M. THIERS
et retenus dans les ports français, ce mélange de finesse et de fermeté, de hardiesse et de réserve, d'audace et de calcul dans les combinaisons d'un génie politi(jue créé pour tout comprendre, tout prévoir, est rendu par le peintre avec des nuances de ton infinies.
Pourquoi faut-il que ce maître du monde, cet arbitre suprême de tant de destinées diverses, n*ait pas su conserver auprès des hommes qui Pentouraient cette sagesse habile, cette parfaite mesure qui faisaient alors sa force et sa gloire chez les peuples qu'il remplissait du bruit de
son nom !
Sans doute, il y avait dans quelques membres du Sénat, du Corps législatif et du Tribunat, tels que M. Thiers les dépeint, des dispositions hostiles, étroites, tracassières même qui menaçaient d'annuler ce qu'il y avait déplus utile et de plus fortement conçu dans les desseins du Premier Consul; la résistance aveugle opposée à l'adoption des premier^ t,itres du Code civil, les orages squhyés k la tri})une pour le mot sujet introduit dans m traité de la plus haute importance, témoignent de cet esprit de vertige auquel se laissent fatalement entraîner par fois les assemblées politiques ; mais si c'étaient là des fautes graves, tout ne pouvait être système, besoin de contredira dans ces assemblées ; lorsque des hommes tçls quQ Benjamin Copstant, dQ Tracy, Chéwer,
Jf • nSEIML
HÊntàf Caiwnia^ Haunoii^ r^ûtaMit à use vor kmté flonverune» il fiant flO|)po»r qulte étaient mus par d'aatrçs motifii qna de. mauiuiBeB ffér TOiE^ns et la déôf d'in^Q T«iii« pq^larité ; il liust s^wtàtre qoa cette bimqMri^ toute pré«torienne avec laquelle* on traitait le corps légHk iatif ^ cette activité mécaniqneqa'cn ku imprimait, cette insignifiance du rôle imposé an Tribuoât, ce retour prématuré vers xm régime atiiolu , ioii*' patient du frein, irritable à l'excès, étaient des causes sufiisantes pour réveiller des craintes que l'avenir a d'ailleurs jaatifiées*
Quoique M* Thiers exprime à plusieurs re>« prises, dans le cours de son récit , le regret q«6 ce jeune fondateur d^empire, environnéde tant de {Hrestige et degloim, à cQtte époque, n'ait pas sa tolérer des minorités imj[)«âssanÉèB , l'hiitorvm nous a paru hm trop bon manobé lies (appositions de oe temps ; 1^ oppositions venfont 4tre jugées moins par les p^extes dont «lies se serv^ent que par les oonvietîoDs général^ qui les animent; il est dans leur natvrede maÂquer d'ensemble, d'harmonie, mais si «*«rt là un de ces défauts d<mt elles tie pameoneot pas méma k se corriger lorsqu^élies louassent de toute là liberté de leurs mouvemento, sfvec combien plus de faveur méritent^-elléë (f ôtre appréciées lorsqu'elies ont pme à se ttk^ joar et qu'il suffit d'une parole du maître pov les réduire att
196 M. THiBBii
silence; d'aiHêOrs, ce qui n'est que Venrdce d'un droit dans un temps régulier, devient im acte de courage dans un antare , et ce goire de courage est trop rare, pour qu'on n'en timne pas compte et qu'on ne lui pardonne point juscpi'à ses écarts.
Parmi les négociations diverses dont M. Thiers retrace l'historique, celle relative au Concordat mérite surtout de fixer l'intérêt par la nouveauté des documents qui ont été mis en œuvre et la richesse des détails. C'est un spectacle animé, curieux, que de voir ces timides et fins légats de la cour de Rome, Monsignor Spina, les Carifinaux Gonsalvit Caprara, aux prises avec cet intrépide guerrier qui les gourmande, les effraie et les ca*resse tour à tour, qui, d'un côté, âe fait une arme auprès du Saint-Siège, pour l'amener à ses fins, du scepticisme de la France, d'un autre, se pkdt à combattre, en disciple fervent de Bossuet, l'incrédulité de Yolney, de Mônge, de Lagrange, de Laplace, à professer le théisme en plein conseil, à commander le respect à tous pour les principes religieux ; rien de piquant dans cette négociation , comme la tactique insinuante de ces légats qui, tantôt s'avancent à pas de loups auprès de ce puissant homme de guerre, lorsqu'il les laisse venir à lui, tantôt reculent, pleins de trouble, lorsqu'ils ont cru Jui déplaire par de trop vives instances.
M. mras. itt
Cette hiiAoire dcb GoÉoordat eàt la crîtiqée la plos ^^preasivedes tendances actuelles du clergé : .^and on compare le noble empressement que mirent les évécpies d'alors^ ânigrés, assermentés ou non assermentés, orthodoxes où jansénistes, à renoncer à des positions acquises^ à des espé«rancesy des affections de parti, pour favoriser des mesures combinées dans l'intérêt génâral des cultes, quand on compare ces hautes vertus, cette touchante abnégation, ce générrâx élan de bien public, aux efforts stériles, aux luttes passionnées dont l'épiscopat de nos jours (^e le déplorable exemple, il est impossible de ne pas reconnaître que l'esprit de cette grande école de respect et dé soumission à bien dégénéré et reculé depuis; M, Thiers a raison de le dire^ il est des grandeurs qui ne reviennent pas.
La création de la république italienne, l'épuration du corps législatif et du tribunat, la loi réglementaire dies cultes connue sous le nom d'articles organiques, la discussion de deux projets de loi sur l'institution de la Légion d'Honneur et sur l'instruction publique, le traité d'Amiens, complètent le merveilleux tableau d'une époque sans ^ale pour la grandeur des résultats et la gloire acquise au nom français.
Le dernier acte qui couronne cette histoire, l'établissement du Consulat à vie est gradué avec une finesse .de pinceau digne des plus grands
MétOEOÊ.
f&iUmi' éuA l'art de pemdra I 1m fèàÉe# ifiter- Mf de otite ambition impènétrabie ifai le imn^ie de yàSm, qui veut et qai ne Teipl pe^^ qei^^ fiuse et «e npùrrit en sileDoe d'pHe>^i&éiiie^ <pii «'«bandooQe et «e laisse f;Qi<jhery eant veciloir dire «o|i deniier mot| cette pudf«ar que donne k Mnfideace de la force et d'oine immense Btq[^ rioritéy oe regret amer de n*aToir pas été compris assez^ cette réaction de fierté méconnue qui finit par vocdeir plus qu'on ne veut lui donner^ Tingénieux artifice employé par Gambacérès à déguiser ce mécompte^ à réparer cet échec, totis ces incidents de tactique et d'habileté gouvernementale ne pouvaiept être décrits avec tant de vérité, que par un homme d'Etat qui n'est pœ étranger à de pareils spectacles «
Au mérite id'mie ineompandbie Mtteté dans yfiqrpoMtiQ» qui a pemns à Fauteur de resserrer dans (^ justes Hmites les plus hautes questions, de politique intérieure et esLtérieuvè, cette der- «èfe œuvra de M. Thiers joint eeeore Tattrait des mémoires les plus fidèles $ les éaractères et les mceursde l'époque y sont dessinés d'tine nain ferme et sùre, aveo cette parMte connaissaMe des hommes, qu^un long eiterciee de la vie publique peut sçul développer.
L4ntérieur de la maison du |>remier consul, les soimiea nienées de M. Talleyrand et deTou^ ekéi|^e^.diBputettl l^influenoe^ l^nn, auprès de
Mme ;Q^ge^, m 9%AUsA ses ciiui^qb ii|-
trop rapH^ y(»r9 te pftMé» r«atra> aupsèa d|s frères 4DproQÛW9mM»l9 «AMrossaiitli^niirMs ^mpatipmta» d«igrp«bHœ «t ÛA téàctàmvees ids habi^#M jpoMToUiptti » ^ ééfiwAt ^mi éprouva Imr chef k Um»f l0 «araotèm Aiblèy indécia de Joséphine qoi se laisae entoarer par la noblesse de YersaîUas, pois railler, humilier par eUe, ses singuliers preasentimeiits qui lui fon^ 4é«iirer de voir Bonaparte sujet des Bourbons plutôt que de partager avec lui le rang supréme, QQtte latale crainte du divorce qui ne cesse de la tourmenter, cet accioissement de fortune qui, chaque jour, dit aveo grâce l'historien, ajoutait des fiji^ftna» à êm iQi»k»ur $t d$ nwv^MmPi ckisi$ri^ à jft m»^ lew Ms;détatls puisée à des aoaroes ftiythratiiiaei, |i émwsm^ pirs eucjore râP^i^, ^xeilmt la curiosité fi( rtpo»sent }'#fiin*it 4« i^^t^mr.
Le portrait de Camllae^nàa est rai modUoai>compli dans m gflPiiif MttQ hanta influença qui agit d'^Qitiuit plna sur l'esprit du IVemier Goiisal, qu'elle «e $ac^«t ^tatesa à peina devÎMr, est retraote ep ln»ts 4îgues du pinceau de Saâifc*- Simon^
M. Tbierf ju^Eja bien dans ee nouveau lhn!% cette répvilatiQii d'homme pratique à laquaB^îl
390 Bf . îHI&Rg*
parle^ pour être entendu et couvris de tous^ sans lien ^ dédaigner , du ton le plus nature! , le {dus vif et le mieux approprié aux choses qu'il raconte ; à ce titre^ ses œuvres sont tout autant de services rendus au pays^ car elles doivent contribuer à élever le niveau des masses, à perfectionner leur éducation politique ; ce n'est pas un mérite ordinaire que de savoir s'amoindrir ainsi, pour rapprocher son sujet de la généralité des lecteurs; si le héros perd un peu, dans Thistpire du Consulat, de cet idéal dont l'imagination populaire, se plaisait à l'entourer, l'homme s'y fait mieux sentir ; si ce n'est pas cette touche vigoureuse de Tacite <iui peint d'un mot, c'est toujours cette forme svelte et déliée de Voltaire qui abrège et court au but, sans le moindre effort j on voudrait bien résister parfois à cetle éloquence persuasive qui vous entraine plus loin qu'on ne voudrait aller , mais c'est en vain, le charme opéra à votre insçu j l'historien vous fait aimer l'homme dans le héros, vous attacher à sa fortune, lui pardonner ses fautes malgré vous ; ces fautes étaient gravés, mais cette ambition était si haute, cette volonté était impérieuse, inflexible, mais elte avait tant d'excuses dans le bien qu'elle accomplissait; ce retour vers les habitudes monarchiques fut rapide, mais M. de Talleyrand, M. de Fontanes, ^a famille du Fremier Consul, étaient si pressés
Mk THiraS. 301
d'en finir , 1^ France avait tant besoin d'ordre^ et de sécurité ; s'il y a quelque danger dans celte manière de présenter les choses , si cette manière manque quelquefois d'élévation et ne satisfait pas toujours ce besoin qu'éprouvent les esprits méditatifs de comparer et de remonter à la philosophie de Thistoire , elleexplique les événements par leurs motifs les plus naturels , les plus vrais et les plus faciles à concevoir ; plus les ressorts d'un état se simplifient, moins^ il y a de place pour les recherches spéculatives de la pensée; l'histoire contemporaine, pour porter son fruit, ne saurait être écrite, nous l'avons dit, du même ton que l'histoire des anciens peuples, elle a trop de faits à classer, pour que les questions d'art et de principes y usur- })ent le premier rôle ; à chacun son lot ; M. Thiers est, avant tout, un écrivain politique consommé et comme tel , l'historien du Consulat a laissé bien loin derrière lui l'historien de la révolution française; il avait à s'exercer ici sur une période mal connue, mal appréciée, l'essentiel c'était de lui restituer don caractère, sa physionomie ; si, à force de clarté dans le style , la couleur lui échappe, on trouve dans son récit une instruction précieuse, utile à recueillir; d'ailleurs, ce qu'il &ut placer au-dessus de tout dans de pareilles œuvres, c'est l'ordonnance et sous ce rapporti l'histoire du Consulat est conçue
avdc tfhe |;rniâ6iir^ tme iâattiritéj|m Mmtlëd signes caraotéristiqiieâ d'un noble et puissant esprit (1).
Q) Au moment où nous terminons ce liyre^ le i^ yolome de Yhtstoirè du Consulat et de Vempire vient de paraître; nous attetidrom leH volomed suivants, pour appréûier et reprendre œt imoienst trffvnl amis son ënMtfttbte.
«Illtft^iHlihMÉÉMl^
ËîlKÂTA.
Page 4, ^gll9 5, Ijseit : on n'eisaUpofnt «tort $$m fê0H0
sur M)i-méme et d$ s*expUqti$r u$ destinées; aa lieu de : leur vie est trop expansivej pour qu'elle essaie de se replier sur elUhmime, etc.
•^17, — 7, lisez : Madame Geoffrin^ au lieu de umh .
dame Geoffroi*
— 23, — 11, lisez : les détails, au lieu de : ses détails.
— 84, — 38, lisez : l'esprit du siècle, au lieu de : Vesprit
de son siècle, — < 83, — 5, lisez : ce que le goût, au lieu de : ce que le .
luxe.
— - 36, — 13, lisez : qui sont des chefs-d'œuvre, au lieu
de : tow autant de chefs-d'cMvref
— 38, — 9, lisez : assiste à, au lieu de : cusiste.
— 70, — 9, lisez : M. Timon, au lieu de : ce M. Timon. -» 97, — 7, lisez : il ne saurait m être ainsi, au lieu
de : la chose paraît plus douteuse.
— id. — < 14» lisez : dès-lors, eu lieu de : s'il en était
ainsi.
— 167, — 39, lisez : spectacle, au lieu de : ectaeles.
— 176, — 26, lisez ; Shéridan, an lieu de : Schêridan.
— 262, — 8, supprimez le mot : résurrection.
TABLE DEâ MATIÈRES.
De l'esprit de criti([ae en général et de ta critique en Francs. 1
Paul-Louis Courier sfg
Timon •••••«.• 70
M. Hignet (école fataliste) 91
H. Tillemain 134
H. Michelety.du livre du Prêtre, de la femme et de la famille, f if M. Thiers^ du Consulat et de TEmpire 873
tVH DE LA TABtl DBS HATliRBS.
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on the date to which renewed.
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