I.i: HOMAN OiNTKMPÔKAIN A L'ÉTKANCiKR
volt»'*. Kiitrt* cet aljlx' iiidoniptahlc <'t cet ovï'^quc inilexihl»*. à <|u«ll«* lra^«''<lif va-l-on assisltT?
Ou riitre (ian> la lecturo du roman, après ce proluiiue, et la |»n*nuère impression est toute de surprise. C'est, en elVet, comme si ce prologue n'avait pas existé, et comme si Tabbé Wieser était simplemeut un brave homme de curé de campagne, doux et timide, envoyé, sur sa demande, dans un village du creux de la montagne. Pas une fois, durant les cinq cents pages, il ne fait mine de vouloir réaliser une seule i< réforme » dans rEii:lise. Il dit sa messe, il prêche, il enseigne le catéchisme, il confesse et dunne les sacrements, tout comme eut fait n'importe lequel de ses compagnons de séminaire.
Xulle trace du révolté qui rêvait le mariage des prêtres, ni du hardi journaliste, ni de l'auteur de contes populaires. Lévèque, non plus, ne reparait point : l'abbé Wieser se borne à lire en chaire ses mandements, pendant le carême, et à regretter que le style en soit trop fleuri. Ce n'est pas un apùtre que nous retrouvons, installé dans le vieux presbytère de Sainte-Marieen-Torwald, mais seulement un témoin, un fidèle et minutieux chroniqueur travaillant à noter, jour par jour, les divers épisodes de la vie du village.
Tel il nous apparaît surtout dans la première
KOMVNCIKItS ALLEM\>r»S IT Sr\>niNAVF:S 49
nioilir (lu roman, (|iii fnrnir. par <»Ili»-im*ni<\ un roman LMili«'r. Six an^^ <luranl, ilt» IST.') à ISSl, son Jtiunuil nous rrnsri-iiuî sur 1rs nais>anors et les moris, ot les accidrnLs, el les *rinn»s, et sur rélat îles récoltes, cl sur les fcMes, sur tout ce qui se produit (le nouveaudansce petit village des Alpes styriennes. Nous apprenons à en connaître un à un tous les habitants : le for*;eron Eschjrartner, qui fait fonction de bourjrniestre; son fils le petit Ilolf, amoureux d(»s livres et de la vie en plein air; la servante Hegina, le sacristain Charles (iross, Taubergiste, le maître d'école, et des paysans pauvres, et d'autres plus riches, et jusqu'à deux vauriens, llolz-Iloisel et Peter-Heissel, dont l'un a déjà commis un meurtre, et dont l'autre ne va point tarder à en commctlrc un. Tous ces personnages nous sont présentés tantôt de face et tantôt de prolil, reparaissant, puis cédant la place à d'autres, sur la trame du récit de Texcellcnt curé. Point d'action centrale, mais une dizaine d'actions qui se poursuivent avec des intervalles et, dans l'ensemble, une longue chronique, nous initiant à " tous les événements, petits ou gros, ordinaires ou exceptionnels, tragiques ou familiers, de cette humble paroisse de Sainte-Marie-en-Torwald.
C'est une paroisse très humble et ignorée du I
monde, très pauvre aussi, et exposée par sa . j
situation à de continuels désastres. Inondations, \
avalanches, incendies, dures épidémies, pas I
une année ne se passe sans qu'un nouveau fléau \
î^ LK ROMAN CO.NTKMPOKAIN A i/kTHANGER
sî^haflt' sur oll»\ VA «.opondaiit r'eslunc |)aroisso parfait'iiK'iit lnMirru<r. s'acromniodanl si hien iIp son i-iolonifMiL r-t <I(î sa |)aiivi*i'l('', o[ <lr sos flôaux mrcn«*>, qu'un compivud (|uo Tabbé Wiesor y ait perdu son onvio de « réalisor des roformt's ». Avec toute sorte d'instincts brutaux et d habitudes ixrossi»>res, les babitantsde Sainte- Marie ont fidèlement gardé les mœurs d'autrefois. Ils sont naïfs, pieux, attachés à leur sol, toujours prêts à s'entr'aider en cas de besoin. Des siècles de vie commune ont fait d'eux une seule famille. Et quand quelque bonne fortune échoit à Tun d'entre eux, c'est une fête pour le village t^ntier; et quand Tun d'entre eux perd sa maison ou son bien, c'est le village entier qui lui vient en aide. Riches et pauvres, d'ailleurs, obéissent également à Tautorilé paternelle du bourgmestre, le prenant pour conseil en toute circonstance : allant jusqu'à lui permettre, s'il le juge à propos, de vider leurs greniers pour le salut de la commune. Ce digne bourgmestre et le curé sont les deux chefs de la famille. Nulle trace de police, ni de tribunal, ni de prison. Et puis chacun, après cela, se fait justice s'il le faut.
Mais le bonheur de ces braves gens leur vient surtout de ce qu'ils ignorent le reste du monde. Ne connaissant pas d'autre existence que la leur, ils n'ont aucune peine à s'en contenter. Et c'est, en vérité, le seul point par où la première partie du roman se rattache à la seconde, qui
ROMANCinHS ALLEMANDS ET SCANDINAVES M
onnpo, «laiis le livre, les doux conis |)a};os sui-
VilIllcS.
Cetlcsocoiiilc |»arti(» csKi^nolTi'U rxpn'ssrmrnl cinisacroe à soulcnir iin<» tli(»s<», mais wm pas une thèse rolij^ieuse, comme semlilail raïuioncer le prologue : elle a pour objet de prouver que ce qu'on appelle le progrès n'est pour les 3
hommes qu'une source de soullVances, et que *
rien n'est lel, si Ton veut vivre heureux, que de rester allaché aux coutumes anciennes. Du jour où le piogrès pénètre k Saint(»-Marie, c'en est fait du bonheur de ce trancjuille village. Kl de (|uelle façon le progrès y pénètre, les formes diverses qu'il y revôt tour k tour, et les ravages profonds qu'y laisse chacune d'elles, c'est encore l'ahbé Wieser qui se charge de nous le montrer, sans cesser toutefois de s'en tenir k son rôle de témoin et de chroniqueur.
Il nous présente d'abord des touristes arrivant par hasard k Sainte-Marie, admirant la sauvagerie et la beauté du site, s'y installant pour Tété, y amenant, Tété suivant, d'autres « amis de la nature ». Le village devient célèbre. On y ouvre des hôtels, un casino; on y construit des routes, et bientôt un chemin de fer. Et les habitants, au contact de la « civilisation », ne tardent pas eux-mêmes k se « civiliser ». L'argent, que jusque-lk ils ignoraient, est désormais leur principal souci ; encore dédaignent- ? ils de le gagner par un long travail, tandis qu'il i leur suffit, pour s'enrichir, de louer leurs mai- A|
sons et d'écorcher les touristes. La foi s'en va,
. \iijù^^'4ài-^:kjtijiâ
et rt\L:lis»' >e vi»le. VA dn nn^nic coup s'en vont la c •iiliari» ' rmilm^llr. I jiUachoiiKMit au sol, la n''.-imialiMn. h* iMinlifur de vivre. Nous avous là. t'ii ([uehjue c«'iil |>ai;os, un lal»leau fom|ilcl (!<» la nai>sanc(' d'unr « slalioa » au sommet des Alpes.
Miis, à Sainte-Marie-en-Torwald, ce changement en entraîne un autre, plus funeste encore. La ' station alpestre » peu à peu se transforme en c«Mitre industriel, et les hôtels, les pensions c«''dent la place à de somhres usines. Un Juif converti, le baron de Yark, venu d abord en touriste, s'aperçoit que le pays est riche en divers minerais et capable de fournir une excellente matière à la spéculation. Mines, fonderies, verreries, il y installe tout cela, en même temps qu'il se fait construire un château dominant le village. Il devient le seigneur de Sainte-Marie, maître absolu de la région, disposant à son gré des malheureux habitants. C'est une ère de dure servitude qui s'ouvre pour eux, jusque-là si libres et si jaloux de leur liberté. Leurs terres, leurs maisons, tout ce que de père en fils ils avaient précieusement gardé, tout finit par tomber entre les mains du baron ; et quand ils n'ont plus rien que leurs bras, ils lui vendent leurs bras, se résignant à la pénible et fatigante condition d'ouvriers. Un beau jour, leur maître baisse leurs salaires; ils se mettent en grève, incendient le château, s'apprêtent à massacrer patrons et contremaîtres, et à se massacrer les uns les autres par-dessus le marché, lorsque les
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IIOMANCIKRS ALLEMANDS ET SCANDINAVFS 53
jronJarmcs rrnssisst^nt à Iï*s niaîfri<5(»r. Car. avor. la s(M-vilinl(\ «loiix aiilros maux son! toinlM'*^ <uv ces inis('rables : 1 alcoolisinr ot \o sociali««nH\ lil d aïK'iin <los trois ils no pourront so j:m''rir.
C'est la vcrilahlo coiicliision du roman, la seule qui découle des faits racontés. Il nV a pas jusqu'à la première partie qui ne contribue à la renforcer, par le contraste môme de l'impression de paix et de bonheur qui s'en déjrnjre avec les sinistres tableaux des paf:es suivantes. L'auteur, «'videmment, a voulu nous montrer combien il y avait peu de profit, pour un peuple, à échanger son ancien état de vie contre les soidisant conquêtes de la civilisation. Mais la religion, comme Ton voit, ne joue aucun rôle dans toute l'histoire, à cela près que, dans la mesure où le progrès envahit le village, l'église se dépeuple et la foi diminue. Avec le flot des touristes, Darwin, Biichner, Nietzsche pénètrent à Sainte-Marie, où les suivront bientôt Karl Marx et Bakounine. Les paysans ne retiennent d eux que de vaines formules qu'ils ne comprennent pas ; mais ils comprennent du moins que l'autorité du catéchisme n'est pas aussi universelle qu'ils se l'imaginaient; et il ne leur en faut point davantage pour les conduire désormais à la dédaigner.
L'auteur aurait donc pu arrêter son récit à la ruine définitive de Sainte-Marie-en-Torwald. Le. roman aurait été un plaidoyer contre le soidisant progrès; il aurait signifié que « Téteraelle lumière » qui vient aux hommes de la
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