirs monstrueux, gardiens de trésors enfouis ; là des baguettes enchantées, roseaux merveilleux où se déroulent des couleuvres à l'œil de diamant, ondulent au vent des solitudes; \h trônent les rois des métaux au milieu deiiains difformes et de kobolds haineux et malfaisants : inventions fabuleuses où les dogmes de l'Église, ainsi que nous le remarquions plus haut, interviennent toujours de la plus étrange manière.

Le mineur est d'ordinaire un enfant de la Bohème qu'une irrésistible vocation entraine vers les secrets de la nature ; une curiosité sans bornes, la fièvre dévorante de connaître, le prend au sortir du berceau et ne lui laisse plus de trêve. Il veut savoir quelles richesses contiennent les montagnes de granit dans leurs entrailles, où filtrent les gouttes de cristal dont les sources vives s'alimentent, où dorment les masses d'or et d'argent, où flamboient les pierres précieuses dont le regard fascine les hommes. Le dimanche, après l'office, il s'attarde à plaisir devant l'autel et demande aux vases sacrés des nouvelles de leur origine. Souvent on lui a dit que ces trésors venaient de lointains climats, et toujours il s'étonne que nos contrées n'en produisent point de semblables. Les questions qu'il s'adresse luimême là-dessus ne tarissent pas. Les montagnes seraient-elles donc si vastes et si profondes , la nature en eût-elle si puissamment défendu l'entrée au dehors, si des richesses innombrables ne s'amoncelaient au dedans? et lui-même, dans ses excursions solitaires à travers les rochers, n'a-t-il pas trouvé

et ÉCRIVAINS §T POETEf DE L'ALLEMAGNE.

inaîaifiB fois des pierres transparentes et jaspées, écàaatiliMs vulgaires d'autres joyaux plus t)récieux? Les moatagnes n'eat pa^ une hni» qu'il ne visite; il grimpe daas les crevasses, pér nètre dans les grQttes, et ne se sent pQS d'aise aussi souvent qu'il lui arrive de se trouver seul, égaré, perdu dans qnelque iœniansité souterraine au milieu des cascades qui «urmiir^nt et des girandole^ de stalactites. Un beau jour, cependant, i| renpoatre un étranger qui l'invite à prendre l'état de mineur, i^ lui donne par là le secret d'apaiser la curiosité qui l|s dévora. Les montagnes ne manquent pas en Bobkne; il deseend h cours du fleuve, et se trouve bientôt en présence d'une mine qu'on exploite, d'une de ces vastes fourmilières où des hommes armés de lampes sourdes pullulent comme des insectes lumi* neux. Le camarade annonce au maître mineur le projet qu'il a de s'enrôler dans la confrérie ; on l'accueille avec joie, on Ter quipe, et le voilà vêtu de la casaque grise, muni d'une lanterne, qui se laisse glisser dans le gouffre , nqn sans avoir d'avance prié Dieu de le préserver des assauts et des maléfices des Esr prits souterrains. Il traversedes sentiers nombreux, d'inextri^ cables labyrinthes, interrogeant toujours son guide, qui ne se lasse pas de répondre é ses questions. Plus il ^'éloigne du sol des vivants, plus il s'avance dans la profondeur et les ténèbres, plus son eontentement augmente; il entend sourdre l'eau, dont de murmure se mêle au bruit monotone et lointain de ses frères qui travaillent, il touche au comble de ses vœux ; satisfaction étrange d'un besoin instinctif, joie unique puisée en des éléf lasants sympathiques à notre propre nature , en des travaux pour lesquels nous sommes nés, vers lesquels nous nous sentons portés d'enlance ; volupté bizarre qu'on ne saurait atpii^ quet m décrirai

A (ûfGË d'épreuves et de travaux, l'ouvrier mineur se diatingue, et peu a peu gagne la bienveillance du malti'e, qui lut ouvre la porte de sa maison. Là res{Hre une douce enfant de quipse ans, pleine de grftce et d'innocence, fine de ces blondes 4Ups 4'A)temagQ«, au front pur, à l'œil bleu comme le ôel, m regard (raAsparept. Les deux jeunes» gens s'accoutumept l'un à l'aMire : on se voit tous les jours, on cause,on rit ensemble; enfin, un soir, eu puits, leurs maips se rencontrent, et les paroles de. I^ndresse coûtent d*ellesrmè(aes ; on convient alors de lOMt dw m vieillard, qui reçoit l'aveu d'un air de n^aosuétude, el pwr

«191 é-mv^ m fiUe I rouyri#r mioQur, dès qtm «pHiir/eè ^int (ï^^Bqpi^ 96» ti^r^ »t 86» grades dans l» eorrière. L9 jdor oe t^ fait p^ 9U(en()Fç. Si^ptôt le jeune appreoM dé^o^yt;^ l|q^ jrMit y^ip^ ciao^ I9 miod, ^ reçoit du gr«n4-du0 d» toMm^^ an r4^ I^mp99jâ0, «p0 Gbdtue d'or» juceoQappgnée d« dipbtoe $(41 Im «ssiire ift 8i}i>yiy90CQ du vieillard d^ns 1^ foaetiopi» 4» Jvmltuf d9# niions dA i'Ëi«t. Le pèf^, de ^0 e^, ii^Dl su p9»Hl»i 4» célàb^^ la f(èt^ 90 plei» air, ^t i^ bé»àiictiQfi$ d^ iautç Ig f^r fpf f i« c(H)4ai^u|t l^ âen% épou^^ jusqu'iiu ^piii| 49 i» $4»9flit>j[^ nuptiale.

au pilote le respect d^s eligs^ apiuf^s, l# cu(i^ d^ l|i Pravid^oa^ Kiaa p'#^e le cœur humai» pompe i'a})|f»e. Ntf p^vf»» te mineur s'eu r^to^rne comme il est venu ; il J»i eirtSt ^ #fifrp^ où g^^eu( les puis^auce# foél^iiqim, H d'Mid9F k )e§ ^tfairad^ leurs $pmbre& oavern^^, Ju^psibla è l'^lat qui (ap^ipe ie mou». il se réjouit piua de laurs Uimm l>i^rr#^» d» m^pvmi»teuiK dont' s'entoura l^^r erigirie, qup de kwr j^ommfm si coii^ voitép, Uft^ fois transformas par ja flamme ou le mai1#fiiii, fof ^|l l Vgeut fiassent de l'aWrar, 1* .g^^ tr^â(¥^, q«'i| affa^eba a** ^pjtrail.ies de ig têm ap prix d^ ia ^l^ar 4 d^ la fm, ^^ ^ou pfus 4 se# yeux qu^ d^s mancfra»di«§§ 4p»f H dQ4^igï?a # wivw

i^cour^.

^1 las p0S§ion§ de l^ yie ni {^ tymjalti^ du mpufia ^'^iï^Rtê9/^ son âme, que le désir de connaître occupe seul. Par mojqi^^jil^, le souvenir de sa famille et de ses amis lui revient, comme pour lui rappeler son origine et que d'impérissaW^ liens le rattachent à cette humanité qui $'agi<^ in ^pjieil ; l^ s'arrêtent ses distractions, car Télan iatériaur qui l'entratoa ne permet pas qu'il s'oublie en d'inutj]^ pg^et^. I| ^ afl^i^a à une terrible puissance, à des forces^ âpres et myâtérieusas, dont son travail incessant, une vigilance de toutes les heures, peuvent seuls venir à bout. Mais aussi quelle fleur précieuse s'épanouit pour lui au fond de ses théhaïdes souterraines t l-emour religieux, l'amour divin, une foi sincère et cordiale en cptte Providence doqt la sollicitude s'étend sur ^i jpup^» H fluH adore dans ce crucifix de llois où ses yeux bais;nés de larmes se reposent si souvent aux lueurs de la lampe! Et puî§ pe vojtril pas dans son art le symbole de Texisteaœ? Ici, la veine est ouverte et facile, mais pauvre ; plus loin, le roc ia presse en quelque goi^e étroite,

aa ÉCRIVAINS ET POETES DE L'ALLEMAGNE.

en quelque fente de chétive apparence, et là justement abondent les trésors. Chemin faisant, elle rencontre d'autres veines moins nobles, s'égare au milieu d'elles, et va s'appauvrissent jusqu'à ce qu'un filon fraternel s'associe à son cours et rehausse à l'instant sa valeur. Souvent elle se brise en mille branches ; mais le n^ineur patient poursuit son but sans se laisser distraire, et découvre, en récompense de son zèle, toute une étendue de bon rapport. Une branche trompeuse le détoume-t-elle du vrai sentier, il reconnaît sa faute, et coupe hardiment en travers jusqu'à ce qu'il retrouve la veine légitime et féconde.. L'homme des mines étudie ainsi la destinée, se familiarise avec tous ses caprices, et demeure à la fois convaincu que le travail et la persévérance sont les seuls moyens infeillibles pour se la soumettre et conquérir les trésors qu'elle défend avec obstination. Comme on pense, les mineurs ne manquent pas de refrains joyeux, de vives et charmantes poésies, de romans colorés et pittoresques. Leur vocation elle-même les porte à chanter, et la musique est le compagne bienvenue de leurs travaux. Tel lied qu'on entonne gaiement vaut un coup de bon vin pour la joie et la santé qui vous en reviennent au cœur. La musique est la prière des gens qui travaillent au sein de l'abîme. Elle leur rappelle leurs souvenirs d'en haut, leurs espérances les plus douces, tout, jusqu'A leurs amours, jusqu'à leurs illusions, car elle éclaire leur solitude souterraine avec le rayon le plus pur du soleil de la patrie.

Celui-là règne sur la terre, Qui mesure sa profondeur, Qui dans son gouffre solitaire Oublie amour, Joie et douleur^

Qui connaît l*ftpre architecture De sel ailmbreB faits de granit.

Qui, dans relâche, s'aventure Dans son atelier infini.

Il lui consacré sa pensée, Il lui donne la foi du cœur ; Comme au sein de sa fiancée.

Il puise en elle son ardeur.

D'une amour profonde et nouvelle Chaque matin U la poursuit, Ke s'épargne ni soin ni zèle , Et ne prend sonuncU ni répit.

Elle est là , vivante et profonde , Prête à lui révéler le sens Des révolutions du monde Et de ses mystères puissants.

Il baigne ses tempes sereines Dans l'air du temps évanoui ; Au sein des grottes souterraines Une étoile brille pour lui.

L'eau fécondante et salutaire Suit sa' trace au plus haut des monts.

Et les châteaux forts de la terre Lui livrent leurs trésors profonds.

Au palais de son roi, qui Taime, n mène l'or comme un torrent ; Il couronne le diadème .

De l'étoile du diamant.

Et lorsqu'il tend sa main pesante Des trésors de la vanité , De peu de bien il se contente.

Car il chérit sa pauvreté.

Qu'on cherche l'or et qu'on le gagne Au prix de cent crimes divers , Il reste, lui, sur sa montagne , Maître Joyeux de l'univers.

Et pour ceux qui aiment Tallégorie, nous citerons encore cette pièce, de môme origine que la précédente :

Je connais une citadelle ; Un roi muet y tient sa cour Dans une pompe solennelle Et jamais ne monte à la tour.

Une garde invisible épie Autour de ses riches salons, Et la cascade tombe en pluie.

Du haut des étranges plafonds.

Ce qu'au sein de chaque planète L'œil bleu de la cascade a vu , Son murmure le lui répète Sans être Jamais suspendu.

Dans l'onde vive et salutaire Il baigne ses membres sacrés, Et dans le sang clair de sa mère Ses rayons brillent épurés.

Jadis une vague marine A déposé \k ce castel ;

Il tient feiwe «Dr sa r^eine , Pour empêcher U fuite tu ciel.

Dans la cité profonde «t noire Un pacte unit tous les sujets ; Comme un étendard de victoire »

Le nuage flotte aux sommets.

Une immense foule se pousse Vers le seuil du doojon tetmé , Chacun d'une voix tendre et douce Appelle le roi bien-airoé.

Tous par I Jl se sentent revivre « Il les captive et les confond , Et, dans Tardeui qui les enivre, Us ne savent plus ce qu'ils (ont.

Quelques-uns, pourtant, dans le nombre,

Craignent ses dons comme un fléau ,

Et travaillent au sein de l'ombre

A miner l'antique château.

Le travail lève le mystère

Et rompt seul son banc redoutf \

La roche se creuse et s'éclaire

Du soleil de la liberté.

Il n'est abtme ni muraiUe Que l'homme ne puisse forcer ; Qui du bras et du cœjcir travaille Poursuit le roi sans y penser ; ... Il l'arrache enfin à son trône ,

Il ameute Esprits contre Esprits, Il apprend au flot qui bouilicnne A jaillir vers les cieux conquis.

€es lieds sont de Novalis, et nous les citops de préférence, attendu qu'ils traduisent la pensée et le sentiment qui animent à ce sujet les xv« et xvi* siècles, et témoignent de ce penchant rétrospectif qui porte le lyrisme moderne, en Allemagne, à remonter les courants pour aller se retremper à la véritable source. Goethe donne '\êi l'impulsion, le mouvement, le rhythme, pareil au chef d'orc|iestrp soulevant d'un signe de sa main toutes les masses ins^umentales; ^t les autres génies, moins doués sans doute, moins puissants , moins universels, mais plus spéciaux à coup sûr, plus sympathiques, se contentent de prendre un motif à leur choix, qu'ils ^'en vont retourner au soleil. Nous verrons le fantastique Biirger et le bourgeois Wilhelm Millier s'adjuger la partie du cor de chasse dans la symphonie; en attendant, voici Novaiis qui s'empare de l'homme

6E LA POÉSIE UYBIQUB. h1

ûés JnineSf dont il arrange et compose le poëmé, toujours à Vàiûe de ia tradition, où chacun puise selon ses goûts et sa mé^ sure. Le personnage du mineur, type austère, religieuses pro« fond, convenait admirablement à NovaliSi Cette âme généreuse où l'idée de Dieu fet'mente et bout^ celte àme ivre de natura** li&me, devait s'éprendre d'une prédilection singulière t^our la poésie des irtities. Comment ce monde merveilleux et bisarre ^ avec ses (Saverned d'or et de piérrerief, ses labyrinthes inexplorés, ses ga2 mystérieux, ses stalactites et ses superstitions^ n'aùrait-il point tenté une imagination si passionnée demysti-^ cisine, et qui se plait incessamment à combiner ensemble la poésie et la philosophie de la nature? Du reste^ tel est le mou* vement unanime, spontané, dont nous parlons, que toutes les idées du xvi« siècle renaissent dans leur forme et comme d'elles-mêmes^ On dirait utie riche prairie qu'une mare (la mare du temps) a réduite deux siècles en jachère, et qui retrouve uh beau matin^ sous quelque vif rayon du soleil, toute sa splen^ dide végétation* L'identité éclate à lin tel point, qu'on ne saurait la révoquer en doute* Le procédé même que nous employons de mettre vis-à-vis l'une de l'autre Tidée en germe et l'idée cornplémentaife venue à deux siècles de distance^ cette manière de poésie comparée, suffirait pour constater le fait impérieuse* metit* Si le lecteur l'a remarqué , noud avons presque toujours cité le XVI* siècle par le xsui^* Il y a des âges qui soni pour d'autres âges écoulés ce que le miroir des lacs esl pour le firmament : toutes les étoiles s'y reflètent, et notre dilettantisme sceptique s'en va contempler doucement et sans fati* gue les gloires tumultueuses du passé dans les (ialmes transpa^'' rMicos du présent.

6i, eil général, la poésie allemande revendique comme vm privilège national la liberté de la forme dans l'acception la plus vaste du mot^ le lyrisme, poésie indépendante de «a nature^ poésie de la douleur et de la joie, poésie du sentiment^ qui aè passe à merveille du monde extérieur^ et trouve toud ses élémenll dans la seule poitrine d'où il s'échappe^ le lyrisme ne manquwti i i 'u ser du privilège librement et slins restriction. Nultè peè»

48 ÉCRIVAINS ET POETES DE L'ALLEMAGNEc

sie, plus que la poésie lyrique, ne répugne au despotisme de la forme, à ce moule arbitraire, ode ou sonnet, qu'un certain goût national lui impose sans trop savoir pourquoi. Le sentiment, une fois captif en de pareils liens, se tord en réflexions monotones, ou se gonfle tout à coup et s'enfle jusqu'à l'emphase déclamatoire. Peut-être le sonnet et la eanzone^ ces formes éternelle* ment reproduites, ces moules glorieux, mais inhabiles à répondre à toutes les exigences de la poésie, ont-ils nui plus qu'on ne pense au lyrisme italien, en empêchant toute expérience nouvelle, tout développement ultérieur, et, s'il nous est permis de parler ainsi, les modulations qu'on était en droit d'attendre d'une langue essentiellement musicale. En ce sens, les grands réformateurs littéraires, Dante et Pétrarque, auraient eu sur la poésie lyrique de leur pays une influence dont on pourrait, ce nous semble, contester les bienfaits. Cette forme étroite et ser* rée qu'ils tournaient si admirablement, cette forme laborieuse, quoi qu'on dise, qui rappelle assez le contre-point dans la poésie, trop savante et trop ingénieuse peut-être pour les choses du sentiment, une fois consacrée par leur génie, est devenue le mode unique, invariable, étemel, un mode d'où l'Italie n'a jamais pu sortir. Lorsque Chiabrera tenta d'introduire l'ode et le lied sur la terre du sonnet et de la canzone, il était déjà trop tard : la langue avait pris son pli. Étudiez, au contraire, le lyrisme allemand chez un grand artiste, chez Goethe, par exemple, et vous serez frappé de voir l'unité subjective toucher, dans sa libre explosion, à toutes les formes, à tous les modes, à tous les rhythmes de la poésie. En Allemagne, ainsi que nous l'avons reconnu, la poésie lyrique atteint, dès sa première période, à son plus haut degré d'elïlorescence. Principe élémentaire de toute poésie, le sentiment précède la description, la nouvelle, le drame; vous le retrouvez au fond des plus simples émanations mélodieuses,'dont il est comme l'esprit vivifiant : caractère propre, du reste, à la poééte romantique, qui recherche par nature les mélanges et la fusion, tout au rebours de la poésie antique, fermement attachée au dogme des classifications, et, sur le chapitre des genres, inexorable. Comment nier l'intervention du lyrisme dans le théâtre dé Calderon et de Shakspere? Que serait le Songe d'une nuit d'étés que serait la Tempête, sans cet arc^n-ciel merveilleux que la fantaisie la plus douce et la plus vaporeuse y déploie? Toute œuvre poétique moderne

DE LA POÉSIE LYRIQUE. h9

renferme en elle plus ou moins de lyrisme inhérent à sa substance, et perdu dans le torrent, ou, pour mieux dire, dans l'harmonie de sa circulation. Le lyrisme représente assez en poésie ce qu'est en musique la note mélodieuse, le motif : il en faut avoir un grain. Que de figures la comédie et le roman n'empruntent-ils pas au lyrisme tous les jours? Ariel dans la Tempête ^ Mercutio dans Roméo et Juliette, Mignon dans Wilhelm Meister, ne voilàt^il pas de ravissantes mélodies bien dignes d'un Mozart ou d'un Weber? La ballade, et la romance irlandaise, écossaise, allemande, telle que l'imagination des peuples du Nord l'a créée et que les poètes nationaux l'ont écrite, est Liedj non-seulement en vertu de sa forme lyrique, mais à cause du sentiment qui, par une force de sympathie émouvante et profonde, attire l'épopée, du sein des siècles révolus, dans le centre même, dans la sphère immédiate de notre activité. Jean-Paul a bien raison lorsqu'il dit que « l'épopée représente l'événement se dégageant du passé ; le drame, l'action s'épanouissant pour et vers l'avenir; la lyre, le sentiment enferîné dans fe présent.» De la sorte, le lied transforme par le sentiment tout sujet qu'il embrasse ; peu importe que ce sujet soit épique ou dramatique, qu'il appartienne au passé ou à l'avenir : car, si le lied peut enfermer le passé dans le présent, par l'effet d'une sympathie ultérieure que j'appellerais volontiers ressentiment y il peut tout aussi bien y faire entrer l'avenir par le pressentiment, l'attente. Puisque nous avons parlé de ballades et de romances, il convient que nous citions ici quelques pièces où le lyrisme se marie à la narration, et qu'il faut ranger dans un ordre à part, dans la catégorie des lieds dramatiques, des Jieds épiques : le Lied du Comte captif et le Roi des Aulnes, de Goethe, par exemple, et dans Ubland, la Fille de r orfèvre, le Jeune roi et la bergère, les Trois jeunes filles, et surtout les deux pièces que nous allons essayer de traduire.

« Il me faut aller au combat, ma fille, et je pressens une étoile funeste ; ainsi fabrique-moi, ô vierge ! de ta blanche main, quelque vêtement qui me préserve.

« — Eh quoi, mon père! une armure de bataille de la faible main d*ttne jeune fille? Je n'ai jamais battu le rude acier, je rêve et file dans râtelier des femmes.

«—'Oui, file, mon enfant, durant la nuit sacrée, voue ton lin aux puissances de Tenfer, et tisse-m'en une tunique longue et flottante qui me préserve dans la sanglante mêlée.

fti ËCRIVAINfll ET POËfiSDH L'ALLEMAGNE*

« Durant la nuit sacrée, au clair dé la î^léine lune, file la JeUtté fille dans la salle^ toute seule. — Au nom de Tenfisrl --• dit-elle tout bas. Le fuseau tourne en flamboyant»

« Ensuite elle va s'asseoir au métier et lance la navette d*une main tremblante. Le métier gronde et siffle , et va par bonds fougueux comme si des Esprits poussaient à Tœuvre. —

tt Cependant Tarmée chevauche à la bataille ; ce jour-là, monseigneur porte un costume étrange, sillonné de signes et d^hiéroglyphes efl>ayants, une ample et flottante robe blanche.

« L'ennemi Tévite comme un spectre; quel hitmme rôserait bfà<* ver, Toseralt attaquer de front , lui sUr qui le plui rude felaiVB m brise, sur qui les traits glissent émoussés?

« Un jeune homme pourtant Taborde hardiment s — Arrête^ meur'^ trier, arrête ! tu ne m'épouvantes point. Ne compte plus pour te sauver sur ton art infernal; toh œuvre est morte, et ton encbanteiûenti fumée!

« Ils fbndent Tun sur Taulre et vaillamment ; là tunique du princê dégoutte de sang. Ils se pourfendent à Tenvi dani» la poussière, et chacun maudit la main de l'autre.

« La fille descend dans la campagne : ^ Où donc gtt le béroi ducal ? Elle les trouve blessés à mort tous deux, et pousse un eri d* désespoir.

« — Es-tu bien mon enfant, indigne jeune fille? Comment as^tu filé ce faux vêtement? n'as-tu point invoqué l'enfer? ta main n'étail-elle pas virginale t

«t — J'ai bien invoqué Tenfer, mais ma main n'était pas virginale; <^lul qui t'a frappé ne m^est pas étranger, et j'ai filé ainsi, malheu» r«U8ë, ton linceul. »

La pièce qui suit, sans sortir de cette catégorie dont nous par-^ Ions, rappelle plus particulièrement la veine lyrique d'Uhland.

(f Un chevaliôf, par la plaine, allait un beau matin; il pensait, en sdii inquiétude, ft^a plus belle dés femmes.

« Mon cher petit anneau d'or, dis-moi fhinchement, ô gage de mi bien-aimée, ce qu'il en est de sa foi. .,,

« Et, comme il va pour le consulter, l'anneau lui échappe du doigt ; il saute» le petit anneati, et Iroule parmi l'heiim de la prairie.

« Lui veut d'une main rapide le saisir dans le champ; mail Hê fleurs d'or réblouissent, les fleurs et les gaions humides de H^sée»

« Un faucon avise en ce moment la bague» du haut d'un tilleul où il perche; il plonge avec grand bruit du sommet de l'arbre Ut ta MM dAns l'herbe.

« Puis, d'une aile puissante, il s'élève datii l'idr; là sesfrèm lent lui ravir son butin d'or.

m LA FOtSIE LYRIQUB. 91

« Mais nul d*entre eux ne réussit à le garder; le petit anneau d*or tombe des hauteurs de Pair; le chevalier le Toit tomber dans un lac

profpnd.

« Les poissons montent lentement pour happer le petit ))ijoui mais le petit anneau tombe au fond, jusqu'à ce qu'il disparaisse aux regards.

« petit anneau! dans la prairie te saisissent le gazon et les fleiir^; 6 petit anneap! (lans les airs te promènent les oiseaux.

« petit anneau ! dans Tablrae des ondç$ les poissons te happent librement ; mon petit anneau, c*est boa signe, signe de la foi de ma maîtresse. »

- Les morceaux de choix abondent en ce genre, et nous pourrions puiser à Tinfini, dans Justin Kerner surtout, le chef, Qvec Uhland, de l'école souabe moderne, et dont; le nom et les œuvres occuperaient; sans doute nue pl^ce importante dans ce travail, si nous ne nous réservions de l'étudier à part, ainsi que d'avttrçi^ ftgurpg pl9iQe3 4q gr^ce et d'intérêt de TAUemagne çoolemporaine.

On trouve, en outre, des ballades et des lieds où les rhythmes les plus divers se rencontrent, et qui forment une sorte de romans lyriques, ou, si Toii aime mieux, de petits drames du genre de la Belle Meunière ^ de Wilhelm Millier, dont nous avons produit plus haut certains fragments. Ces œuvres, mosaïques d^ précieuses et de savantes incrustations, se brisent d'ordinaire en compartiments variés. Chaque strophe est un lied qui, tout en ie mêlant à l'ensemble, garde sa vie individuelle, sa physionomie origioale, et peut à merveille se détacher du reste et se chanter à part. Avec la Belle Meunière, je citerai encore, parmi les plus aimables de ces compositions qui se fractionnent à volonté, où le détail même a son ensemble et peut s'extraire, le gracieux poème i'Esiher et Johann du même auteur. Les amours du poète avec une juive font le sujet de cette mélodieuse inspiration, de ces vers àlire au printemps , s'il faut en croire Wilhelm Millier *, et qui commencent par célébrer les joies de Noël.

1 Wilhelnr MûUer assigne à la lecture de ses poëmes certaines époques de Tannée que lui dicte le sentim.ent dans lequel ils ont été conçus, et qu'il prend la peine d'indiquer lui-même sur le titre en manière d'épigraphe. Ainsi la Belle Meunière serait pour, être lue en hiver {Im Winter zu lesp.n)j Esther, au contraire, pour être lue au printemps {Im Frùhling zu lesen).

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