‹ Écrivains étrangersChapitre 30 sur 41 · SU · texte numérisé non relu

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2'Ji m: r«im\> «.o.ntemporaiji \ l'étranger

(!••> aclittn*» ni «h»-^ [M*nsr(»s qui ne soit le contreriiii[» i|<> >'>!! «li'iirrainuunMix ! (Juan<i .loliii Sloriu <l<'-. lin», au -^Milirtlu c«»uvrul. que l arliou, ol non la (triiTt*. runvii'ut au disciple du ClirisL qiumd il lltMrit le luxe de< femmes vl la bassc^sse dos hommes, quand il cxcile la foule à déserlcr les eliampxlt* courses. M. Hall Caiue veul que nous y v.»yion«i autant de preuves de sa mission sainte, tout en ne nous eachant point que c'est sculom«*ut par désir dune femme que son héros s't*ntraine à a^rir comme il fait. Il y a là, en v«'Tité, quelque chose détrang*», pour ne pas dire d'un peu monstrueux, et Ton comprend qu'un grand nombre de critiques anglais s*en soient scandalisés.

L'auteur s'est bien chargé de leur repondre, dans une note qu'il a mise à la lin tic son livre. Après avoir afiirmé qu'il avait voulu «présenter une pensée sous les formes d'une histoire », il ajoute que son intention a été aussi de '< dépeindre les types des esprits et des caractères, des crovances et de la civilisation, des etTorts sociaux et des aspirations religieuses qui constituent la vie anglaise et américaine à la fin du xix* siècle. » Mais « une peinture » n'est pas une pensée ». et d'ailleurs ce roman ne saurait prétendre à être « une peinture ». ATexception d'une partie assez instructive, en effet, la description du couvent anglican où se réfugie le jeune homme, tout le roman n'est consacré qu'aux aventures des deux héros : les autres personnages ne sont que des comparses, à peine plus

ivels (1110 M. B..., M. (loT..., otios autres amants (le Manon l.cscant. Tout au plus pourra-t-on prondie (juclrpn^ plaisir au portrait du chanoine Wealthy, le priMuier chef hi(''rarchi(jU(Mle John Storm ; est encore n est-ce ({u'une caricature, manifestement imité(» de Dickens. Le vrai, le seul sujet du livre n'est point là; il est à nous raconter la vie d'un « chrétien », sa vie et sa mort, puisque aussi bien John Storm re(:oit, à la lin, la palme du martyre et qu'ôvt'^ques et ministres, enfantset saintesfemmes, prient à son chevet, sans compter Glory en Madeleine (?plorée ; et puisqu'un journaliste,«d'originejuive», s'écrie dans un Premier-Londres, le soir de sa mort : «« Que son sang retombe sur nous et nos descendants ! »

Est-ce donc que M. Hall Gaine est « d'origine juive », lui aussi, pour comprendre de celte façon l'esprit de l'Evangile? Ou bien n'a-t-il imaginé tout cet appareil de christianisme que pour donner plus de ressort, ou plus de poids, à l'histoire des amours d'une actrice et d'un clergyman? Il aurait, en ce cas, admirablement réussi, car son roman a obtenu, comme je l'ai î

dit, un succès extraordinaire. Dès avant qu'il eût paru, on ne parlait que de lui. Seize jours ont suffi, du 9 au 25 août, pour épuiser une édition de cinquante mille exemplaires. Et aujourd'hui encore, il n'y a pas un journal qui ne s'en occupe ; on « interviewe » à son sujet les prêtres de toutes confessions, les orateurs socialistes, M. Gladstone et le général Booth ; on cite

|f^ vrrit.ihlo> nom'* <l<» rhùpilal dont John Sl'irm a «'•!•• I jiimi«*nii»*r. du râlé -concert on il a r»*li'oii\«- «ilorv Unavlo. Kl los rovnos iiluslrccs iiMim ni'»ntnMit M. Hall Caine dcliout, en coslnmo i|i*cavali#M* ja<o|iilc. sur la terrasse du château ft'«Mlal di* (ileha. dan:* Tile <le Man : le château où il a écrit /^ C/trr(irn. avi»c une plume dont on ne manque point, d'ailleurs, de nous faire connaître la marque.

Lp ihr»^/ifn est incontestablement, en Anglet«Tre, le «' roman de Tannc^e ». El réminent critique. M. Andrew Lang, a beau inviter les lecteurs étranjrers à <» ne pas croire que ce .soit là un genre de littérature en honneur parmi les hommes d«' lettres anglais >•. C'est en tout cas, certainement, le genre de littérature que le public anglais préfère à tous les autres, pour les préoccupations religieuses qu'il y trouve ou s'imagine y trouver. Des citations de la Bible, des extraits de sermons, un ton général de solennité : il n'en faut pas davanlaige pour lui faire prendre au sérieux l'histoire la plus «temporelle ») qui soit, et pour la lui rendre amusante par-dessus le marché. Car le résumé 1^ qu'on a lu plus haut ne saurait donner une

\ idée de la gaucherie du roman de M. Hall

t Caine« de sa longueur et de sa monotonie, de

[: ses incessantes répétitions des mêmes scènes

dans les mêmes circonstances. Le livre est trop long de moitié, sans profit aucun. Il est plein d'erreurs et d'invraisemblances. On y lit que « Dieu a épargné Sodome en faveur de Loth ».

'éJÈuMMÔÊodix^rli^Wc ;•>.. ^>W»y*A8^'iilii/<â<ii^^

HOM.WCIEKS A.N(JL\IS 237

Glory, avec les iiisliiicts qiron lui coiinait, Iravnsc l(*s lliéàlres t*l les cafés-roiieerls, el jus- (juaux hougcs \os |ilus mal i'ainés de IKasI lliul, sans ternir une seule lois sa |uiret«'* do vierge, John Storm rompt ses vieux, se fait exclure ilu couvent où on Ta recueilli, et n'en reste pas moins, pour le supérieur et tous les Frères de ce couvent, un objet de tendresse et de vénéra- {

lion. Il a des aventures plus fantastiques que toutes celles du prince Rodolphe, dans /rs Mtjs- .

lèrcs (le Paris. VA le roman entier, d'ailleurs, |

semble une adaptation des procédés littéraires |

d'Euj;*ène Sue à la vieille histoire de Manon ^

Lescaut. Mais Tauteur affirme qu'il y a « incarné |

une pensée»; il déclare qu'il a « fait emploi, f

pour son livre des journaux intimes, lettres, ^

mémoires, discours et sermons de diverses pcr- |

sonnes, vivantes ou mortes ». Et les lecteurs |

anglais dévorent pieusement ces quatre cent soixante pages; et des journalistes se trouvent pour comparer le Chrétien aux nobles et pures méditations du cardinal Newman!

Non que M. Hall Gaine soit dépourvu de talent. Il a d'abord le talent de se faire valoir, en choisissant pour chacun de ses livres le genre et le ton le plus à la mode. Des sept romans qu'il a écrits jusqu'ici, aucun ne ressemble à l'autre ni par le sujet, ni par le style, mais tous sont également venus à leur heure, puisqu'il n'y en a pas un qui n'ait réussi. Et, si dans chacun d'eux les critiques ont relevé à peu

'23s LE ROMAN «,M>TI::>iPi.»KAIN A L KTRAMiKII

prt> l«»s iiirnit's il<t'aiit> i|iio je viens lU* sijjnaler «lan^ rin>l'»iïx' dr John Slorni, nni» ccrlaino dis- |>rn|»'»iii«»n cnlrr les xi^^ées el le résullal iinaL unr t'oniposilion Irop nionoUme avec trop de redite?, mais surtout quelque eliose d'allccté (»t qui >onni* un peu taux, ils n'ont pu sVmu pécher cependant «l'y reconnaître aussi de précieuses qualités. M. Hall Gaine ne sait pas composer un roman, mais il sait donner aux diverses scènes de ses romans, prises en particulier, un relief et un mouvement (|ui les font paraître vivantes. <>'est un art que. sans doute, il a appris à l'école de Dickens, car il n'v a rien chez lui dont on ne sente qu'il l'a appris quelque part ; mais il la bien appris, et plusieurs des épisodes de son Chntipn, par exemple, sont traités d*unc main vraiment très adroite. Et puis il sait écrire, ce qui n'est pas commun chez les romanciers de sa sorte. Dans les styles les plus différents, il se meut à Taise, avec une correction souvent élégante, rehaussant ainsi d'une pointe de littérature la vulgarité ou rinvraiserablance de ses inventions romanesques. Enfin il connaît riie de Man, et cela non plus n'est pas chose commune. 11 en connaît à la fois les paysages et les mœurs, Tapparence extérieure et 1 anie profonde. Les descriptions qull en fait, dans presque tous ses livres, sont pleines de couleur et de vérité ; là seulement on a Timpression qu'il est sincère et s'intéresse lui-même à ce qu'il nous dit. En touchant le sol de Tile de Man, c'est comme si ses personnages s'animaient

hOMANCIËRS ANGLAIS

d'une vie nouvelle; el ricii n'esl curieux, à ro point (le vue, ronnne île eoni|»arer les <'liarmanles leltr<'s écriles par •îltuv «luraul sou séjour au presbylère du révérend (Juayle av(»c celles quelle écrit tie Londres, maniérées et prélenlieuses, semées de mots d'auteur d'un goùl parfois douteux.

Mais toutes ces qualités ne suffisent pas à qui se mêle d'écrire un roman c/wé/ten. Kl je sais bien, après cela, que l'île de Man n'est pas une lie comme les autres, puis(pie les chats, par exemple, y naissent sans (jneue ; mais je ne puis m'empùclier de croire que le châtelain de Gleba lui a fait injure en la supposant capable de produire une aussi fâcheuse espèce de « chrétien» que celle de ce John Storm, mauvais prêtre et mauvais amant, profanant la foi qu'il prétend servir !

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