DE U CRITIQUE EN FRANCE
Quand elle s^applique de trop près aux personnes^ aux mots^ la critique tue et dessèche, appliquée à l'esprit des choses^ elle féconde et vivifie ; ici^ elle dégénère en pamphlets^ en épigrammes^ elle ne se soutient qu'à force d'allusions et de saillies ; mais lorsque les circonstances qui l'inspiraient changent, elle perd son intérêt, s^efface , elle est essentiellement négative : là, au contraire, elle recule les bornes de la pensée, s'attaque aux plus vastes conceptions ; elle se meut, s'agite dans un espice immense; elle crée après avoir détruit.
Son objet est de suivre le mouvement intellectuel des nations ; elle doit faire plus, elle doit
le dominer; pour cela, il faut qu'elle se place au
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point de vue de tousceiti (|ui lé|)roduisent; ce n'est qu'à ce prix qu'elle parvient à le juger saindîffinl pt tjtk'eBe jJéUt.se feife pardbfln^.fees hfhfîieàsés : afisdî, lècriliqhéj èuf quôl^^e'' dijet qu'elle s'exerce, fait-elle supposer une étendue, une diversité de côtitiaièsfeliicës surtout, capables d'effrayer les plus audacieux.
Les transitions d'un siècle à un autre se trahissent et ee deesinent par )a eritique f e'est dans la variété des allures qu'elle affecte, que Ton surprend le progrès ou la décadence de l'esprit qui s'élève au sein dSS BpOtïues nouvelles ; il se fait alors un tel remaniement d'idées, de théories, un tel choc de doctrines, que s'il existait, au hidment nlême où s'opère tiné hisbtt de tant aëléiïiénts contraires, une Ihlelligëtlcë assez nel(e, assez lucide, pour faire la part de Ce tjitfe l^ôre qui meurt lègkie à celle qui commence, assez dégagée de toute espèce do fâtiatisme et d'enthousiastne aveugle pour les choses d'autrefois, conîriiG poiir les choses modernes, assez exercée éfifin pour distinguer avec èolîi dailâ utl viétl^ tronc les jeunes fâinëaux i^ui viéhnétit s'y gtëffer, on aurait , je crois, l'histoire là pluà vivante, !a raison là plus vraie, la pîuâ complète, de la marché progressive dé k febfciëté; et c*eèt à la criUqué qu'il faudrait faif e hôntiëtlr de cette œiivre de haute appréciation iûofalë, fcaf t'éèt elle qui l'aurait inspirée.
ËleVèé à cette puissance^ elle tient de la phîosDphie, de l'histoire et delà littérature.
Les plus grands réformateurs des temps andens et modernes ont tous commencé par être de ptofondâ- critiques; avant d'émettre leurs proprèô doctrines, de dire pourquoi tel système devait succéder à tel autre, ils ont mis un zèle ardent, dépensé tout ce qu'ils avaient en eux de t^erve, pour démontrer le vide, la faiblesse des idées qui les ont précédés, et développer aiflâi la force de celles qu'ils avaient à faire trlbnipliet' dans le monde; c'est dans cette lutte qu'ils 6ûl montré leur véritable originalité ; plus là Hsiètaticê à leurs principes a été vive , plus leufS dâuvres ont conservé l'empreinte durable de letll* génie, mieux ils ont imposé aux peuples le jotlg de leurs croyances,
Timide à son origine, osant à peine bégayer datiâ \ts âges reculés, alors que les sciences, la poésie et les arts se prêtaient un mutuel secours, pour se résoudre en hymnes {)ompeux, en merveilleuses épopées^ dès qu'elle a pris conscience d'elle-même, la critique a poussé la hârdiedsè jusqu'à nîèr lés dieux que Ton encenôalt naguère ; lés époques primitives sotit trop éblouie^ du ét)éctacle qui fee déroule à leurs yeux et des phénomènes naturels dont elles ne peii- Vfeflt ehcorë sàiôir là portée, pour qu elles chert^tii à se rêïidrë fcoûif)tè de ce qu^elles éprou-
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vent; la vie contemplative les absorbe : en présence de ces mystérieux secrets d'une pâture toute vierge, leur temps se passe à rêver, à s'exalter, et leur exaltation se traduit en prières, en cantiques, en actions de gracesj leur vie est trop expansive, pour qu'elle essaie de se replier sur elle-même et de s'expliquer ses desti-
nées.
Ces époques ont une analogie frappante avec le premier développement de l'homme, dont le cœur s'éveille soudain, et comme par enchantement, aux sensations extérieures des objets qoi l'entourent; rien ne trouble alors l'ivresse de ses sens, la candeur de ses émotions ; il se livre toat entier à sa surprise, et cette surprise tient de l'extase; il croit, il ne cherche pas les motifs de sa croyance ; il caresse ses illusions, il ne vent qu'elles, car elles lui suffisent; ce n'est qu'après avoir été froissé dans ses illusions, après que le mysticisme, la rêverie auront usé, fatigué, dévoré son ame, qu'il tentera de trouver la cause du malaise qu'il éprouve ; c'est ainsi que l'esprit de critique s'éveille en lui, qu'il interroge les lois, les mœurs, le génie de son siècle, en un mot, pour se rendre raison des écueils qu'il rencx)ntre sous ses pas, et des entraves qui s'opposent à son essor,
Ce qui se passe chez l'homme, ainsi revenu de 'son premier étonnement , de son premier en-