M. HALL GAINE
The Christian, a story^ 1807
Un matin de mai, il y a quelques années, deux personnes, un jeune homme et une jeune fille, s'embarquaient à Douglas, dans 1 ile de Man. sur le paquebot qui fait le trajet entre celte ile rt Liverpool. Le jeune homme, John Storm. était un prêtre de l'Eglise anglicane. Fils d'un lord, neveu du premier ministre d'Angleterre, il s'était senti, un beau jour, rirrésistible désir de suivre l'exemple du Christ, et de rappeler aux hommes ses divines leçons ; sur quoi, renonçant à sa fortune comme à tous les biens de la terre, il était entré dans les ordres. Après une dernière visite à son père, dans nie de Man, il s'en retournait maintenant à Londres, emmenant avec lui, pour être admise en qualité d'inGrmière dans l'hôpital dont il était aumônier, la petite-fille du révérend Quayle, pasteur du village qu'habitait sa famille.
Glory Quayle avait à peine vingt ans. « Elle
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ctait (le laillc plus haute (|ue ronlinaire, avec dos chcvrux «l'or. «*! d éuormos yeux jrris, les plus niaguili(|ues du monde. Sur l'un de ses yeux elle avait une lacluî brune, (|ui, au premier instant, pouvait faire croire qu'elle louchait, mais qui, dès Tinslant d après, lui donnait une expression de coquetterie, et finissait par animer son reganl d'un charme sinjjulier de fiévreuse passion. Mais de tous ses traits les plus frappants étaient ceux de la bouche, une bouche un peu trop grande pour être tout à fait belle, inquiétante plutôt et attirante à la fois, et toujours agitée d'un frémissement nerveux. Elle {: avait, en parlant, une voix profonde non sans % quelque rudesse, mais capable des nuances les ''^ plus délicates. Et Ion sentait dans tout ce qu'elle disait un fond de moquerie impétueuse et légère, et toujours elle semblait rire ou sourire, et cependant on voyait parfois des larmes dans ses veux. »
Son père avait été pasteur aussi, comme son grand-père. Mais, avant de partir pour le Gabon, [
où il était mort glorieusement au service du Christ, il s'était marié avec une femme de chambre française, la fille d'une actrice ; et bien que Glory n'eût presque pas connu sa mère, c'était d'elle sans doute qu'elle avait hérité cette humeur mobile, cette sensualité, cet appétit de plaisir et de luxe dont n'avaient pu la guérir ni la simplicité de sa vie au presbytère du révérend Quayle, ni la pieuse éducation qu'elle y avait reçue. A dix ans, elle courait
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sur les routt*^, coiiJuis«iiit une troupo de petits LMrroii'». A «l«»ii/i' ans. i»lle avait eu smi premier amour. Kl h* ^ «''tait rprist* «lu jeune Sloriii. U* iils «lu l«»ril. «|u *'ll«* avait vu passer «levant elle en tenue de chasse. Puis John Storni avait quitté lile, et l'année suivante Ulorv avait donné son cœur à un enfant de son âge, nn fils de lord aussi, Francis Drake; trois jours lui avaient suffi pour faire sa conquête. Mais, au plus fort de sa nouvelle passion, elle avait revu John Storm, et c'était celui-ci qui, à son tour, s'était épris d'elle. De longs étés durant, il avait été son compagnon de jeu\ et de promenades, son professeur, son confident et son frère aîné.
Déjà l'enfant se croyait sûre de Favoir tout à elle, déjà elle se voyait en rêve installée avec lui au manoir, et reine du pays, quand uu matin il était venu lui annoncer qu'il s'était brouillé avec son père, qu'il avait renoncé à sa fortune, et qu'il était sur le point de se faire pasteur. Terrible avait été sa désillusion, si terrible que le séjour de la maison familiale lui était, du même coup, devenu odieux. C'était sur sa demande que John Storm lui avait procuré un emploi d'infirmière ; et maintenant elle partait pour Londres, la tête pleine de folles images, tandis que le jeune homme, l'adorant toujours, se réjouissait à la pensée de l'avoir si près de lui, pour le soutenir dans sa lutte contre les pouvoirs de Satan.
A Londres, Glory ne tarda pas à se dégoûter de son hôpital. Elle fit connaissance d'une de
IU)MANCI£RS AMif.AIS
SOS collè^nios (|iii avait un amant; et, dès son proniitT jour de conp», John Storni l'aper(;nl, dans Saint-JanirsV Slroct, rn compagnie d'un couple aux manières plus (jue libres. II en fut si exaspéré qu'il écrivit le lendemain h son oncle le premier ministre : « Oh ! celle maudite ville de Londres, avec sa société pourrie, son clergé sans foi, son art, sa lillérature, son luxe, son oisiveté, tout cela fondé sur le labeur du pays, et pétri de la sueur de milliers do pauvres ! Oh! cette Circé des villes, attirant à elle le meilleur de la race, le corrompant, le dupant, pour le changer enfin en un troupeau de porcs! » Et ce fut bien pis encore le mardi suivant, lorsque, après le bal annuel des infirmières de Londres, Slorm vit Glory elle-même au bras d'un jeune homme. Elle avait retrouvé, à ce bal, un vieil ami de Tîle de Man, ce Francis Drake avec qui, jadis, elle avait joué à l'amour. Il avait causé avec elle, lui avait offert de la reconduire dans sa voiture; et dans sa voiture il lui avait donné un baiser, dont elle restait encore toute confondue. Mais, en apercevant JohnStorm, debout devant la porte de Thôpital, elle avait ressaisi sa présence d'esprit.
Ah! voici M. Storm! — s'était-elle écriée. — M.[Storin, je vous présente M. Drake, qui a demeure dans nie de Man, vous vous rappelez !...
— Je ne me rappelle pas! dit le prêtre. — Et làdessus il leur tourna le dos, boutonna jusqu'au cou sa longue redingote, et reprit son chemin le long
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(ilory. t'('|H'iiilaiii, coiiliiiuail à s'initier aux [daisirs de Londres. En compagnie do Drake, elli* allait au théâtre, soupait avec le jeune homme au restaurant ou chez lui; et sans cesse John Storm, exaspéré, mettait plus damertume à sa haine du monde. Le dimanche qui avait suivi le hal, il avait fait, en chaire, un sermon d'une telle violence, si ph^in d'invectives et d'imprécations que tout son auditoire s'en était révolté. Une autre fois, après avoir eu encore avec la jeune (ille un entretien des plus orageux, et Tavoir presque battue dans sa pieuse fureur, il s'en était pris à son chef hiérarchique, le gros chanoine Wcalthy, lui avait éloquemmcnt reproché son inditférence, son égoisme. l'infamie de ses compromissions. Et comme Glory persistait à lui tenir tôte, sa misanthropie et son mysticisme n'avaient plus connu de limites. Renonçant à ses projets de prédication f»opulaire, abandonnant la lutte à peine entamée, il était allé s'enterrer dans une sorte de Trappe, fondée, au cœur même de Londres, par quelques saints pasteurs de l'Eglise anglicane.
Il y resta six mois, abimé dans la prière et les macérations; mais le souvenir de Glory le poursuivait jour et nuit. C'est pour avoir de ses nouvelles que, certain soir, il encouragea, aida le Frère Paul à s'échapper du couvent ; et quand
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In Frèro Paul lui out appris, le lendemain, qu'elle avait (|uilté l'liù|Hlal, il lu* connut point d(» repos (|u'il ne TeiU rejiûnle. Dans la cellule où, volonlairemenl, il s'était fait murer, il entendait sa voix grave et caressante, il frémissait de Téclat de ses yeux. Il découvrit enfin que la vie monastique était contraire à Tidéal du Christ, que le vrai devoir du chrétien était d'agir, non de prier. Et il sortit du couvent, pour recommencer à « agir ».
Sa première action fut d'entrer, le soir, dans un café-concert, et d'y entendre Glory, Tétoile du lieu. Le lendemain, il se rendait chez elle, et c'était pour la jeune fille comme si un grand poids lui fût tombé du cœur; car elle Taimait aussi, et pas un instant depuis leur séparation l
elle n'avait cessé de penser à lui. Us convinrent .|
d aller, le lendemain, passer toute la journée |
ensemble à la campagne. Us déjeunèrent au bord de l'eau, cueillirent des fleurs, évoquèrent tendrement des souvenirs d'autrefois ; et longtemps John Storm, la voyant si heureuse, hésita à lui parler de ce qu'il avait à lui dire. 11 le lui dit enfin; mais la jeune fille refusa de l'entendre.
— John Storm, lui répondit-elle, comment ne comprenez-vous pas que je ne suis point pareille au reste des femmes ? J*ai l'impression d'être double, d'avoir deux âmes en moi. Au sortir de l'hôpital, j'ai eu beaucoup à souffrir ; mais, même aux pires moments, je n'ai pu m'empècher de prendre plaisir à la vie. Des choses me sont arrivées qui m'ont fait pleurer ;
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mais il y avait un autre ///oi (|ut riait, même alors. Maintriiant fncor»', cv n'i'sl pas mni (|ui mène la vie <jii»' vous me repruelicz : ce n'est i|ue mon second tnoù mon ffioi inférieur, si vous voulez. Le fond de mon àme n'en est pas atteint, l^ourquoi donc, à rtieure où toute la ville a les yeux sur moi, où le monde est pour moi plein de sourires, plein de soleil, à l'heure où je suis heureuse, poun|uoi venez-vous, > — et Dieu sait cependant combien vous me man-
f, quiez! — pourquoi sortez-vous du tombeau pour
m'invitera tout abandonner?
Mais l'inlluoncc du pasteur, jointe à toute sorte de déboires cl de contrariétés, finit par inspirer à la jeune Tille le dégoût de son nouveau métier. Elle» s'enfuit de Londres, revint auprès de son grand-père ; et John Storm, le cœur plus à l'aise, put s'occuper sérieusement de convertir le monde. Dans un des quartiers les plu? misérables de la ville, il loua une vieille chapelle abandonnée, en fit un temple, y annexa une école et un hôpital, et commença une série de prédications qui ne tardèrent pas à le rendre fameux. Déjà il songeait à associer Glory à son œuvre, lorsqu'il reçut d'elle une lettre lui annonçant qu'elle était revenue à Londres, où un directeur de théâtre lui avait offert le rôle de Juliette. Quelques jours après, il se présentait de nouveau chez elle : il la trouva entourée de jeunes viveurs, brillante et gaie, toute au bonheur d avoir retrouvé la seule existence qui lui convenait ; et il la quitta, la f^^^: haine dans Tâmc, mais pour revenir près d'elle
^if^fygggi^i
ROMANriKHS ANGLAIS
îiu promior sijrnt*, ol \ti sommor encore de se
coiivcMlir.
(]*osi tians celle seconde enirevne qu'il lui avoua (|u*il l'aimait. Elle en fui d'abord interdite, ne sacliani si elle devait se réjouir ou pleurer: mais, le lentlemain, elle vint le trouver dans sa sacrislie, au moment où il sortait de preclicr,et elle lui dit alors qu'elle Taimait aussi. « Avec un cride joie il s'élança vers elle, l'étrcignit dans ses bras, lui couvrit de baisers les mains et le visage. » Ils se jurèrent d'ôtrc pour toujours, désornuûs, l'un à l'autre.
Mais Cîlory s'était trompée ; son amour pour John Storm n'avait pasdélruit à jamais cet autre ?/*/>/ qu'elle avait en elle. « Mon ami, lui écrivait-elle (juebiues jours plus tard, c'est plus fort que moi, je ne peux pas ! Londres m'attire, me relient: son charme ne tarderait pas à me reprendre à vous! » Et voilà John Storm renonçant une fois encore à sa propagande chrétienne, le voilà obtenant de son évoque la permission de quitter Londres pour remplacer le P. Damien auprès des lépreux des Iles du Sud. Mais Glory, en (in de compte, n'admet pas non plus la possibilité de vivre avec lui dans les Iles du Sud. Trois fois, pour lui complaire, il change ses projets; trois fois elle parait disposée à le suivre; mais, au moment de partir, le courage lui manque ; et c'est elle-même qui, enfin, dans sa troisième lettre, le supplie de ne plus penser à elle, de vivre sa vie, et de lui laisser vivre la sienne.
230 LE ROMAN CONTEMPOKAIN A l'ÉTRAXGER
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Ai-jo li('>oin do dire que celte Icllro (Mit aussilùl jM.iir ellVt une «•volution nouvelle dans la carrièn* apost«»li<jur du jeune « chrétien » ? Au lioude llétrir le monde du haut de hi chaire, ce fut désormais en pleine rue qu'il l'attaqua, prêchant dans les carrefours la lutlc sainte contre les puissants el les riches, ameutant la foule, parcourant Londres et toute l'Angleterre à la tête d'une troupe de gueux fanatiqu(»s. Le jour du Herby, il s elail posté sur la route d'Epsom, et sommait les parieurs de rentrer chez eux, lorsqu'il aperçut, dans une élégante voiture qu'elle conduisait elle-même, (ilory, sa bien-aimée. en compagnie de Francis Drake et d'autres lions à la mode. Il comprit aussitôt que son devoir était de tuer cette femme, pour la délivrer des souillures charnelles et rendre son âme à Dieu avant qu'elle fut à jamais perdue.
<* Elle était en péril, aux portes de l'enfer. C'était k lui de la sauver. Kt mieux valait une vie finie qu'une vie dégradée, avec une àmc détruite! » Le texte était formel : « Livrcz-leaux serviteurs du Seigneur pour la destruction de la chair, afin que l'esprit puisse être racheté au jour du Jugement ! >»
Cette nuit-là, quand Glory rentra dans sa chambre après le souper, elle vit John Storm qui Tattendait. Sans l'approcher, sans lever les yeux sur elle, il l'invita à faire ses prières. Elle devina qu'il venait pour la tuer: et, comme toute résistance aurait été inutile, après le premier moment de terreur, elle se jeta dans ses bras.
>iiêfti<iiimÊûm.
iSàti.
lUOIA.NCIEHS ANr.r.\IS '2'M
if Jt» vous aiiDo 1 N'rMTi;»-l-('ll(\ jo no puis vivn; sans v(Mis ! <i'r^l Diru ipii MMit <|U(* iinu< nous «limions. uKil^n'i' li'> liarrirn'-. i|ui nou> sr'pannl ! Vous IIP pouvr/ riMUMU'or à mAvo \'u\ .IuIiu. ni moi h la mienne ; mais nosroMirs no tonl quun seul cœur! » Surquoi(*llc lecouvril »le lemlros baisers. « VA ]\)n entendit un ^rand cri, pareil h celui d'un homme qui tombe dans un gouffre. Et John Storni 1 etreijrnit avee passion, et il sentit que sa chevelure d^l'Miouée lui caressait la joue. » ■'■
En sorlantdechez (ilorv, le lendemain malin, le malheureux se rendit au bureau de police et se constitua prisonnier; on le recherchail. en ^
effet, depuis la veille, comme Tinsligateur d'une >
émeute qui sV^lait produite ilans Londres. Il .;
éprouvait un mélange de honte et d'anfjoisse, mais bien à tort; car, en devenant Tamant de :
(ilorv, il l'avait enlin tout àfait convertie. Désormais la jeune actrice n'avait plus aucun goût pour la vie de Londres; elle refusa même la main de Drake, et le titre de /af/f/ qui s'y trouvait alla- Il
ché; renonçant au monde, elle vint reprendre J
son ancien métier d'infirmière, dans l'hOqiital t
fondé par John Storm. Et, dès les premiers jours qu'elle y était, elle y vit apporter le prêtre luimême, mortellement blessé dans une bagarre au sortir de la prison. Elle fut unie ii lui par le sacrement du mariage. « — Je regrette, lui dit-il, d'avoir à m'en aller avant vous, Glory ! — Elle secoua la tète pour empêcher ses larmes de couler, et répondit gaîment : « — Non, c'est
4,trft>/»->î»i*«:Â''.-»>» -'s.V^-v..--k..:,- - *
212 LF nOM\N CONTEMPORAIN A i/kTRANC.ER
l»ien ainsi que les rlii)ses dovaionl se passer. J'ai Im-^mIfi «1*1111 |n*Mt rr\\\{ pour n»pensor un pi'U à tout c»*Ia, v.»yr/-vt)n<; <»l ensuite... ensuite j'irai vmi^ n'joinilre. comme on s'entlort l'un après l'autre, le >oir. sur le mrme oreiller! « Kt John Plorm, laissant retomber sa tète avec un granJ soupir, lui dit : « Le Seigneur, en tout cas, macconlc là une lin heureuse. »
Tel est. aussi exactement qu'il ma été possible (le le rrsumer. le sujrl principal d'un grand roman de M. Hall Caine, A* C/i/r/im^ qui vient dt* paraître à Londres avec un succès extraordinaire. Kt je ne sais si je ne me trompe, mais il me sembb» que c'est un sujet qui a été traité déjà, plus d'une fois, avant M. Hall Cainc, mais une fois surtout, au siècle passé, dans un petit roman français dt' quelque renom. L'héroïne, en particulier, celte t'ilory si légère et cependant si tendre, souriante avec des larmes dans les yeux, partagée entre son amour pour John Storm et sa soif des plaisirs galants, n'est-ce pas elle qui. sous le nom de Manon Lescaut a séduit et ému tant de générations? N'y a-t-il pas jusqu'à sa visite à la sacristie du jeune prêtre qui ne rappelle une visite semblable faite autrefois à Saint-Sulpice, après un sermon d où l'abbé des Grieux sortait « couvert de gloire et chargé de compliments » ? Et encore n'ai-je pas pu, dans mon analyse, noter vingt petits traits d'une ressemblance plus directe, des détails de paroles et d'attitudes, des nuances de sentiment
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qui acliovont d'appnronlor fîlory 0"î*yl<^ à l'inouMialile p^'cImtosso de raMx» IVôvosl; co serait h iToiro, on forçant un p(Mi los ilatos, que u l'actric(» française» », dont M. Ilall Caiin» a fait raïonlc do son lioroïne, s*ap|>olait Manon, et n'était « actrice »» que par manière de parler. l
Mais si M. Hall Cainc se trouve, de la sorte, avoir recommencé Manon Lescaut, — en quatre cent soixante pages d'une impression très serrée, — la clios<» semble s'être produite en dépit de lui; car ce n'est point Manon, mais un livre d'un tout autre genre, qu'il s'est expressément pro- ^
posé pour modèle. Son intention a été d'imiter 5j
les saints Kvangilcs, et de nous offrir l'image |
d'une àme vraiment « chrétienne ». Lo- Cln^rfien, c'est le titre qu'il a donné au roman. Son John Storm est le « chrétien » tel qu'il le conçoit ; à chaque page de son livre, il nous le fait entendre. Ne va-t-il pas jusqu'à lui attribuer le ?
don des miracles? Et ne nous montre-t-il pas, i
dans une scène d'ailleurs tout à fait étonnante, |
les princes des prêtres de l'Eglise anglicane |
venant demander au ministre la suppression de |
John Storm, u attendu que mieux vaut qu'un seul homme disparaisse, si par là toute l'Eglise et tout le peuple doivent être sauvés»?
Oui, c'est le plus sérieusement du monde qu'il a prétendu incarner l'idéal chrétien dans la figure de ce pasteur exalté et érotomane, qui passe en effet par les phases les plus diverses de la vie religieuse, depuis le mysticisme jusqu'au socialisme évangélique, mais dont il n'y a pas une