II0MA?IC1ER8 ANGLAIS
Osbernc : cl dans li'(»is jours d aujourd'hui jo reviendrai ioi. Mais, comme je l embrasserais avec plaisir, sans ce llol qui nous sépare! — Voilà qui est bon et cher! lit la petite. Adieu, et ne m\>ublie pas durant ces trois jours, après m'avoir chanté une si douce chanson ! — Oh !
je ne t'oublierai pas de si tôt! » dit Osberne. — Et ce fut leur adieu.
Ils se revirent, trois jours après, aux deux sommets de la Colline Coupée. Ils se dirent leurs noms. Osberne fit cadeau à EIHiilde (ainsi s'appelait sa petite amie) de la moitié d*une pièce d or que sa mère, en mourant, lui avait laissée. « Et moi, demanda Elfhilde, que puis-je pour toi? »> Elle avait déjà mis, pour lui, sa plus belle robe, et le collier brillait sur la neige de sa gorge. Et Osberne lui répondit : « Appelle de nouveau tes moutons autour de toi, en jouant de ta flûte, car je ne connais pas de plus joli jeu. » Elle obéit, et, pendant qu'elle jouait et dansait, il la mangeait des yeux, « car, en vérité, c'était une merveille et un enchantement de la voir».
Mais lorsque, à Tun de leurs rendez-vous suivants, Osberne lui eut raconté qu'il avait tué, en combat singulier, un puissant baron, qui avait voulu s'emparer par force du bien de ses grands-parents, la petite fille se sentit tout effrayée devant lui. En vain il la pria de jouer de sa flûte. « Non, dit-elle, je ne veux pas sauter comme les bouffons, et te montrer mes
LE ROXAN CO:«TEMPORAIN A L*ÉTRANGER
pauvres jambes trop longues et trop maigres.
Et, «i j'étais une femmo, au lieu d'un enfant, je ne consentirais pas nirme à laisser voir la clieville de mon pied. Tu ris toujours, quand je gambade au milieu de mes bètes ; et je ne veux plus que tu ries de moi ! — Elthildo, mach^re, répondit Osberne, tu te trompes. Quand j'ai ri, jamais ce n*a été par moquerie, mais je riais de plaisir à tes gentilles façons, qui ressemblent aux doux mouvements des feuilles sur les arbres, dans la fraîcheur d'un malin d'été. — Nïmporte, fit-elle, je ne danserai pas aujourd'hui. Mais, si tu veux, je m'asseoirai là et te raconterai une belle histoire du temps passé, que jamais encore je ne t'ai racontée. Il y sera question de la mer, et de grands bateaux, et d'une femme de la mer venant demeurer dans les maisons des hommes. — Parbleu! s'écriat-iU j'aurais grand désir de voir la mer et de navii^uer sur ellel — Oui, dit Elfhildc, mais tu me prendrais avec toi, n'est-ce pas? — Certes, oui! *> dit Osberne. Et tous deux, assis aux deux côtés de l'eau mugissante, ils oublièrent le flot qui les séparait, qui sans doute ne devait jamais cesser de les séparer.
Les années passèrent. Osberne devint un grand jeune homme et Blfhilde une belle jeune fille. Mais leurs cœurs restaient toujours unis l'un à l'autre ; et grande fut la douleur d'Elfhilde quand son ami vint un jour lui dire que, pendant de longs mois, il ne la verrait pas, s'étant
^jr.
ROMATCCIERS ANGLAIS 95 £
engage dans Tarniée de sir Medurd, baron de i
Clicapiuf;, H qui le baron de Doepdale venait dt» ,
déclarer la guerre. « Oli ! si (u pouvais (>lre ici, ^
lui dit-elle, et que je sente les bras autour de I
mon cou ! — liih bien ! repartit Usberne, puisque nous ne sommes plus des enfants, je te dirai que depuis longtemps déjà j'ai le même désir. Et d'apprendre que tu Tas aussi, cela me fait plus de joie que je n ai de chagrin à te faire mes adieux. Car, vois-tu, mon cœur, comment nos corps s'uniraient-ils si je restais toujours chez mes grands-parents, et toi, de lautre côté de Teau, chez tes deux vieilles tantes? Ne dois-je pas apprendre à connaître le vaste monde, et explorer la terre et la mer, jusqu'à ce que j aie enlin pu traverser le flot qui nous sépare, et que nos deux corps se soient enfin rejoints? » Sur quoi la jeune fille se sentit un peu consolée et dit, en essayant de sourire : c< Te rappellestu la joie que c'était pour toi de me rapporter des cadeaux et de me les lancer à travers le fleuve? Eh bien! cette fois, quand tu reviendras dans la vallée, il y a un cadeau que je te supplie de me rapporter. — Oui, mon cœur, mais que sera-ce ?» — Et la vérité nous force à dire qu'il eut quelque chagrin de voir qu'au moment même de leurs adieux elle lui demandait un cadeau, comme un petit enfant. Mais elle lui dit : « mon bien-aimé, que serait-ce, sinon toi-même ? » Et là-dessus elle ne se sentit plus la force de contenir sa douleur. Et longtemps elle pleura; et, bien que mainte parole
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carossaiite lui arrivai d'au-delà du llol, et maint adi«Mi. et mainte paroh^ dc^ioloo, elle ne put ni slm.Iut a»»'Z ><»s larmes pour voir encore son ami. ni maîtriser ses sanglots pour lui dire adieu. Et elle ne vit plus rien de lui que Téclat de son manteau rouge flottant au soleil de mai, tandis qu a «rrands pas il descendait la colline. Avons-nous besoin de dire que, dès le début de la guerre, le jeune Osbernc se conduisit en héros, qu'il fit même prisonnier le baron de Deepdale, et que sir Medard, victorieux grâce à lui. mit tout en œuvre pour se rattacher? Mais il avait hâte de revoir Elfhilde; et, la guerre achevée, ni offres ni promesses ne purent le retenir. Sa bien-aimée l'attendait, au sommet de la Colline Coupée. Tous les jours elle y était venue depuis son départ; et, bien que le bruit de ses exploits fût, à mainte reprise, parvenu jusqu'à elle, elle avait tant pleuré qu'il eut d'abord quelque peine à la reconnaître. Ils pleurèrent encore, en se revoyant, et se dirent mille choses d'une naïve douceur. Puis Osberne se tut, et contempla Elfhilde avec mélancolie. <r Si je me sens le cœur tout rempli de tristesse, dit-il enfin, c'est parce que je t'aime, et parce que tu es maintenant devenue une femme, et parce que je te vois si belle et si aimable, et parce que j'ai peur pour toi et pour moi. Car voici que je désire plus que je ne puis avoir, puisque notre séparation ne finira jamais ; et je crains môme que ce que j*ai ne me soit enlevé. »
Co sfmihiT |>ress(»nlimriil n*(Huil c|iu» trop '.
foiulr». Onolqiie h'iiips apivs \r rohnir (I'O^Im'I'iu', une Iroupo de liri^aiids s'aliallil sur te village où demeurait Kliliilde; et le jeuiu» lioiniuc eut •
beau en tuer les trois quarts, à coups de llèchcs, l
par-dessus le lleuve, il ne |)ut empêcher leur l
chef de s'emparer de la jeune liile, pour aller la l
vendre dans quelque lointaine contrée. Longtemps il pleura et se désespéra, sur la colline, mêlant ses soupirs aux cris plaintifs des moutons de sa bien-aimée. Mais quand il comprit euPin qu'Elfhilde lui était ravie, il dit adieu de nouveau à ses grands-parents et se mit eu route par le vaste monde, résolu à ne point s'arrêter qu'il ne Feût retrouvée.
11 la chercha cinq ans, durant lesquels les aventures, comme on pense, ne lui manquèrent point. Innombrables furent les méchants qu'il défit, et les bons qu'il tira du danger. Il allait à travers les forôts et les marécages, l'âme toujours en peine, ne se reposant <le ses luttes que pour chanter Elfhilde ou pour la pleurer. Il s'était engagé au service d'un puissant baron, sir Godrick, qui avait entrepris de rétablir la justice parmi les hommes, ce qui ne laissait pas de lui donner fort à faire. Et maintes fois, au cours de ses expéditions, il avait eu l'occasion de constater que le Sundering Flood n'était pas aussi infranchissable qu'on le croyait dans sa vallée natale ; maintes fois même il l'avait franchi ; mais, ni sur l'une ni sur Tautre rive, personne n'avait pu le renseigner sur Elfhilde.
Un jour enfin, comme îl orrait dans un bois, à peini» r^mis il.» la hlessun» (nie lui avaiont faite, par trailrise, «le lâches brigands, il ren-
conlni une vieille femme qui, Tahordant avec un sourire amical, Tinvita à venir se reposer dans sa cabane. Il accepta, malgré sa crainte d*un nouveau piège, et la vieille remmena chez elle, après lui avoir recommandé de cacher son visage sous son capuchon.
Elle le fît entrer dans une petite chambre de pauvre apparence, mais propre, et douce, et avenante à souhait. Et à peine y fut-il enlré qu'il recula d'un pas. et puis se tint, immobile, sur le seuil. Car ce qu'il y avait dans la chambre, en outre de riiumble mobilier, c'était une jeune fdle qui s'était levée pour le recevoir. Elle était grande et svelte, vêtue d'une robe bleue; elle avait, en abondance extrême, de beaux cheveux d'un brun sombre ; ses yeux étaient gris, son menton rond et délicat, ses joues un peu creuses ; mais, dans les creux de ses joues, il y avait un charme, un attrait infinis. Et la vieille dit, sans paraître remarquer le trouble d'Osberne : « Eh bien! enfant, je me suis attardée, mais voici que je t'amène le présent d'un hôte, un bon chevalier qui vient d'échapper au péril de mort. Hàtons-nous de lui donner à manger et à boire! » Mais Osberne se tenait toujours immobile; et à peine s'il savait où il était; et il regardait le sol, à ses pieds, comme si le flot qui sépare coulait en mugissant entre la jeune fille et lui : car, dès que ses yeux avaient aperçu la jeune fille, il avait reconnu que c^était Elfhilde.
Force lui fut, cependant, de sortir bientôt de son
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inimobililo. Trois hominos pariiroiit. devant la porle, qui niMaienl autros (|uo h»s hri^amls <]iii l'avaieiil blessé par traîtrise Ils s*attabl^rent, I
se tirent servir à nianj^er et à boire; et comme {
Tun deux essavaitméebammenl d*embrasser la jeune fille, Osberne s'élancja vers lui, Tépée à la main. Dès Tinstant d'après, les trois hommes étaient morts.
Telle est Thisloire que s'amusait à raconter, lorsque la mort est venue le surprendre, l'imprimeur, décorateur, poète et sociologue anglais \Yilliam Morris. Ou, plus exactement, il avait fini déjà de la raconter, et il s'amusait à dessiner pour elle un frontispice tout à fait imprévu. Ce frontispice, en effet, n'est pas une
Les deux femmes, cependant, restaient debout, éperdues de frayeur. Et la jeune fille dit, d*une voix tremblante : « Amie, qu'est-ce là ? Que sVsl-il passé? — Silence, ma clière, répondit la vieille; tu n'as plus qu*un moment à attendre, après tant d'années! » Et en effet voici qu'Osberne, lentement, se retourna vers elle, le visage découvert. Et elle le regarda, et toute angoisse disparut de ses traits, et rien n*y resta plus que la douceur du joyeux amour. Et elle s'écria : u O mon bien-aimé ! Où est maintenant le mot qui sépare ? » Et ils se tenaient là, dans les bras TundeTautre, comme si les longues années n avaient pas existé.
100 LE BOMAN COKTFMPORAIN A L*ÉTRANGER
imapre, mais une c<irto, pareille aux cartos illustn''t*5 qu'on voil dans les vieux livres «le p'ojîra|>hii».Tout le cours du Sunderinfç KI004I y est miuutieusemfMit tracé, depuis ses sources, dans les montagnes, jusqu'à Tendroit où il se jette dans la mer. Et ce sont, sur les deux rives, des collines, des bois, des villes, des châteaux, tout cela non indiqué, mais dessiné, avec une variété et une précision extraordinaires, (ju'on imagine, par exem[)le. une douzaine au moins de châteaux dont pas un ne ressemble aux autres, les uns dressant dans Tair des tours et des clochers, d'autres bas et massifs, d'autres ceints de remparts, ou formés d'une citadelle, au centre, avec des tours de guet aux quatre côtés ! Et il n'y a pas un des épisodes du récit dont l'emplacement et l'aspect ne nous soient ainsi montrés. « C'est ici qu*Osberne a retrouvé Elfhide ", lisons-nous au-dessus du dessin d'une petite maison; ailleurs « il a tué un cerf », ou « a livré bataille aux Ecumeurs Noirs ». Et rien n'est plus agréable que de suivre, surcette carte, le détail des moindres aventures d'Osberne, avant et après renlèvement d'Elfhilde; car je m*en suis tenu, dans mon analyse, à la partie sentimentale de ces aventures; mais la partie militaire, — ou, pour mieux dire, héroïque, — est peut-être plus développée encore, et Tauteur ne nous fait pas grâce d'une seule rencontre ni d*un seul combat; de sorte que nous sommes ravis de pouvoir, par exemple, reconnaître, du premier coup d'œil, la disposi-
'*- ml'
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tion oxactc du lorrain où Osbcrne a défait Ic9 lîcumours Noirs.
Nous sentons hion, cependant, que c'est pour s'amuser, plus oncorc que pour nous renseigner, que Morris a <lessiné cette carte; et c'est surtout pour s'amuser, — nous le sentons aussi, — qu'il nous a raconté les aventures d'Osbeme. Son livre n'est rien qu'un jeu de poète. En vain on y chercherait une portée morale, ou même le moindre souci d'observation et de vraisemblance. Une fable, un conte d'enfant, un récit qui tient à la fois de l>on Quichotte et de Daphnie et Chloêy mais qui tient davantage encore du Petit Poucet : voilà ce qu'est ce roman posthume d'un des maîtres les plus parfaits de Tart anglais d'à présent.
Et cela n'empêche pas ce roman d'ôtre un livre adorable, si simple, si varié, si rapide, si plein de musique et de poésie, que pas un instant ses quatre cents pages ne semblent trop longues. On sent que Morris l'a écrit pour s'amuser ; mais on s'amuse, peut-être, plus encore à le lire. Jamais Robert Stevenson n'a mis, dans ses récits d'aventures, autant de fantaisie et de bonne humeur; et Stevenson, avec tout son génie, n'était qu*un conteur, tandis que Morris était un poète, un homme accoutumé à concevoir toutes choses « sous la catégorie de la beauté ». Son livre a beau être écrit en prose, c'est une œuvre de poète, et de là vient son charme, dont je crains, hélas ! qu'analyse ni
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102 LC ROMAN CONTEMPORAliX A L*ÉTRANGI-:R
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traduction ne puissent donner TidtV. Paysages, portraits, dialogues, récits de bataille, tout y a une mesure et un rythme exquis ; tout n'y est destiné <ju à notn* amusement, mais à un amusement de qualité supérieure. (Ju'on se figure l'histoire du P^'/// Po//r/*/ racontée par un Victor Hugo ou un Théophile Gautier, mais racontée le plus consciencieusement du monde, je veux dire avec un soin, un art prodigieux !
Et Ion peut s'étonner, après cela, qu*un grand poète, comme était Morris, et Tun des chefs du socialisme anglais et le créateur de toute une école d'art décoratif, ait consenti à dépenser tant d'efforts pour un conte d'enfants, sansaucunautrc objet que de s'amuser. Mais la vérité est que William Morris n'a jamais eu d'autre objet que de s'amuser. Xi ses poèmes, ni son socialisme, ni son art décoratif ne sont, au fond, plus sérieux que son récit des aventures d'Osbernc Wulfgrimson, ou que la carte illustrée dont il Ta orné.
C'est de quoi les .socialistes anglais, en particulier, n'avaient point tardé à s'apercevoir; je me rappelle avec quel dédain ils me parlaient, il y a sept ou huit ans déjà, des Nouvelles de Nulle Part ^ le joli roman où Morris avait formulé son rêve d'un collectivisme idéal. Sous l'apôtre, sous l'organisateur de meetings^ sous le président des sociétés coopératives, ils flairaient le poète, ne voyant dans la doctrine de Karl Marx qu*un prétexte à de beaux rêves et à des manifestations amusantes. Et, s'ils se défiaient de lui,
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ROMANCIERS ANGLAIS lO.i
s'ils accoptaionl plus volontitM''i son arir«^iil i|ur ses conseils, ccn'rliul point, comme il le croyail, parce qu'ils le savaient riche, mais pane ({n'ils 1(^ soupçonnaient de ne point clierelier «lans le socialisme le même }::enre de plaisir et de prolit qu'eux. Ils y eliercliaient le pouvoir, ou la fortane, ou la renommée; et lui, il n'y cherchait que son amusement ^
Son socialisme était, d ailleurs, sincère, autant et plus que le leur. On le retrouvait dans tous ses actes et dans toutes ses paroles, dans ses lettres à ses amis, dans les prospectus de ses entreprises d'art décoratif.On le retrouve encore dans son roman posthume, et la partie politique, socioloji^ique, des aventures d'Osberne, n'est pas, à coup sûr, une des moindres singu- |
larités de ce singulier livre. Le baron (îodrick, au service duquel le jeune homme s'enga*?e pendant qu'il court le monde en quête d'Klfhilde) est en eiïet non seulement un justicier à la façon d'Eviradnus et des anciens chevaliers errants, mais le modèle parfait du démocrate-socialiste. [
il a la haine des rois, et l'un des points principaux i^
de son programme d'action est d'aider, dans les |
villes, les « guildes des métiers inférieurs » à secouer le joug de la bourgeoisie. Ce programme plaît fort au vaillant Osberne. qui pousse m^me Tégalitarisme plus loin encore que sir Godrick, puisqu'il ne veut accepter ni titres, ni dignités,
1 On pourra lire une étude sur le socialisme de W. Morris dans le Mouvement socialiste en Europe (1892, librairie Perrin).
■Si
lOè LE ROMAN CONTEMPORAIN A L^ÉTRANGER
ni mémo rion (|tii ressomblo h un pra<lo. Mais avant «IVitlVir son concours au baron jusIiciiT, il lui fait subir unr» sorte dVxamcn u\\ <rintorrogatoiro. «b>nt b^s résultats, du reste, le satisfont de tout point. Il demande, par exemple, à sir Ciodrick comment il est entré en possession de ses biens, et est ravi d'apprendre que ses biens se réduisent à fort peu de chose. Puis, la question du capitalisme ainsi réglée, il demande si les « guildes des métiers inférieurs » peuvent compter, quoi qu'il arrive, sur la protection du baron.
A cela encore ayant répondu, sir Godrick se rassit, et posa sa main sur son front, et sourit un peu, et dit; « Hé bien! jeune homme, as-tu encore, par hasard, une question à me poser? Car, pour un gaillard qui veut se mettre à mes gages, il me semble que riiumeur questionneuse ne te manque pas ! » — Et Osberne dit : — « Seigneur, ne vous fâchez pas ; mais il y a en effet encore une question que je voudrais vous poser. Et quant à mes gages, laissons cela; carde vous poser de telles questions, et d*y entendre faire de telles *éponses, cela est plus précieux pour moi que tous les gages au monde. Mais voici ma dernière question: cette Forêt Sans Maître, où vous m'avez dit que vous demeuriez, n'est-elle pas aussi un refuge de maraudeurs et de brigands? Et quelle est votre conduite à Tendroit de ces genslà? >>
Et sir Godrick, sans sortir de son calme, répondit : « Mon garçon, tu ne te trompes pas en supposant qu'il va dans celte forêt des hommes qui vivent en dérobant à autrui; mais sache qu'ils ne font que très peu de mal aux laboureurs et autres pauvres
<^ens. Kt, en vérité, la plupart Aa ceux qu'Us (lépouillrnl intTilrnt d'riro ainsi i!«'*ponillés, ayant acquis I<'ur bien «los pauvres <;ens, par fraude et mcnsonj^o, de toile sorte que e'est eux cpii devraient être appelés des voleurs, au moins autant que «-eux qui les volent. Mais cela ne nous empêche pas de surveiller ces derniers, et de les empocher de voler à leur aise. Quand nous les primons, nous leur olTrons le choix entre le bajjfne ou quelque dur service sous nos capitaines. Kt, s'il nous est prouvé que Tun d'eux a été cruel et impitoyable, force nous est bien de le pendre à un arbre. >»
Voilà comment William Morris entendait le socia4isme. Il Tappréciait, surtout, comme un moyen de se divertir de la banalité et de la laideur de son temps; et, de môme encore, c'est surtout par manière de divertissement qu'il a tenté d'introduire dans les arts décoratifs, dans l'ornementation extérieure et intérieure des maisons, dans le mobilier, dans Timprimerie, dans la reliure, de nouveaux procédés et des formes nouvelles. La seule dilférence est que ses confrères en socialisme se sont toujours méfiés de lui, tandis que tout le monde a pris au sérieux ses fantaisies industrielles, puisque c'est de lui que procède, en droite ligne, ce fameux « style anglais », qui a tant contribué, depuis quelques années, à embrouiller nos goûts en matière de décoration et à nous faire perdre le dernier reste des simples et fortes traditions anciennes. Ces meubles d'une élégance contournée et bizarre, ces tentures aux harmonies de
Ki;
106 LE ROMAN CONTEMPOKAIN A i/éTRANGER
tons imprrvno^.oos livres avoc dos titros imprinit's ilans los roins ih'< pafros, tout col a ri, à la fois pn'Ta|)li:i»'lih* ot nindcrno, ot qui a si vih^ fait do nous st'duin'. ot plus vite oncore do nous fatijiuor. jamais il n'a oté pour Morris qu'un simplo passo-tonips. à pou près comnio la carte A\i Smiflpring Flood. Le soûl malheur est qu'on ne Tait pas compris, et que, dans ce passe-temps d'un poète, on ait cru découvrir une révolution artistique.
Un grand enfant douldod'un poète de génie:
tel ne manquera pas d'apparaître, pour peu qu'on Totudie de près, ce soi-disant révolutionnaire. Et aussi bien est-ce, dès maintenant, son œuvre poétique qui lui survit le plus. On se lasse de ses meubles et de ses papiers peints ; on oublie le rùle politique ({uil a joué ; mais tous les jours on admire davantage son Parar/is tcrrrslrft^ le chef-d'œuvre do la poésie préraphaélite anglaise, et ces romans qui sont encore de vastes poèmes, les Racines des Montagnes^ la Maison des Wolftngs, les Souvelles de Nulle Part, L'enfant s'y retrouve sans cesse, à côté du poète; il gambade, il rit. il s arrête à cueillir toutes les fleurs du chemin; et jamais il ne chante que pour s amuser. Mais comme son chant est naïf et sonore ! Comme il plaît à entendre, et quel souvenir charmant il laisse après lui !
Parmi ces divertissements poétiques, the Sundering Flood va désormais prendre place. Avec sa carte amoureusement historiée, ses longs récits de batailles, sa naïve idylle et son socia-
'Jifl^ykit^XSs^j^
'*;>vvii^,*/-i-i^îJi
ftOMANClERS ANGLAIS
lisîTio, c'est, à coup srtr, uno «los iruvres les plius typiquos (le William Morris; i»l rien ny manquerait pour nous émouvoir si nous n*avions aujourd*iiui rhabilude d'exifror d'un roman ce que nousa|)pel(uis une portée plus haute, «jeslà-dire des allures plus graves et plus prétentieuses.
Mrs HUMPHRT WARD
Helheck of Bannisdale, IS08
Oiron imajçino uno jouno Anglaise dVsprit positifet dhiinuHir iinlôpondanle. a voc cola oleviie alisolument en dehors do toute religion, qu'on rimajrine tran>porl(^e soudain dans un milieu calliolique. C'est le cas de Miss Laura Founlain, rh«'*roïne du dernier roman de Mrs Ilumphry Ward. Fille d'un savant qui regardait le christianisme comme le grand « ennemi », et pour qui « tout homme qui prenait soin de son âme était ou un lâche ou un sot », elle se trouve recueillie, après la mort de son père, dans un vieux manoir du Westmoreland, Bannisdale, dont les maîtres ont toujours été de fervents « papistes ». Le maître actuel, Alan Helbeck, — dont le père de Laura a épousé la sœur, en secondes noces, — est un homme jeune encore, plein de vie et de santé, et un gentilhomme en toute façon; mais la traditionnelle piété de sa
.>^r^^^Xri:às^l^j£^.< ^\ r^ oi>',^ '.^i;k
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raro s't»sl «•ncorc, «lio/ lui, afliiiri* ol exa^çôm», S(Mis TonVl lie I (Mhiralioii (|u'il a nviic dans un (:()llr«;<» di* Ji*siiil(»s. |^t siùvl (|U(*I(|ti(*s-un(*s ih's |)arli('iilarit<'*s qui s'iiupost^nl Iv plus vivolueut h l'atlrniioii de la jeune lille, dès son arrivée dans re milieu nouveau.
Elle est frappée, d'abord, de laspccl misérable du manoir, avec ses murs nus, ses chambres sans meubles, ses porles et ses fenêtres dégarnies de leurs Unes boiseries.
Seule une peinture de Uomney, d'ailleurs merveilleusement belle, reste là pour évoquer le luxe d'aulrelois; cesl le purtniit d*une llelbeck du siècle passé, rarrière-grand'nière du jeune mysliiiue. Et Laura apprend que celui-ci s'apprête à vendre ce chef-d'œuvre pour subvenir aux frais dun orphelinat qu'il a fondé et qu'il entretient. Car u il vit sur sa maison comme d'autres sur leur capital, ou plutôt il convertit sa maison en aumônes ». Les boiseries, les meubles, les objets d'art, tout ce que contenait Bannisdale s'en est allé, afin que les orphelins catholiques de la région eussent une école dirigée par des religieuses. Comme le dit de son frère Mrs Fountain, la belle-mère de Laura, « ce sont les prêtres qui le mettent à sec ». Et Laura se rappelle à ce propos que déjà, quinze ans auparavant, quand Mrs Fountain s'est mariée, le mariage lui est apparu surtout comme un moyen d'échapper à la vie de privations où son frère la condamnait.
Klt-'^"??.:-..-^...,; ^ .>^£-:;...-' . ^..^-.^^^>Ji^»J.;:LÂ^Jiii;/i■^«;>»?5ii^^
C'i^st la vi(» qu'il inônc Uii-niomo, silencieux et >"mbn\ «»iitiiTi»mrnt absorbr par si»s devoirs rcliL'ieux. Il jeùiK* tout le temps ilu curôiue; il fait plusieurs milles, chaque matin, pour enti'Uilre la messe au village le plus proche; il s'épuise eu mortifications, « voulant par là dompter son corps, comme saint Paul »: et sur aucun point il ne s'écarte « de lu règle que lui a fixée son directeur de conscience ». V Imitation et les Exercices spirituels sont sa lecture préférée. «• Vile poussière, apprends à t'humilier sous les pieds des hommes, pour lamour de Jésus! » murnuire-t-il dévotement le soir de Tarrivée de Laura, et avant de se coucher il relit un vieux cahier de méditations où se trouvent des pensées telles que celle-ci : « L'homme doit tenir les créatures pour indifférentes en soi. Il ne doit pas subir leur influence, mais se servir d'elles pour sa tin propre, sa lin principale. — son unique fin, — qui est le salut de son ànie. »>
Le lendemain de son installation àBannisdale, Laura fait la connaissance du curé de laparoisse, labbé Bowles, « un gros homme, avec un visage tout rond, et deux mains potelées qu'il ne cesse pas de tenir croisées sur sa poitrine». L'abbé u Taborde avec une politesse balbutiante et un peu obséquieuse, lui posant une foule de questions inutiles sur son voyage et son arrivée ».Maisc'est seulement au déjeuner qu'il se montre tel qu'il est. II mange avec une avidité de paysan mai
XOMANCIEHS AMil.AIS
nourri ; ot « lu'iis(|uoin(Mil Laura h» voit se lever do sn (•h;uM\ courir vrrsia fouotn», a\er >a «*ervicUo à la uiain, fnnrcr «le loul sou cirur sur une uiouclir, qui bourdounail sans |KMiMM*àniaI fairo ». Il lue la niouclu», jelle sou cadavre par la fenêtre, puis, se rasseyant: « Je vous demande pardon, dit-il à Mrs Tountain, mais c'était une vilaine mouche. Je ne puis les souffrir. Elles me font toujours penser ù Béelzébub, qui était le prince des mouches. »> Ais-je hesoin d'ajouter (|ue ce prélre non seulement tue encore de nombreuses mouches dans la suite du roman, mais est en outre un niais et un hypocrite.^ H parle avec mépris des savants, qui refusent d'admettre les miracles de Lourdes. »< Deux médecins sont là, dit-il, (|ui contrôlent les guérisons! » Lit tout en montrant à Laura une « politesse obséquieuse », il Tespionne, la fait surveiller par ses paroissiens, travaille à hâter son départ.
C'esl, du reste un brave homme, « supérieur même à la plupart de ses confrères anglais ». Et Laura le préfère de beaucoup aux sœurs de l'orphelinat, dont elle fait la connaissance quelques joursaprès. « Fi ! quelles manières ! » s'écrie-t-elle après qu*Alan les lui a présentées. « Est-il donc iadispensable que tout catholique ait cette niioe écœurante et cafarde? » Et elle songe « avec un frémissement de colère que trois de ces femmes noires ont osé Tembrasser ! » Celles-là aussi sont des modèles de sottise et d'hypocrisie. Quand elles apprennent qu'Alan Helbeck veut
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112 LE ROMAN CONTEMPORAIN A l'ÉTRANGER
é|M»U!ii'r Lnura, il n'y a pas do rus(îs qu^^Ilos ii'(*iii{»loiriit pour Ton cnipùclM'r. Insiiuuilions p<»rli.|i's. «Ifiioiui.ilioiis, uirnsuni;('s, rien ne lenr coùl»'. L'nr «l'elh*- ilit, d'une voix plenranlc, à Mrs Tountain, cjuV'Ile « mi peut se défendre de penser à >aint IMiilippe «le N«h'i, qui a été attaqué par trciis diaMos près du Colisée, parce que Teuler était Jaloux du succès de son œuvre sainte parmi les jeunes gens de Konie ».
Unhasard permet à Laurade se rendre compte, une fois puur toutes, de l'éducation qu'elles donnent aux enfants de lorphelinat. Et, bien que la scène soit un peu longue, elle mérite, je crois, d'être citée en entier. Un jour donc, la jeune lille, rentrant d'une promenade, trouve la cour de Bannisdale toute remplie d'enfants : ce sont les orphelines qui sont venues pour une i«He; maintenant elles jouent sous les veux des so'urs. et Ilelbeck se fait un devoir de joutM* avec ♦'lU's. Laura a trop bon cœur pour ne pas se hâter de lui venir en aide dans cette corvée.
Et la voici courant, sautant, tournant avec les plus gaies des petites filles, tandis que ses cheveux d'or, dénoués, étincelaient au soleil. C'était à présent Helbeck qui la contemplait. Quel singulier mélange de grâce et de résolution dans tous ses mouvements ! Jusque dans le jeu, Miss Fountain était une personnalité !
« Soudain une des petites filles se mit à pâlir et à iraioer le pied ; Laura s'arrêta pour la regarder.
— Je ne puis plus courir ! dit Tenfant, d'un ton
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dol*^nL On m'a tin'* im os do la jamiu», Tanni*»* pass(''i». (iéh'iit une créaliiro d'a»<p.*rl m.ila<lif, rirîiiJi.nii* t't anéniirt», uhfrjiavo ronu'illio clans qnrlqnr nicllf» (!«.» Livcrponl. Lanra la prit dans ses bras, l'cniporla loin des aulrcs enfants, la fil assec»ir à l'onihro d'un arbre et s'assit près (rdle. I/enfant la dévisageait avec des yeux timides; puis tout à coup, s*enliardissant, elle passa un bras autour du cou de la gentille dame.
— Racontez-moi une histoire, maîtresse ! — supplia-t-elle.
Laura fut prise de court; elle avait oublié les contes de son enfance, n'ayant jamais eu do frère ni de sœur à qui les raconter à son tour, et d'ailleurs s'étant toujours souciée assez peu des enfants. Mais elle parvint, non sans peine, à tirer du fond de sa mémoire Thistoire de Cendriilon.
— Oh! oui, je connais cette histoire-là, dit Tenfant ; elle est charmante ! Maintenant c'est moi qui vais vous en raconter une.
Après quoi, d'une voix nassillarde cl monotone, comme si elle répétait une leçon, elle se mit à débiter quelque chose que Laura reconnut bientôt être la vie d'un saint. La jeune fille, dominant sa répugnance, s'efforça d'écouter le fastidieux récit jusqu'au moment où l'enfant dit, avec une onction pleine d'assurance :
— Et une fois le saint alla dans un hôpital pour voir les malades. Et, comme il recevait la confession d'un pauvre matelot, il découvrit que c'était son propre frère qu'il n'avait plus vu depuis très longtemps. Or le matelot était très malade, sur le point de mourir, et il avait été un méchant homme, et le nombre de ses mauvaises actions avait été grand. Mais le bon saint ne lui fit point connaître
tu LK ROMAN C0?ITEMP0RA1N A |/ÉTRAN(;f:R
qui il était. Il rentra diins son couvent cl dit à son siif»» ritiir i]u*il avait retrouvé son frère. VA le supérieur lui •]• f.'ndil ti aller n»voir son frère, parce que, lui dit-il. I)ieu prendrait soin de lui. Ht le saint en fut très aflHiré. et le démon le tenta cruellement. Mais il pria Dieu, et Dieu lui donna la force d'être obéissant. Et, bien des années plus tard, une pauvre femme vint voirie bon saint. Rlle lui dit qu'elle avait eu une vision, où la sainte Vierge lui était apparue, fît la sainte Vierge l'envoyait dire au saint que, pour le récompenser de ce qu'il avait été obéissant et n'était pas retourné auprès de son frère, elle avait prié Notre-Seigneurpouri'àme du pécheur mourant. Et celui-ci avait fait une bonne mort et était sauvé ; tout cela parce que le saint avait obéi aux ordres de son supérieur.
Laura se leva brusquement. L'enfant, qui s était attendue à un baiser accompagné d'une phrase pieuse, la considérait d'un air ébahi.
— N est-ce pas là une belle histoire ? — demandât-elle timidement.
— Non. Je ne l'aime pas du tout ! — dit Miss Fountain. — Je me demande qui a pu vous apprendre de telles histoires ?
L'enfant continua de la considérer un instant. Puis un voile soudain tomba sur la clarté de ses grands yeux de malade; son expression changea; elle prit la mine sournoise de l'animal aux aguets, et qui sent l'ennemi. Elle ne dit pas un mot de plus.
— La petite bigote ! songea Laura. Sont-ils donc comme cela dès le berceau ?
L'anecdote ne s'arrête pas là. Le soir, Laura rapporte à Helbeck « Thorrible histoire » que
ROMANCIEIIS ANGLAIS
lui a raconter! Konfant, et la rt^ponse qu'ellcnu^nie y a faile. Kl Ilcibeck, «l'onlinain* infiniment réservé, s'indigne et se fiielie, mais contre elle seulement. Le récit de Tenfant lui semble tout naturel. « Ost vous qui avez mal agi! ditil à la jeune agnostique. Vous avez jeté dans Tàme d un enfant les germes du doute et de la révolte! — C'est vrai, répond Laura; maison est le mal? — Ouest le mal? Demandez-le à votre conscience ! Que pensez-vous qu'un enfant, — une malheureuse petite condamnée à une vie d'obéissance, — que pensez-vous qu'elle ait à faire du doute et de la révolte? Le doute, pour elle, — pour nous tous, — c'est la souffrance! » Mais Laura ne l'entend pas ainsi. » Mon père m'a enseigné, au contraire, que c'était la vie, s'écrie-t-elle ; et je le crois ! »
Quoi qu*il en soit, au surplus, de ce problème de psychologie, chacune des journées que Laura Fountain passe à Bannisdale lui fournit une nouvelle occasion de connaître la vie et les mœurs catholiques. Tantôt c'est Mrs Fountain, sa belle-mère, qui lui parle d'une jeune fille du village qui va entrer au couvent. « Sa mère est morte l'année dernière ; elle a six frères et sœurs plus jeunes qu'elle, et son père dit qu'elle le tuera en devenant religieuse. » Mais ce ne sont point de tels scrupules qui peuvent agir sur une âme catholique : témoin le saint dont les enfants de l'orphelinat racontent l'histoire en échange de celle de Cendrillon ; témoin encore saint François Borgia, au sujet duquel Laura
m>î"Jii.k:.^Xîù^
115 LE I10MA> CONTEMPOHAIN A I. ÉTBANGER
souli»»nt avor I»» pioux Alan un «Irhal tlicolof^iquo Ih«'m ciiririix aiL^^.si.
— Je •»;*:•* ro f\\u' vous avez In co matin î lui dit la jeune lillf. Cr.»y«'/-vuu-; ijuc sj^int François H<n*j^ia ait été une personne ailmirahle?
— J'ai trouvé chez lui plus d'un exemple édiliant, répondit Ilelberk, du (on le plus ralme.
— Vraiment? Aimeriez-vous à lui ressembler sî vous le p«»uviezy Vous rappelez-vous comment, tandis que sa femme était très malade, et qu'il priait pour elle, il entendit une voix... Vous rappelez- vous cel i f
— Poursuivez! fit Helbeck sans s'émouvoir.
— Et la voix dit : « Si tu veux que ta femme vive, elle vivra : mais cela ne sera point profitable pour toi. Entendant ces paroles, il fut pénétré d'un tendre amour de Dieu et fondit en larmes. Il demanda alors à Dieu de faire suivant sa volonté, en ce qui touchait sa femme, ses enfants et lui-même. Puis il cessa de prier pour la malade. Et son état s'aggrava, et elle mourut, le laissant veuf à Tâge de trente-six ans. Après cela. — de grâce, ne m'interrompez pas ! — en l'espace de trois ans, il se débarrassa de ses huit enfants, dont quelques-uns, évidemment, devaient être encore en bas âge : il fit ses vœux, devint jésuite, et alla à Rome. Approuvez-vous tout cela ?
Et coQinie Helbeck ne se hâte pas de désapprouver, alléguant que, au temps de saint François, « Dieu pouvait appeler certains hommes à des tâches spéciales », la jeune fille lui pose la question suivante : « Mon père, lui dit-elle, était membre d'une Société d*Ethique, à Cambridge, où Ton discutait volontiers les
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roman<:if:rs anci.ais 117
prol>lèm<»s moraux; (|U(' |)cnso/-v()Usc|iril aurait dit «lo la couiluilt» do saiut Fran<:ois Hor«::ia? »> Li; |)ôro dt» Miss Founlaiu et ses collcguos de la SocicMé d*Klliique tlt* Cambridge n'eussont guôre aimé non plus un autre saint, qui parait également être tenu en gran«l honneur i\ Bannisdalc : saint Charles Horromée, dont Laura trouve un jour la T/r, grande ouverte, sur la table d'Alan Helbeck. Et voici le passage qui lui *
saule aux yeux : « Par un amour scrupuleux de la pureté, le saint ne parlait jamais à une femme qu'en présence d'une tierce personne ; t
et il n'exceptait pas même de cette règle sa pieuse tante, ni ses sœurs. » |
Mais du reste, et d'une façon générale, il n'y a rien h Bannisdale qui ne semblerait avoir été créé à dessein pour indigner et irriter les membres des Sociétés d'Ethique. Alan Helbeck, par exemple, avec sa haute intelligence et ses Sj
nobles sentiments, devient un niais et grossier ^
sectaire, l'égal du curé Bowles, dès que les {
affaires de sa foi sont en jeu. Laura Tentend, un soir, raconter qu'un missionnaire de ses amis, partant pour l'Afrique, s'est chargé de recueillir à son intention « tous les traits capables de discréditer ou de rendre ridicules les missionnaires anglicans délégués dans les mômes ' | régions ». Et il cite quelques-uns de ces traits, ; -S et il « en rit immodérément, lui qui ne riait pour ainsi dire jamais ». Et Laura découvre là (< un nouvel élément de son caractère, quelque
cliosr* tlo |M»til ci «le vilain, ('(»minc une place {►••firri«»à l'intiTitMir <riiii beau Iruil ».
Aiiln» •* j»lace pourrie >», dont la découverte no lui fait pas moins de peine. Klle apprend quWlan Helbeck a converti au catliolicisme un jeune paysan des environs, qui était venu peindre dans la chapelle de Hannisdale ; et non seulement ce jeune homme a quitté ses parents, qui comptaient sur son travail pour vivre : non seulement ses maîtres les Jésuites ne Tout pas laissé se rendre auprès de sa mère mourante, mais on lui a encore défendu de cultiver ses dons d'artiste, — car le jeune paysan était un peintre de génie; — et Helbeck, qui jadis avait découvert le premier sa vocation artistique, admet fort bien à présent de Vy voir renoncer.
La foi passe, pour lui, avant l'art comme avant toute chose ; Laura constate avec terreur ce monstrueux effet du catholicisme. Car elle sent qu'Alan est né pour jouir de la beauté ; il aurait été peintre ou poète si sa nature avait pu se développer librement; mais le malheureux est catholique, et il se détourne de toute beauté sensible, et il vend son Romney pour entretenir un orphelinat ! 11 songe bien, en vérité, à ne pas le vendre^ pour faire plaisir à Laura, dont il est follement amoureux ; mais, après avoir tenté de vendre plutôt un terrain, il s aperçoit que ce terrain va être acheté par des protestants, qui vont remployer à bâtir une église anglicane. Vendre le terrain, dans
nOMANCIRRS ANGLAIS il9
cos contliliruis, siM'ail romnn'llro un prcln' lrn|i loiinl ; el v'o>[ le Itoiiiiu^y i|in va clir/ le marcliaiid.
Mais on n*(Mi nnirail \n\> h vouloir cilor les diverses manifestations du calliolicisnie iju^observe, tour h leur, la jeune agnosti(|ue, durant son séjour au manoir de Bannisdale. Tout ce qu'elle y voit n'est (|uc cruauté et hypocrisie, lutte contre la nature et la vérité. C'est le catholicisme <|ui a dévasté la maison; c'est lui qui a semé, dans le pays, la haine et le désespoir; c'est lui qui a empêché Alan llelbeck d'être le parfait gentilhomme que ses instincts le destinaient à devenir. Le pauvre homme en est arrivé à ce degré d'hébétude qu'il place au-dessus de toute réalité « les quatre lins dernières de l'homme: la mort, le jugement, le ciel et Tenfer ». 11 fait mieux encore : il avoue à la jeune fille qu'il s'est trouvé lui-môme dans des circonstances pareilles à celles où se sont trouvés saint François Borgia et le saint anonyme donta parlé Torpheline. Ilaaiméunefemmequi, ^
pour lui, a manqué à ses devoirs de chrétienne ^
et d épouse ; et, au moment où, mourante, elle |
l'appelait, il s'est enfermé dans une cellule de j
couvent, afin d'obtenir du ciel qu'elle fût sauvée. |
Elle l'a été : une voix d'en haut le lui a appris ; f
et il n'a juré de n'être plus qu'à Dieu. Voilà ce qu'il raconte à Laura, sa bien-aimée, comme une preuve suprême de la toute-puissante beauté du |
catholicisme ! g
120 LE ROM\N CONTEMPORAIN A L^rTRANGER
Et Laura, par amour |)t)ur lui, ircsl [las oloit:in'*f «!•• ^L' <:<»iivi'rlir ;i sa Ini. l'^Ho roroiiiiaîl. (|iio l«* calli"liciMn«*est, de toutes les reli^ious, « celle» uù l'un rst !•' mieiix pour mourir ». Mais sans cJouti* elle n eu est pas tout à fait convaincue, puisqu'elle préfère se tuer, h la lin du roman, plutôt que de se c(»nvertir à la religion « où l'on est le mieux pour mourir.
Elle se lue parce qu'elle vient, une fois de plus, de s'apercevoir de la duperie de cette religion. Pendant qu'elle avouait à Alan son désir de se faire catholique, sa belle-mère, Mrs Fountain, est morte, dans une chambre voisine. « C'était elle qui avait achevé de me persuader. J'étais heureuse de penser que, puisqu'elle souhaitait si ardemment ma conversion, elle aurait la joie de l'apprendre avant de mourir. Et voici qu'elle est morte sans l'avoir apprise! Elle avait tant demandé à Dieu celte faveur, et Dieu ne la lui a pas accordée ! Il n'a pas consenti à la laisser vivre un moment de plus, pour être informée de la seule chose qui lui tenait au cœur ! C'est cela qui m'a frappée. Si elle avait vécu un moment de plus, j'aurais vu là un signe. Il ma été refusé. » Sur quoi la jeune fille court se nover dans la rivière voisine; et son suicide nous prouve, une dernière fois, que le catholicisme n'est point fait pour d'aussi nobles âmes.
Elle-même nous fait connaître, d'ailleurs, les sentiments qu'il lui inspire quand elle le juge de sang-froid, au lieu de se laisser aveugler par
ROMANCIERS AKGLAIH 121
sa passion pour Alan. «< l>ôs mainlonaiit, — (VriUf'lltMlc liaiiiiisilali* à iiiu' de S(*s ainirs, p(Mi do Ininps apit's son arriviW», — w qiio j'ai vu ici siiflil pour nie reiulre à jamais syinpalliiqucs \ii momie i}[\c, /H'chv. Eli! que ferions-nous sans Quxl L(i Ntoiff/ff, d ahord ! Il me semble Teniendre qui s'agile clmarche. pendant que les ^ens d'ici perdent leur temps à prier. C'est lui qui, en travaillant pour eux, leur permet de prier, et do le maudire, et de le dillamer. Et quant au y}(?rAr, y a-t-il sur terre une créature raisonnable pour qui ce mot ait un sens? Si vous ôtes avare, ou égoïste, ou paresseux, la nature ou votre voisin se chargent de vous en punir; la fois suivante, vous ôtes déjà moins mauvais, et par degrés vous arrivez à vous améliorer tout à fait. Mais quelle folie de dépenser la-dessus tant d'invectives et de lamentations! M. Ilelbeck, par exemple, pourquoi n'apprend-il pas plutôt la géologie? » Et dans la lettre qu'elle écrit avantd'aller se noyer, elle dit encore que « les prêtres }'
veulent lui arracher le fond de son âme, lui arracher tout ce qui est elle », et qu'elle sent qu'elle « ne se résoudra jamais aie leur laisser prendre ». Elle a beau aimer Alan, celui-ci a ^
beau lui promettre que, si elle l'épouse, jamais il ne fera un effort pour la convertir. Il est î'
catholique; c'est assez pour qu'à la vie avec ï
lui elle préfère la mort. ' 4
Après cela, c'est affaire à elle, et Ton peut I
même s'étonner que son séjour à Bannisdale ne |
lui ait pas inspiré pour le « papisme » des senti- |
i'2i LF. nôM\N CONTEMPORAIN A L'ÉTHANr.KR
iniMiN il»» r»''j»Miin;nïrr |>lii-i proroiuls encore. A 1 r\. ••|.li«.ii. .11 rlli't. f|r «niel»|ii<*s céi'éiiioiiies a>--/ |Mi''lii|ii»'^. i»II»' n y il rien vu tlnnlre c|ue ce <jii«* iiMii^ ii\«»ns >iLMialé. VAU* n*y a pas appris ii c«»nn.tilre «laiilres vies de saints que celles que nous avons dilfs; cl si elle va rencontré d'autres rtdii:ieu\ (|uo le curé Howlcs et les sieurs de l'orphelinat, personne, en tout cas, ne lui a fourni l'occasion de juger avec plus de faveur le cli*rj:é catholique. Ajoutons enfin que pas une l'ois l(.' catholicisme n'a contribué, sous ses yeux, ù ins[iirer une belle pensée ou une action généreuse: elle n'a pu l'apprécier que comme une source d'intolérance, d'égoïsme, etdc petitesse. Son cas est même, à ce point de vue, tout à fait curieux : cest le cas dune jeune fille qui, transporté»» soutiain dans un milieu catholique, a la malechance de n'y trouver qu'une caricature d'une religion inconnue pour elle.
Mais ce n'est pas ainsi que Ta entendu Mrs Humphry Ward. Ce n'est pas un cas singulier et exceptionnel qu'elle a voulu présenter à ses compatriotes, mais un fait d*une portée générale, un exemple de ce que sont aujourd'hui, en Angleterre, la vie et les mumrs catholiques, et de l'impression qu'en reçoit fatalement un spectateur désintéressé. Helbeck of Bannisdale
ROMANCIKRS ANGLAIS
est, pour ollo, un roinnn // fhfsr, cnitiino a rlr jinlis Hnhrrt Elsini*rt' ; <»l AIîiii llrllMM-k, ri h» ciuv Howlos, 1*1 l(»s sipurs <lo rorphcliiinl. Ions les porsonnajct's <l<)iv(»nt, clans son inlrnlimi.rln» (les //////»> an tan I ol |)lus qne il<»s in<livi<lns. Kilo nous lo ilonn(» arsozà srnlir, (ont au lon^closon récit, avec une insislanco son vont excessive»; ot Ton ne penl sVnipc^cher de pcnsc'r, nolanuuent, que 1 épisode de la petite orpheline aurait eu plus d'effet si Tauteur, dans son zèle antieatholique, n'avait par Irop néf^ligé de le ren<lre vraisemblable. Mais elle ne s'est occupéi» (|ne «le la tlièse à soutenir, de telle sorte que les divers épisodes de son récit ne lui sont apparus que comme des arguments.
Son objet a été de prouver que ralmospbère morale et intellectuelle du catbolicisnu»estabsolument irres|)irable, désormais, pour une àme supérieure. t< Laura, nous dit-elle, avait été élevée dans ce fort sentiment de la dignité moderne qui s'est substitué, aujourd'hui, à rabaissement et à Thumiliation de la foi religieuse. » Ailleurs elle met en scène un vieux professeur de (Cambridge, qui n'a d'autre rôle que d'exprimer la conclusion morale du roman entier. « L'humanité, — proclame ce sage, — a marché durant des siècles k Tombre de la doctrine de la Chute : mais désormais une conception opposée s'insinue, peu à peu, dans toutes les formes de la pensée européenne.
C'est la disparition du monde ancien, la naissance du monde nouveau. Les hommes d'à-pré-
12V LE Ri»MAN CONTEMPORAIN A l/ÉTRAN(iER
sent ont consci«?iico tluno «ligiiih* personne»! le qin' Irui^ [M.n*> no snnp<;onnaienl pas. Lit slatiirc spiiihu'll.' «le I Imninie civilisé s'est élevée. Nniis foiil«»n<,anjoijr«l"liui, une terre plus noble. Ce nesl plus en esclaves, mais en hommes libres, cpie nous entrons dans la maison de Dieu. » Et le roman porte en épigraphe cette citation latine :
MefU'i iltc. Acherontis.., Fuii'litwi hiUH'innm qui litam turbat ah imo.
Meitt^ Ac/ieroft/is, c'est la pensée des « quatre Tms dernières » troublant, dégradant, amiulaut la vie du noble Alan Ilelbcck; c'est la préoccupation du « salut de Tàme >:, détournant les saints des devoirs de ce monde; c'est la peur de Tenter engendrant, chez tous les hôtes de Baunisdale, un mélange de sottise et d'hypocrisie.
C'est là ce que Mrs Humphry Ward a voulu démontrer, et c'est ce que ses lecteurs anglais nont pu manquer de comprendre. « L'histoire de Laura Fountain va ouvrir bien des yeux à la tyrannie du papisme »>, lisons-nous dans la dernière livraison de la London Quarterly Review. Et le Christian World aflirme que, <* depuis les Lettres provinciales de Pascal, jamais un coup plus formidable n*a été porté à TEglise catholique ».
Mais le plus surprenant est que des catholiques se soient trouvés pour déclarer que cette thèse était appuyée sur d'eAxellents arguments.
- ii.i.i-i -é^î£s«t"^. '•-* ^ • .■ ..-fJ.-^-^ .Sr*.- ^: J-i ji's.' jJ«ih£î>.*âlL5Èii;
« Certes, écrit un rédacleur ilu Ttthlrf, — U» plus considéraMe des jniirnaiix t':illioli(|iirs an<;'hiis, — eerles, les eatlioliques m* saiiraienl se plaindre de la fa(;on dont Mrs lluinidiryWartl a représenté un champion do leur foi ; el, trun bout à l'autre, le livre témoij^ne d'une eoinpréhcnsion remarqua hle du calliolicisine. »
Voil?i, en vérité, qui est à peine croyable ! Ainsi Je catholicisme anglais est bien tel que Ta décrit Mrs Ward, et ce n'est pas seulenuMit à Bannisdale qu'on a cette étrange manière de le pratiquer! Ainsi l'usage est, chez les catholiques anglais, qu'un frère condamne sa sa»ur à une vie de privations pour subvenir aux dépenses d'un orphelinat ; qu'un mari demande à Dieu la mort de sa femme, et « se débarrasse de ses enfants » par-dessus le marché, qu'un fils refuse d'assister aux derniers moments de sa mère; qu'une fille fasse mourir son père en entrant au couvent contre sa volonté! Ainsi tous les prêtres catholiques ressemblent au curé Bowles, qui tue les mouches parce qu'il voit en i
elles « larmée de Beelzébub », et toutes les \
religieuses ressemblent à la sœur Angela, qui i
apprend aux pelites filles l'histoire d'un saint ;|
abandonnant son frère ! Et la bassesse, la stupidité, la mauvaise foi des catholiques de Bannis* dale, tout cela leur est commun avec la grande majorité de leurs coreligionnaires ! Et nous devons prendre au sérieux cette peinture d'un monde dont Mrs Humphry Ward nous fait
126 LK K^MAN OiNTKMPORAIN A L ÉTRANGER
savoir (\\i'\] osl o ompoisonin! par riiorrihlc «''iTMi^nio «h» la relii:i«»n » ! C'(»sl à quoi, pour noln» pari, in»us ne pouvons nous ivsouilro.
N«iu< rslinions quo Laura Fountain a raison de juL'or (•(»nuno (AU^ fait le calholicisme, d'après ce qu'i'lU' a l'occasion d*on voir à Bannisdale; mais aus>i bien n'en voit-elle là qu*une parodie, invf»nloe à plaisir pour nous indigner.
Une parodie : c'est le seul nom que nous puissions donner à cette soi-disant peinture d'un milieu catholique; et une parodie obtenue par des procédés que Mrs Humphry Ward aurait dû dédaigner, car ils ne font point songer à Pascal, mais plut«Jt à quelqu'un de ces casuistcs que les Leffrp.s prorincia/ps oui rendus immortels. Nous admettons volontiers, par exemple, qu'un prêtre ait la manie de tuer les mouches. Un auteur anglais. — un catholique, — nous apprend môme que jadis un évèque a eu cette manie. « Dès que le vénérable Milner entendait le bourdonnement d'une mouche, — lit-on dans une ancienne Vie de ce saint évoque, — il se levait de son siège, brandissait son mouchoir, et fonçait sur l'insecte avec une violence extrême. — La vilaine bète ! — s'écriait-il. Il chassait aux mouches môme dans la chapelle; et il avait coutume de dire que Beizébulh était le dieu des mouches. » L'écrivain catholique qui cite ce passage y voit une preuve de l'exactitude de la peinture de Mrs Humphry Ward ; mais la citation ne prouve-t-elle pas plutôt que Tau teurd7/^/AecA' of Bannisdale s'est bornée à c< démarquer » un extrait d'un vieux
^■iùéi^<&if^^fHMi^9e'iiiC)ê'i*-^ ^UÊS:Zi«.il^',
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livro, au lieu (rol)S4Tver «lirrrlcinoiil la ivalilc? VA no scnl-oii |»as('«* qtril y a «I»» iVicliriix à «Irlij;iin*r par dr IrU iuo\oii> iiii |»rr><Mniairi* <|iii (loil passer, (Misiiilo, pour l«' lypr«L»lnul li» rlrr^i» callioliquc anglais?
L'ox(MU(»hî dos rclifçiousrs rsl oncorc plus frappant. Mrs lluniphry Ward poul hiou avoir lu, dans une Vu* i/ps .sV/m/.v, Tanocdolt» du saint abandonnant son frère ; mais de quel droit nous affirmc-t-ellc* que ce sont «les Irails de ce };«»nre que les scrurs catholiques raconlent aux enfants? Et de quel droit nous donnc-t-ellc à entendre que toutes les vies des saints ne sont remplies que de traits de ce genre? Ignore-t-ellc qu'il y a eu d'autres saints, dont la vie est pour le moins aussi familière aux catholiques que celle de ceux-là; des saints pour qui le catholicisme a été une source de sentiments nobles et d'actions sublimes, saint Vincent de Paul, par exemple, pour ne point parler de saint François d'Assise? Va si quelques religieuses sont intolérantes^ inintelligentes, voire intrigantes et fausses, Mrs Humphry \Vard n'en connaît-elle pas qui puisent au contraire, dans leur religion, une charité, une douceur, une beauté morale que nul agnosticisme n'aurait pu leur donner? Ou, si elle connaît de telles religieuses, comment ne s'avise-t-elle pas d'en mettre une sur le chemin de Laura Fountain, ne serait-ce que pour faire contraste avec sœur Ângela et ses « cafardes » compagnes ? Mais elle n'a garde, étant d'avance résolue à nous dégoûter du catholicisme. Et il
K*'..' ' --A: l:-- ■ ..• . • ...• .... '.. :'v ■ • ,.: -- ^ ;:.--. ...-:- .. <-^....- '--::j : li:^><;a>^^aat^!iy&^iiti..'* .a^v
128 I.E HO>IAN Cf»NTEMrORAlN A l'éTRANGER
n'y a \»,i<, tl;m< tnul*» «a poinlun» dos iikimms • itli««li.jiii'>, mil' ««'nh» partir <»ù uo so n»lrouvtMit \''^ ni»'iiH- |»nMr'i|.<. Mlli' lums priiil l«» catlioli- «i-^mo, i"«»nimo na-iuTr nu do so-; oompalriolos nou> [M'iuiiait \r «:irarlrn' nissr, dans une» sôrio d'arlirl»*-? d(> la r^rfiiif/htlf/ lirrirtr, « Tous los Russes Sont mon tours w, disait cet ctlinograplio, et aussitôt il citait Toxemplc d'un Husse qui avait menti. ««Tous les Husscssont des voleurs »>, poursnivail-il, ol il reproduisait, en manière d'argument, un (»xlrait de la (Mftzotif» tlvs Tribunmi.r de Saint-Pétersbourg. Nous ifirons pas jusqu'à dire, à notre tour, que c'est là un mode de gôoéralisation commun à tous les écrivains anglais: mais Mrs Humphry Ward, du moins, en a fait un usage vraiment excessif.
Elle Ta fait au grand détriment de sa thèse, qui consiste à nous démontrer la supériorité de la « nouvelle »> foi sur V <« ancionno ». L'atmosphère morale et intellectuelle ilu catholicisme est-elle vraiment irrespirable pour une âme qui a M la conscience de sa dignité » ? La « stature spirituelle de la race humaine » a-t-ellc vraiment grandi ? Nos pieds « foulent-ils un sol plus noble » que celui où se sont attardées les générations précédentes ? Autant de questions qui méritent sans doute d*etre discutées : mais certes ce ne sont pas les mésaventures de Miss Laura Fountain qui peuvent, le moins du monde, leur servir de réponse. Et nous ne saurions trop regretter qu'au lieu des deux
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