‹ Écrivains et soldatsChapitre 15 sur 18 · I IO · texte numérisé non relu

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Mgr Freppel ne le cherche pas dans les excès et les crimes de 1793. C'est en 1789, qu'en renonçant à la notion de peuple chrétien pour appliquer à l'ordre civil, politique et social, le rationalisme déiste ou athée, ses représentants ont donné au monde le lamentable spectacle d'une apostasie nationale jusqu'alors sans exemple dans les pays catholiques. C'est en 1789 qu'a été accompli, dans l'ordre social, un véritable déicide, analogue à celui que le peuple juif avait commis, dix-sept siècles auparavant, sur la personne de l' Homme-Dieu.

Faut- il s'étonner dès lors si la Révolution française a fini par soulever contre elle toute l'Europe chrétienne ; si, plus l'on s'éloigne de 1789, moins les nations européennes se montrent disposées à sacrifier leurs traditions pour la raison pure, et à faire de l'athéisme la base de leur état social ?

On reconnaît que cela est fâcheux sans doute, mais que ce malheur, si c'en est un, n'est rien auprès des immenses bienfaits de la Révolution qui nous a dotés de la liberté et de l'égalité. Mgr Freppel, qui ne se paie pas de mots, réduit à sa juste valeur, cette affirmation menteuse. Non seulement la Révolution n'a pas réagi comme on le demandait avant 1789, contre la centralisa-

tion des pouvoirs, déjà excessive sous l'ancien régime ; mais elle l'a poussée à ses dernières limites. Elle a fait revivre la théorie païenne de l'omnipotence de l'Etat incarnée dans une majorité numérique, au mépris de toutes les libertés provinciales ou municipales. Entre l'Etat et l'individu, elle ne connaît ni corps autonomes ni organismes intermédiaires, ni associations indépendantes. Toute collectivité civile ou politique devient un mineur incapable de se mouvoir par lui-même et perpétuellement placé sous la tutelle de l'Etat, qui ne lui permet ni de dépenser un centime, ni de déplacer une pierre d'un édifice public sans son autorisation ou contre sa volonté. 1789 a fait litière de toutes les libertés locales. Et il en est des libertés individuelles comme des libertés provinciales, départementales et municipales. Le mouvement révolutionnaire de 1789 en a été la négation pure et simple au profit d'une majorité qui absorbe en elle tous les pouvoirs et s'impose aux consciences souverainement sous le nom de volonté générale. Le despotisme d'Etat aux mains d'un seul homme ou d'une assemblée, voilà son premier et dernier mot.

Mais, après tout, nous faisons bon marché de la liberté en France, pourvu qu'on nous donne

l'Egalité. Certes, la Révolution a battu en brèche les supériorités sociales, et c'est de cela surtout qu'on lui sait gré. Mais qu'est-il arrivé ? L'envie s'attaque à tout ce qui dépasse le niveau des conditions ordinaires. En faisant de l'égalité à outrance, la Révolution a sinon tué, du moins considérablement affaibli cette grande chose qui s'appelle le respect, et sans laquelle ni la famille ni l'Etat ne peuvent prospérer, puisque aussi bien tout ordre social implique une idée de hiérarchie et se compose nécessairement d'éléments subordonnés les uns aux autres et coordonnés entre eux. N'est-ce pas d'ailleurs à cette passion de l'égalité que nous sommes redevables du suffrage universel direct et sans contrepoids, de ce système où le nombre seul, opérant par sa vertu arithmétique et en dehors de toute autre considération, devient la loi suprême du pays ; ou ni le talent ,ni la fortune, ni l'intelligence, ni la moralité n'entrent pour rien dans un calcul qui se réduit à une simple addition de voix ; où le suffrage d'un individu sachant à peine lire et écrire, ou recueilli dans un dépôt de mendicité, pèse d'un même poids dans la balance des destinées nationales que celui d'un homme d'Etat rompu aux affaires par une longue expérience ?

. Reste le troisième terme de la formule : la Fraternité. La Révolution française et la fraternité : quel accouplement de mots qui hurlent entre eux ! Sans parler des horreurs de 1792, de 1793 et de 1794, des journées de juin 1848, des massacres de la Commune de 1871, est-ce que la France telle que la Révolution l'a faite, n'est pas déchirée par la haine des partis, divisée en fractions irréductibles ? La Révolution française a partagé la nation en autant de camps ennemis qu'il y a de compétitions au pouvoir. Nous lui devons d'avoir vu des partis se poursuivant de haines mortelles jusqu'à se mettre hors la loi et s'envoyer à l'échafaud ; d'avoir vu la guerre civile dans les esprits, quand elle n'était pas dans les rues, d'avoir assisté et d'être menacés d'assister encore à des luttes fratricides, où ceux qui versent le sang ont à la bouche le nom de Fraternité !

Rendons cette justice à nos modernes communistes. Ils n'invoquent plus guère la fraternité comme le faisaient leurs pères de 1848, mais ils ne se font pas faute de mettre à profit contre le droit de propriété l'argument formidable que leur fournit la confiscation des biens de l'Eglise et de la noblesse par la Révolution française. En attendant la confiscation, dès aujourd'hui la

— impropriété en France subit une crise dont il est impossible de se dissimuler la gravité, et qui est due surtout à l'exagération de l'idée de l'Etat, tel que le conçoit la Révolution. Du moment que l'Etat, se substituant à l'initiative particulière, l'entravant de mille manières et l'étouffant mê me, se mêle de tout faire, crée tout, organise tout, gouverne tout, il lui faut absolument, pour suffire à tant de charges, pressurer la fortune indi viduelle ; et comme en définitive tout part de k propriété foncière et que tout y revient parc< qu'elle est le gage de la fortune publique, c'es elle qui porte le poids de tout le système. Un fai reste certain, en tout cas, c'est que le socialisrm est en germe dans la Révolution française : s ses théories produisent un jour leurs fruits, 1 faute en aura été tout d'abord à l'Assemblé constituante de 1789.

Si la Révolution a ébranlé la propriété, elle n' rien fait pour améliorer la condition des classe laborieuses. Elle a détruit, sans y rien substitue] les corporations ouvrières ; elle n'a pas su donne à la liberté du travail, dans la liberté d'associé tion, un correctif et un complément indisper sables ; elle a créé l'antagonisme du capital et d travail, et chaque fois qu'il est question de remi

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