‹ Écrivains étrangersChapitre 23 sur 41 · WILLIAM MORRIS · texte numérisé non relu

WILLIAM MORRIS

The Suiuleritig Flood, 1898

Il y avait une fois un pays où les fées, les génies et les nains ne dédaignaient pas de se \

môlcr à la vie des hommes. Un fleuve, ou plu- .^

tôt un torrent, traversait ce pays du nord au ^•

midi, si large et si rapide que personne, jamais, \

n^avait pu passer d'une de ses rives à Tautre ; ^

aussi Tappelait-on the Sumlrring Flood, « le Ilot qui sépare ». Et, comme c'est souvent le cas dans les pays de ce genre, les deux rives étaient si pareilles Tune à l'autre que non seulement on y voyait les mêmes montagnes et les mêmes vallées, mais que jusqu aux bergeries, aux villages et aux villes, tout y était réparti de la même manière.

Or voici qu'un petit garçon nommé Osberne, errant sur Tune des rives en quête d'imprévu, certain jour de printemps, parvint à un endroit où les eaux, tout à coup resserrées, formaient

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une sort»^ de coude entre deux murs de rochers; on appelait cet endroit « la crique de la Colline C'«up<''c' en deux »>, et en elTel la colline y semblait coupt'e en deux par le llol, qui nulle part, d'ailleurs, ne coulait plus vite; ni avec plus de fracas. Et. tandis que Tenfant se tenait là, immobile, contemplant de ses yeux ébahis l'ouverture d'une grotte creusée dans le mur sur la rive opposée, une forme humaine sortit de la grotte : c'était un enfant, une petite fille, tôle nue et pieds nus. humblement vétuc de grosse laine bleue, mais avec d'admirables cheveux blonds, qui ruisselaient sur ses épaules, la recouvrant toute comme d'un manteau d'or.

Osberne. au contraire, avait mis, ce jour-là, ses plus beaux v«**tements : et quand la petite fille raper»?ut, en face d'elle, debout sur un rocher, dans son costume rouge, elle fit d'abord un mouvement en arrière. Mais aussitôt, s'enhardissant, elle s'avança de nouveau au seuil de la grotte et dit. d'une voix si pure et si claire qu'elle dominait le bruit terrible des eaux: « — Créature surnaturelle, qui donc es-tu ? — Je ne suis qu'un homme, répondit Osberne, riant de la méprise ; et encore suis-jc si jeune qu'on m'appelle un petit garçon, ou un gamin, ou un moutard. Mais toi, qui es-tu? — Non, non. cria la petite fille, nous sommes trop loin l'un de l'autre pour bien nous entendre, et ce bruit des eaux achève de nous assourdir.

Grimpe ju§qu*au sommet de la colline, de ton côté, et je vais en faire autant de mon côté ! »

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Snr quoi ollo lui tourna lo dos, ol, s'accrochant aux saillies ot aux frnl(»s, irrinipa rapidement par-dessus le mur.

Rt Osberne avait beau rin» un «garçon, il Iromblait, et son e<vur battait dans sa poitrine, an spectacle de cette ascension si pleine de dan^^er : il ne quitta point des yeux la petite créature qu'elle n'eiH enfin pris pied sur Tlierbe de la rive ; alors seulement il courut, lui aussi, jusc|u*au sommet de la Colline Coupôe. Arrivé là, il ne dit rien, car il avait trop à faire de considérer la petite fille, debout sur l'autre sommet; et elle non plus ne disait rien, la course trop rapide Tayant tout esstuiftlée. Mais enfin elle dit : « Nous voici maintenant aussi près l'un de l'autre que nous pouvons l'être aujourdiun', et pendant bien des jours à venir, peut-cire pendant notre vie entière; donc, causons! »> Osberne, cependant, continuait à Texaminer en silence, de sorte qu'elle dit : « Je m'étonne que tu ne veuilles plus me parler, car ton rire, tout à rbeure, était comme la voix d'un cher oiseau, et ta voix était plus belle encore, si haute et si ferme! >» Ah)rs Osberne rit, et dit : « Rh bien ! Je vais parler. Dis-moi qui tu es ? Es-tu une petite fée ? Car tes formes sont trop belles pour que je puisse te croire de la race des nains. » El à son tour elle éclata de rire, en battant des mains, puis elle dit : « Ce n'est point de ta question que je ris, mais du bonheur d'entendre encore ta voix. Non, non, je ne suis pas de la race des fées, mais de celle des enfants des hommes. — De la même race je suis, reprit Osberne. Mon père est mort, aussi ma mère, et je vis à la Bergerie, là-bas, tout près de Teau, avec mes deux grands-parents. —

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Sont-ils bons pour loi? demanda-t-elle. — C'est à moi qu'il convient d'ètn; bon pour vn\. — Ah ! ditelle alors, comme tu es b<*au ! J'ai vu bien des hommes, les uns «Agés, d'autres jeunes, et quelquesuns do ton ;»î;e, mais je n'ai vu personne qui fût de moitié aussi beau. Voilà pourquoi je t'ai pris pour un gt^nie de la terre. — Et moi, à te voir si petite et si belle, je t'ai prise pour une fée. Mais dis-moi, quel âge as-tu ? — Quand mai sera presque fini, répondit-elle, j'aurai treize ans. — Eh bien! nous sommes à peu près du même âge, car j'ai eu treize ans aux premiers jours d'avril. Mais pourquoi ne me dis-tu pas où tu demeures, et le reste ? — Je demeure sur une colline, toute proche d'ici. J'ai perdu, comme toi, mon père et ma mère, et maintenant je vis avec mes deux tantes. — Sont-elles bonnes pour toi? demanda Osberne, s'amusantà lui retourner la question qu'elle lui avait faite. — Parfois oui. répondit-elle, en riant aussi, et parfois non : mais cela tient peut-être à ce que je ne suis pas toujours bonne pour elles, comme toi pour tes gens. » Il ne répondit rien, et il y eut entre eux un moment de silence. Puis il dit : « A quoi pensestu, fille ? — A ceci, dit-elle. Je pense au bonheur que c'est que je t'aie vu, car tu m'as donné tant de joie ! — Nous pouvons nous revoir de la même façon, si tu veux ! — Oh ! oui, reprit-elle » ; et de nouveau elle se tut.

Mais Osberne n'avait pas fini de la questionner. Il lui demanda ce qu'elle faisait dans la grotte d'où il lavait vue sortir; elle y venait souvent se cacher pour échapper aux vexations de ses tantes, et aussi parce que, sans y

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avoir jamnis ronconiréj personne, elle avait Tiniprcssion il'y avoir des amis. Un jour, par exemple, elle y avait trouve^ une pelilc lliHe rustique, qui lui avait (Hé il*un précieux service,

— Car devine un peu ce que je fais en ce moment, sur cette colline ! — Tu te divertis à bavarder avec un ami, répondit Osberne en riant. — Pas du tout, dit-elle; je garde mon troupeau. — VA elle tira la flûte do sous sa robe, et se mit à jouer, et une mélodie ou jaillit d'une douceur nivissante, si gaie que le petit garçon lui-môme ne put s'empêcher de balancer ses jambes en cadence. Et dès Tinstant d'après, il entendit des bêlements ; et des moutons accoururent autour de la petite bergère. Alors elle se leva et marcha vers eux, et, les ayant en cercle autour d'elle, elle dansa, soulevant ses jambes nues, tandis que ses cheveux d'or dansaient sur ses épaules; et les moutons, aussi, sautaient et dansaient comme si elle le leur avait ordonné. Jamais le petit garçon n'avait vu un plus joli jeu.

Une autre fois Tenfant avait reçu de ses amis invisibles un collier d'or et de pierreries; pour le montrer à Osberne, elle dégrafa le haut de sa robe, et sous la grosse laine bleue il aperçut une gorge d'une blancheur de neige, où le collier brillait comme un cercle d'étoiles. — Et, dis-moi, lui demanda-t-il, que sais-tu faire? — Elle savait filer et tisser, et cuire le pain, et battre le beurre, et moudre le grain sur la meule, encore que ce fût une dure tâche.

LE IIO)IAN CONTEMPORAIN A L I^TRANAER

Mai> rien no lui plaisait rommo do garder ses moiit^n'i. Lui. à ^r»n tour, se vanta de co qu'il >avail fain». Il savait tu(»r tlos loups, car c'olait un petit hiMos : il savait tirer à l'arc; mais il savait aussi chanter des poèmes qu'il improvisait. — «lomme ce serait doux, dit-elle, si lu voulais chanter un poème pour moi! — Il se leva et chanta ainsi :

— Maintenant riierbe pousse librement, — et le lys fleurit dans le piv ; — et la verdure d'avril — se rt'»pand de toutes parts; — et loin derrière nous — s'en est allé l'hiver ; — et le lord des vents — a perdu de st'S forces. — Et toi, plus belle que la ileur du tilleul. — tu sors du sombre caveau comme le printemps de Thiver.

— Et quand lu seras partie, — dans le gris hiver, — à travers les murs de la maison — et le tapage des hommes. — je reverrai toujours — les cheveux d'or — et ti'S pieds blancs — et leur danse légère : — et du seuil au foyer, comme des chansons d'oiseaux venus du sud, — voltigeront autour de moi le< mots de la bouche.

La petite iille fut ravie de la chanson, et de voir que son ami l'avait composée pour elle.

Elle voulut, en échange, lui donner un cadeau; mais Osberne n'accepta ni la flûte, ni le collier, qu'elle s'offrait à lui lancer par-dessus le torrent. <« Eh bien ! dit-elle, voici qu'il me faut prendre congé de toi. Mais je sens que je ne pourrai pas m'en aller avant que tu ne me Taies ordonné. — Je te l'ordonne donc, répondit

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