‹ Écrivains étrangersChapitre 15 sur 41 · I-K KnMAN «mNTEMPOKAIN A L KTKAMiKK · texte numérisé non relu

I-K KnMAN «mNTEMPOKAIN A L KTKAMiKK

parole de hi«'U valait mioux pour leur bonheur qut' lt'< M himi^Ti's »» (II* louto sorti' (|u\)u s'ol- IViFi;..* aujuiinriiui <l«' lui suhslilucr. Mais sans doute crKr siiiiiiliciilion, qui est pourtant la seule qui ressorte de son livre, lui aura, en lin décompte, paru trop banale, ou trop « cléricale ». Toujours est-il que, se rappelant son prologue, il a cru devoir luidonner pour pendant une sorte d'épilogue, où, brusquement et sans l'ombre de motif. Tabbé Wieser recommence à se révolter. Lui qui, durant le cours du récit, a été si sage et s'est tenu si tranquille, tout entier à l'accomplissement de ses devoirs de prêtre, le voici qui, versia fmdu livre, découvre que sa religion est insuffisante et vaine, et cela simplement parce qu'elle ne lui a point donné le moyen de préserver ses paroissiens de la ruine et de la corruption où il les voit tombés. Il découvre tout d*un coup que les trois seuls hommes de sa paroisse qui soient restés honnêtes sont aussi les seuls qui n'aient jamais admis la doctrine catholique : l'un est un Juif, l'autre un athée, le troisième un évangéliste à la manière de Tolstoï : et c'est encore une découverte qui réveille ses doutes. Et le malheureux meurt fou. comme était mort son prédécesseur. Mais on ne peut s'empêcher de croire que sa folie a commencé dès le début de cet épilogue, dès qu'il a eu l'idée extraordinaire de détourner de la foi catholique un jeune orateur socialiste, qui de tout son cœur voulait s'y convertir.

« Allez plutôt là-haut voir Rolfle bûcheron, lui

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nOMANCIKRS ALLKMANnS KT 84.AMUNAVKS 50 ,«

stMil VOUS <iini a* i\u\\ convitMil «h» croire », «lit ^

c'i'l iiivrais«Miil»lal)h' pivln» nu jtMiih' nr<»|»li\ li» ;

A (0 hoir qu'il ailnn'l pour niaîln»4»>l un vrai :

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ri^^lisrî ot (le tout ce <|ui re>s«»inl)lo à un culle

ou H une prière. (IVsl ee Holl* <|ui entern» le

curé, à la dernière paj^e du livri»; il élève sur

son tombeau une croix de fer où il inscrit cette

devise : La liimièrf vUnnvUv vst rainonr.

Encore ai-je pcurdc n'avoir pas surtisammcnt expliqué, dans celte analyse sommaire, la profonde incohérence des divc^rses parties du roman. Ce n'est pas seul(»menl un ouvraji:e mal composé: quatre histoires s'y trouvenl eu quelque sorte accolées, donl trois au moins, loin de s'enchainer, se contredisent Tune lautre. Le soi-disant auteur du. /o/^/v/r^/, Tabbé Wieser, se montie à nous sous Irois aspects dillérents, sans que nous puissions deviner les raisons de ces diiïérences. Et Ton dirait qui» M. Koscigger s'est fait un jeu de nous dérouter, ou bien encore que lui-même n'a pas pris le temps de faire son choix parmi les divers sujets qui lui étaient venus à l'esprit.

Mais son livre, avec tout cela, n'est pas banal ; et le succès qu'il a obtenu en Allemagne s'explique aisément. Ses défauts, d'abord, sont de ceux pour lesquels le public allemand n a jamais

/•!•' Iiii'ii ^l'vriv. A point' si Ton somhlo sV'tre M|»"i« Il «l'-Mii .|/'-«inlir, <lr <tm m;uuju<' th» suihî, <I)i •|i''>.i< >ri| ruivr la tlir>«* (|iril anooiK.ail o.l (•«'II.' i|iii s'y Inniviiil rrelloiDonl souUmuio. Ou ny a vu «[ur riiilenlion dr soutenii* des thèses, do remii»'!' i\r urandt's idéi's reliirieiises et nioralo>. Et. ouiunie rautour.au début ctà la fiiidu récit, parlait d«* rinrompatihilité de l'étal présent de l'Eulise avec Télat présent de la société, on n'a point lait diflicullé d'admettre que le récit tout entier avait pour objet de le démontrer. Dans la chronique villageoise de Tabbé Wieser, on s'c>t accordé à découvrir un pamphlet anticatholique : un pamphlet c/irr/iensocial, ont ajouté les uns ; d'autres ont dit//V>^rtaire.

Et pui?, l'auteur de la Lumitre éternelle^ M. Fréter Rosoirger, n'est pas le premier venu. C'est au contraire l'un des auteurs les plus lus do 1 Allemagne, et l'un des plus aimés. Depuis quarante ans bientôt qu'il décrit les mœurs et les paysages de son pays natal, la critique n'a guère pris la peine de s'occuper de lui; mais il en va en Allemagne un peu comme en France : les œuvres qui font le plus de bruit ne sont pas celles qu'on achète le plus. Ou plutôt il en va ainsi en Allemagne bien davantage encore qu'en France, car on y trouve des auteurs dont personne, pour ainsi dire, n'a jamais parlé, et qui sont cependant devenus populaires. Ce sont pour la plupart des auteurs provinciaux, n'ayant pas d'autre objet que de peindre le coin de

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ROMANCIERS ALLEMANDS ITT SCANDINAVES Îi7

(orro oh iU si' siuil lixôs. IMnsionr< rnivriil iiirnic <lîïn> «les «lialtMh'N loraiix. l'orl inalai^rs à t'orn|»rrinlri* pour \\f^ rlraii^rrs. Il y i*ii a «li* Siiisspscl i\o \V<»sl|»lialirn<,rl J<»s llannvrii'iis. cl dos Hatlois <»l(l(»s Tvrolioiis. Mais.ilopiiis la inorl ilv Gotlfricil Kellor «»t tli» l'ril/ U4MiU»r, aucun n'est aussi jçofilé que le Slyrien IUjS4»«r};er, auteur tlo Ma FonU fialal(\ <lu Jotnnnl il' un MfiUre (Vvcol(\ du Chrrcln*ur th* Dioti de Juvuh le (IrmifTy de Plrrrr Mut/r laiiUvr(jisti\ et d*une trentaine d autres romans et n*cueils de contes, sans compter cette l^ntnirrr rifrnf*ll(\ qui nous occupe aujourd'hui.

En France mOnio, durant ces dernières années, on a maintes fois essayé de le présenter au public. Mais le charme ténu de ses récits s'évapore dès qu'on tente de les traduire : et puis on les a, jusqu'à présent, assez mal traduits ; et c'est encore une détestable méthode, pour nous intéresser à un auteur étranger, de nous déclarer tout d'abord qu'on va nous offrir des chefs-d'œuvre.

Des chefs-d'a»uvre, M. Pierre Rosegger n'en a point produits; et si populaire qu'il soit dans l'Allemagne entière, ce n'est certainement pas un grand écrivain. Fils de paysans, d'abord berger, puis apprenti tailleur, il avait dix ans quand il apprit à lire; et il y a bien des secrets du métier des lettres qu'on sent trop qu'il a toujours négligé d'apprendre. Il ne sait ni composer un récit, ni pousser à fond le développe-

nu 'ht «liinr 'u\rr. Se restreindra, donner à sa [m*ii>«'m* unr h»rrn«' ^iTr<''e et précise, éviter l(»s n'iM-litiniis et l«'s détails inutiles, cela non plus, il Ht» |f sait LUt're. Les dt^'auts de son dcîrnier n>man se retrouvent justjne dans ses conles: et un criti(|ue a même pu dire que, de tontes ses œuvres, /rt Lumif're*'*(prnpllp^U\\{, littérairement, la plus irréprochaide.

Quarante ans de littérature, ni de nombreux voya^'es, ni la fortune, ni la gloire, n'ont empêché M. Hosegger diî rester un paysan. Mais rien aussi ne Ta empêché de garder au fond de son cœur tous les instincts de sa race ; et je ne crois pas que jamais un conteur provincial ait mieux connu, mieux compris, et mieux senti les caractères particuliers de sa petite patrie. Ses récits ne sont pas des récits de lettre; mais non seulement ils nous dépeignent exactement la physionomie des villages styriens, ils nous en révèlent l'àme tout entière, avec une vérité d'autant plus frappante qu'on la devine plus irrétléehie, et, en quelque sorte, inconsciente.

Son nouveau roman en est une preuve nouvelle, et des plus curieuses et des plus typiques. Il s'y est etforcé, évidemment, de s'élever audessus du niveau ordinaire de ses tableaux styriens. Entraîné dans le courant général, il a voulu, lui aussi, écrire un roman philosophique, un grand roman où il traiterait des problèmes religieux et sociaux à Tordre du jour. Et, au lieu d'un grand roman, il a produit, en réalité, quatre tableaux de mœurs maladroitement accouplés;

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et, au liiMi <lo la tliôsc n^li^iriiM; qu'il ii^vail de soutenir, la >culc llièx* (|u'il aif m»IU»n)oul soulenuc, la st'ule (juil ail «léveloppéc lout au long et apjMiyrr sur ili»s arguuKMils .sérieux, est une thèse pour ainsi dire /mf/.sa/ifif\ celle-là m(^me <{ui devait tenir le plus au cuMir d'un ancien her^çer : il a fait de son roman une protesUition, au nom de la nature, contre la soidisant civilisation, nieurtrièn^ des beaux sites et des belles coutumes. Oubliant ses ambitions de philosophe et de théologien, il ne s*est souvenu que de Theureuse vie dont il avait été témoin jadis, dans sa forêt natale, et des iniluences funestes qui, peu à peu, sont venues la détruire. Bien d'autres avant lui avaient soutenu la môme thèse ; mais personne n'y avait mis une passion aussi ardente, personne n'y avait dépensé autant de lui-même. Les autres avaient haï le « progrès » par réflexion ; M. Rosegger le hait comme un ennemi personnel; et l'on sent qu'il se serait fort bien accommodé de voir le reste du monde corrompu et gangrené par la civilisation, si seulement elle avait épargné les hameaux forestiers des Alpes de Styrie.

La partie de son livre qu'il a consacrée à cette thèse est loin, cependant, d'être la meilleure. Il a voulu trop prouver; et plusieurs des faits qu'il raconte ont des airs d'arguments qui nous empêchent d'en être touchés ; tandis que jamais, au contraire, il n'a rien écrit de plus touchant,

ni ili' plii-i naturel, ni <1(» plus rharmanL que I iiu!if pai li»». c«'Ili» où il a (I«''|M'inl la prosprrilc» il»' Sainl»*-Mari*'-on-Tor\val(l avant la malfaisanto inva-ion du proirrôs. J'ai ilil combien de typ«> iliwi'» il y avait mis en scène; mais je voudrais p«>uvoir dire encore la vie qu'il leur a prêtée, et avec quelle pénétrante sympathie il les a étudiés. A elle seule, celle partie suffirait à justilier le succès du livre. Avec toutes ses maladresses de forme, elle est à la fois éloquente et simple, pleine d émotion et de vérité. La nature aussi y joue son rôle à côté des hommes : une nature tantôt terrible et d'une féroce grandeur, tantôt infiniment douce, souriant aux parfums des fleurs et à la chanson des oiseaux. Sans cesse des paysages s'entremcMent au récit ; ou plutôt la nature et les hommes nous apparaissent intimement unis, fondus par le long contact en une vie commune. Et ce sont des scènes tour à tour tragiques et familières : des inondations, des avalanches, et puis des bénédictions de moissons, des danses sur Therbc au soleil couchant; ou bien encore de naïfs épisodes tels que celui-ci :

u En sortant de la forêt, ce matin, j'ai aperçu le petit Rolf, le fils du forgeron. II se tenait immobile devant un buisson de ronces. — Que fais-tu là. Rolf? — Il ne répond rien et me regarde dans les yeux. Et je découvre alors un spectacle horrible. A une branche d'épine des scarabées sont accrochés, par rang de taille, chacun ayant le corps traversé d'une pointe. —

..il --.-,\K J., •. -i..<:.4)Kt,i<.-»- jir- »*ji.

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Qui a fait cola ? <l('inaiiili!-j<» au ^amin. — llu oiseau, Mou<ii'ur le ruiv ! — \i\ oi>ran ? Marlv-

risiT ainsi «1(3 pauvres rrralurcs! Jamais un oiseau uVn serait capable! — J<» l'ai vu. Monsieur le curé. — Silence 1 lui dis-je. C*est loi qui l'as fait! f

a 11 nie regarde de nouveau bien en face, et se tait. Et moi, tout bouillant de colère, je lui crie : — Méchant garçon, combien je me suis trompé sur ton com|)te ! Avoir l'air d'un p(»tit saint, se plonger dans la lecture de livres pieux, et torturer ainsi des botes sans défense! Est-ce I

donc là ce que le Christ t'a appris? Va-t'en d'ici, misérable !

« Il s'est détourné, puis, baissant la tête, a poursuivi son chemin.

« Ce soir, je rencontre le maître d'école : — Quelle éducation donnez-vous donc aux enfants ? Voilà qu'un de ces [>etils drôles s'amuse à enliler t

des insectes sur des épines! Et il ment, par- g

dessus le marché! Il nie! Il dit que c'est un oiseau qui est le seul coupable !

« Le maître d'école est d'abord un peu interloqué. El quand enfin il m'a compris : — C'est en vérité chose possible que l'enfantait dit vrai, Monsieur le cxxré.Lanius collurio^ c'est le nom de cet oiseau, Témerillon à dos rouge, qui imite si gaiment la voix des autres oiseaux. Bien souvent on peut l'entendre dans notre forôt. C'est lui qui attrape les insectes et les enfile aux épines, tout comme le boucher aecroclie ses veaux, par rang de grandeur.

f-'- . . , t ,. "^^ ..-.'. - -•;^r*^J.'V'-,---lil>''-«<i&Jàii

LE ROMAN CONTEMPOKAIN A L KTRANftER

Sur ijiioi m»' voici lout confus ili* la lc(;oii. .laLlKnit»' «Jr mon i^rnoninco. honte d'avoir élv si inju^^l»*. Je (•nur> cil»'/ le for^(M'on, et, avisiinl I entant : — Pourquoi, lui crié-jo, ne t'es-tu pas 4ir*feihlu? Tu mériterais qu'on le tirât les oreilles! Un t'accuse à tort et, méchamment, tu te taisi

«' — Ce n'est pas méchamment, me répond le gamin, nue c'est l'oiseau qui a fait la chose, je vous l'ai dit tout de suite. Et quand j'ai vu que vous ne me croyiez pas, j'ai pensé qu'il n'y avait rien à tenter contre cela. Je savais qu'on ne doit jamais contredire M. le curé. »

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