‹ Écrivains étrangersChapitre 33 sur 41 · I.t. MOM\.\ r.oNTKMPMHAIN A L KTit \M.i:i · texte numérisé non relu

I.t. MOM\.\ r.oNTKMPMHAIN A L KTit \M.i:i

iiit'rvi'ilIriiM*^ il iinrait pu cliant(*r ! >• Kt vcnlà «pu* ri'iitaiit. à jH'iiv» sortir tU* tahh». i::riiii|K» ^iir iifi»* rollin<* il<>ininaiit la \ill<*: dit* s'rlrnd parmi 1»'^ lltMir»». l'onloniplf* \r ci(»l, el ponso |i»n}il«-nipr>, lonjitcmps, à ce quVst dtnoiuie I âmo «l«» Un rori. Le dimanclio suivant, son pèn» prrnil la morl «lu porte pour thème «le» son sermon. Il (Irplore que des dons aussi précieux >oirnl reslrs slrrilos, faule de s'elre employés 51 une uMivre diurne d'eux. Il exalte Théroïsme, proflanir la nrc«*ssilé des ji:rands hommes, >'t''lrn«l sur Ir rùlr providentiel qu'ils ont mis- >ion dr remplir. Sa lille l'éconte; elle l>oit ses parolfs : rt Ir lendemain, tandis <|irelle lit les Srnnoii< ilr T<q»lady, elle sonpe au sort bienheurrux «le c«*s hommes qui peuvent ajrir, translormi'r le mon«h'dun élan de leureirur^

A trfi/«* ans, aprt's avoir appris le latin pour lire Virgile et Tacite, elle écrit une tragédie

^ « .M«>n pi-re. nous rvi'nlc M"* Itcccher Slowe. avait aussi l\ plus vive adiiiir<'iti<.'n pour Napoléon. 11 aimait à dire (|uc cVtait un hérus. et ipjon devait regretter qu'il eût fini par cchMuer. <^»uand vn lui ««bjectait le caractère de Napoléon, s<*n ambition, son man<{ue de scnipiiles, etc., il répondait en c»»mparant ces défauts â «'eux des lîourbons, qui avaient remplacé le héros sur le trône de France : « Des âmes non moins corrompues, et, en outre, nulle valeur personnelle! » 11 disait que l'autorité d'un méchant hardi et intelligent valait mieux que celle d'un méchant faible et stupide. L'article du D' Channing sur Napoléon le révoltait. « Pourquoi s'évertuer à appliquer à Napoléon les règles strictes de la perfection chrétienne, nous répétait-il. tandis qu'on ne s'avise jamais de les appliquer à aucun autre souverain, général, ou homme d'Etat d'à présent? f

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ROMA.VCIKHS A>T.|.\IS 253

romnino on vors, C/ro/t, dont M™' Fiohis nous lionne, (i!n'l(|nrs fni^nuMils liirn nirionx. l ii sonl'llr Ion! sloïcion s'y fail jonr. sous lu «:anrheric» do la Jornu». Un sont ^u*» la jouncî lillo osl ploino do son suj(»l, (juVIlo sinilijçno do lonlo son àmo contre la crnaulô tU* Nôron, ri qno c'osl ello-mômo qui, par la bouche de Cloon, proclame devant reniperour Turdour de sa foi.

Aussi I)ion ne tarde-t-olle pas à trouver nne occasion de faire, pour son propre compte, une proclamation du nu^mcffcnre. Un dimanche dote, elle croil ent(Midre la voix du Christ, qui lui demande de venir à lui. Klle courtdans la chambre de son pèn», se jette dans ses bras, et lui dit: « Père, je me suis donnée h Jésus, et il m'a prise ! »

Mais ce don d'elle-même ne lui suffit pas. Elle a besoin d'agir, et l'inaction où elle se voit condamnée va jusqu'à lui oter le courage de vivre. « Je ne me sens d'aptitude pour rien, écrit-elle h sa sœur en 1827, et je me désole de n\>tre pas morte dans mon enfance, au lieu de vivre, comme je le fais, pour Olre h charge à moimême et aux autres. Vous ne sauriez imaginer combien je souffre, par instants, à me trouver si faible, si inutile, si dépourvue de toute énergie. Je passe mes nuits sans dormir; je ne cesse de pleurer et de me lamenter. »

C'est vers le même temps qu'elle écrit dans son journal, après une lecture de Corinne et d'une biographie de M"*" de Staël : « Bien des

p.irti«'> *\n roman. I»i«»n ilos parties du caractère »!•• M"''!»* Sl.h'l mo -ionf allrosau cirur. Mais, en Arii»'*ri«ju«*. tU*^ 'ienlinienlsanlenls ri absorlmnls «Mninit^rfiix-là i|r*vicnnenl «Miron» plus profonds, pluf; pa^^itmnés e( plus maludils, par snile dr laronstante rt'^^iTve extérieure cpie nous imposent le-i formes plus ri«:ides de notre vie sociale. Ne p'»uvant s'épancher au «lehors, ces sentiments hrùlent à l'intérieur jusqu'à consumer toute l'âme. nV laissant après eux que de la pous- ^ién'Ctdes cendres. Kt tel me parait avoir été le résultat de l'intensité excessive avec laquelle mon esprit a toujours pensé et senti, sur tous IfS suj«»ls qui S(» sont présentés à lui. Cette tiamme intr*rieure a lini par tout dévorer en moi, ft ainsi, jeune enfon», jo nu» trouve incapable de prentire part à aucun des sentiments de mon ài:e. Toutes les formes de l'enlhousiasme, — qu'il <o soit ajri de la nature, ou de Fart, ou de la ndigion, ou des émotions du cœur, — je les ai toute? éprouvées avec une force si ardente et si absorbante que mon Ame en est désormais absolument épuisée. »»

Mais la jeune tille se trompait; la flamme qui brûlait en elle n'était pas près de s'éteindre, (lest elle qui la poussait, les années suivantes, à fonder des écoles mof/cles^ à envoyer des nouvelles aux revues et des articles aux journaux, à se constituer la conseillère de ses amies, de ses frères, et de son père lui-môme. « Vous me dites 'que vos inspirations littéraires ont failli être un piège pour vous, écrit-elle à son frère

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A-«tfjàSi«^'»j)iàS

ROMANCrKBS ANCLAIS 255

ICdouanI en lS2î):oui, moi aussi, jîii «m la nirnir i

impression. I!l jo no puisjanïiiis pensn* sans ili»s ;

larmi^s d'intlii^nalion (|no t<Mit i'o (|ui est hcan, ;

ri aimalilo. ol |»urli(juo, clans 1rs iruvrrs Ao l'arl, J il étr otîerl cmi liommat::^ îi daulivs autels qu à

celui du Chrisl. Oh! n*}' aura-l-il iUmc jamais !

un poète, au eieur élargi et purilié par IKs- | prit-Saint, <|ui veuille employer à des sujets dignes de e(*s ornements toutes les grâces de

riuirmonie, tous les enchantements de rémolion, de rélo(|uence, de la poési(»?Mais pour ce qui est de moi, peu m'importe à quel service le Seigneur me réserve. Je sens du moins (|u'il compte sur moi, et je ne veux pas que ma vie reste sans emploi. Tout ce qu'il m'a donné de talent, je le mettrai à ses pieds, trop heureuse s'il daigne en accepter rhommage. Il saura hien doubler mon pouvoir, me donner la force qu'il donne à ses ouvriers ! »

Je ne serais pas surpris que le mariage d'Henriette Beecher n'eût été encore qu'un elTet de son besoin d'agir et de se dévouer. Deux ans durant, elle s'était ingéniée à distraire, à consoler, |;

h rappeler à la vie un jeune érudit ami de son «j

pcre, le professeur Stowe, à le tirer du désespoir où l'avait plongé la mort de sa femme. Et quand, après ces deux ans, elle consentit à prendre auprès de lui la place de la morte, qui avait été son intime amie, peut-ôtre y fut-elle amenée moins par l'amour que par la compassion, par l'espoir de rendre ainsi au malheureux savant l'énergie et l'activité que son chagrin lui

LE ROMAN .OMKMPORAIN \ L KTRANCER

:i\n\ «•nl»*vt''r>. Elh» attrndait hoininuip <li» lui. If rfiViiit ap|K*l«'- à |»rni|iiiiv «le ^raiulrs rimsrs. A |'«'iiir riiarii'f. t^llr |t> i|(*trrmiiia à partii' |Miur rrjir«»|»f. ..Il r||.» voulait qu'il éludiàl r<n-i;auisati'.u ilo uiiixcr-iili'*^ : t*t sans cossi* elle lui proiliiiiail lt- coH'^.'ils, l«'s <Micoura;:i*m(Mils, avoc un<*sollicitu<le tnuh* uialei*nell(\ « Ali ! lui rcri- \ait-i*lk\ -i jT'Iais un lionimo, ol à votre place, tomme jf saurais prolUor il'uu pareil voyaj^c ! »> Elle-m^me, i»*peïulanl, isolée, malade, aecalil«'f «le- plus rruels soucis matériels et moraux, t«'njour> l'Ile cliercliail de nouveaux débouchés au torrent «le passion qui coulait eu elle. Tantôt elle t'-erivait de petits traités d'édification, tantôt tM*' aidait son livre à diriger un journal [i..lili«|u»- : ou I»ien eiuore elle s'occupait de r«'« neillir. «le» cacher «les esclaves fujrilifs, et de le> tair»' sortir «les Ktals-Uiiis. Non qu'elle fiit encore un»' «< al>olitionniste >»; mais elle ne pouvait v«>ir une s«»ulïrance sans lui livrer aussitôt son ànie tout entière. Et, tandis que» les récits de e»'s misérables raceoulumaient à considérer l'esclavage comme un des plus odieux fléaux de rhumanilé. elle voyait, d'autre part, les apôtres de rabolitionnisme raillés, persécutés, abandonnés sans défense à la haine de leurs adversaires. Sous ses yeux mûmes, à Cincinnati, une troupe de possesseurs d'esclaves venait un jour assiéger, envahir, saccager les bureaux d'un petit journal anti-esclavagiste. M"" Beecher Stowe sentait son cœur se gonfler. Qu'une occasion s'ofl'rît, et le feu qui couvait en elle allait enfin éclater.

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ROMANCIERS A^GLA18 2;i7

Celte occasion lui fui cl<mnéo par la fameuse Loi dos Fujçilifs, qui, volée au Conjurés de ISÔO, renforçait d'une sanction nouvelle la légalité de resclavagc. M'"'' Stowe reçut un jour une lettre de sa belle*sœur, qui lui disait : « Henriette, si je savais comme vous manier une plume, j'écrirais quelque chose pour faire sentir h la nation entière quelle chose maudite c'est que lesclavage. » M"* Stowe lut celte lettre h haute voix, devant toute sa famille assemblée, et quand elle eut fini, se levant de son fauteuil avec une expression inspirée:» Oui, s'écria-t-elle, j'écrirai quelque chose de tel ! » Et le mois suivant elle répondait à sa helle-sœur que, aussi longtemps que son enfant dernier né lui réclamait tous ses soins, elle n'était guère en élat de s'occuper d'écrire, mais que cependant elle écrirait le livre qu'on attendait d elle, puisqu'aucun nouveau Luther ne surgissait pour prendre en sa main la cause de Dieu. En avril 1851, les premiers chapitres de la Case de r Oncle Tom étaient envoyés au directeur de l'Ere nationale.

« Deux ou trois chapitres du roman avaient I

paru dans le journal, — c'est elle-même qui |

nous le raconte, dans la préface d'une édition illustrée de son livre, — lorsque l'auteur reçut une lettre d'un jeune éditeur de Boston, J.-P. Jewett, qui demandait l'autorisation de publier

258 LE ROMAN C0XTEMP0IIA15 A L ÉTRANGER

rOtirlr Tout fîi voliim»*. Mai** il ajoiit<ii( qu'il ne poiirr.iit piilititM' !«* rom.ui qiri'n un >«miI volunir, i»t «ju il rnii^'naiMjuo. <*>\\^ sa fnrnu» <»ri^::iua!e, il n** iVil trop lon;^. Il rappelait aussi que lesujel rlailimpopulaire. qu'on en avait déjà les oreilles rehattuo. M'"' Slowe répondit que ce n'était pa< «'Ile qui faisait le livre, que le livre se faisait de lui-même, et qu elle ne pouvait songera Tarréter ou à le raccourcir. Le scntimentqui Tavatt pnu>^ée à écrire la dominait sans cesse avec pluftrintensité, jusqu'au momentoiu après avoir achevé le récit de la mortde Tom, elle eut rimpros«iion que toute sa force vitale l'avait abandonnée ^ Klle eut alors à traverser une période de d»'*courag4'ment profond et cruel. Quelqu'un la lirail-il? Quelqu'un entendrait-il sa voix? Cet appf l où rlle avait mis son Ame, son esprit, et sa volonté, qu'elle avait tiré vraiment de tout le f-anj^ de son cn?ur, cet appel resterait-il vain, comme étaient restés vains déjà tant de soupirs des malheureux noirs, tant de leurs prières et tant <le leurs larmes? On venait précisément d'arrêter et d'emprisonner à Washington toute

I Tout le chapitre de la Qi(>rt de Toncle Toiu fut écrit en

deux heures. M*** Stowe l'écrivit dans une chambre d'hôtel,

r À Andover. oii elle était venue reprendre des forces. Une

I aprèi midi d'été, comme elle se préparait à sa sieste quoti-

■^ dienne, ta ^cénc surgit brusquement devant ses yeux, avec

tous 4es détails, la visite de Georges, les soupirs du vieil

esclave, ses dernières paroles. Elle s'assit à sa table, écrivit

* d'un*' seule traite le chapitre entier, et l'envoya, sans le relire,

k riroprlmoric de l'Ere nafionale. Elle disait souvent que, si

f ton manuscrit s'était perdu en route, elle aurait été absolu-

s m*tùi hors d état de le recommencer.

î^Atf^"*ir<-^^~ -— - ■ 'V. * -^^ '- ■^-'-sfàténff'é^^^M^À-' t\v(^>^ <l^>^^«^:

une troupe dVscIaves fujxilifs. Plusieurs ^l'entre eux étîiieul des J<*uues fc^Mis instruits, cultivés, à qui rese!avaj;e était inlolérabh». Ouaiid on les mena à la piis(»n, à travers les rues de la ville, une jeune femme nommée Kmilie Kdmouson, qui faisait partie de leur troupe, répondit a quelqu'un ([ui l'insultait au passage que, « loin d'avoir honte, elle était fière de l'effort qu'elle avait fail vers la liberté ». C'était le sentiment d'une héroïne: mais elle et ses compajrnons n'en furent pas moins condamnés à être vendus aux enchères.

'( La Casv dr COnclf Tom fut publiée en volume, le 20 mars 1852. Les doutes de l'auteur sur le résultat de son cri d'appel ne tardèrent pas à se dissiper. Dix mille exemplaires se vendirent en quelques jours, trois cent mille en moins d'une» annét». On lui le livre partout, et, de tous les coins des Ktats-Unis, l'auteur reçut des témoignages d'ardente sympathie. L'indignation, la pitié, la détresse, qui longtemps avaient pesé sur son âme, semblaient passer tout entières dans Tâme de ses lecteurs...

« Dieu tout-puissant avait dès lors décrété la libération de la race opprimée. Et, bien que les Présidents, les sénateurs et les représentants se fussent accordés à déclarer qu'ils y étaient opposés, de grands signes contraignirent |

la nation à entendre la voix qui lui disait, du |

haut des cieux : Laisse mon peuple s'en aller I

en paix ! La Case de l'Oncle Tom, dans la ferveur f

qui l'a produite, dans la passion qu'elle a sou- ^

«rf

260 LE HOM%N CONTEMPORAIN A L'ÉTRANtiER

levfV. notait quo li* proniicr ilecos si«;nos, dont nous avons vu se ^urcrflor la niiraculruso srric. Kl niainlcnant la «guerre *»st linic», resclavage ncîïl plus «|u*un souvenir. La «leslinéc «le la Casr f/f* COhclr Tot/t est tiésormais accomplie. »

Voilà donc comment ce livre fameux a été conçu. La " source »» où l'auteur la puisé, c'était son cieur môme, un cœur qui, depuis quarante ans, s*armait d^enthousiasme et de foi. dans lattente obstinée d'une grande mission à remplir. Et voilà pourquoi, malgré Tinsuffisance de ses « matériaux » et la médiocrité de sa " forme artistique »>, M°** Beecher Stowc avait le droit de dire de lui que « c'était Dieu qui l'avait écrit >> !

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