‹ Ectodermoses neurotropes:Chapitre 32 sur 75 · EPI DEMI OLOGIE · texte numérisé non relu

EPI DEMI OLOGIE

Ainsi qu'il a été dit dans le premier Chapitre, les données épidémiologiques dont nous disposons sont assez disparates. Le fait que dans les diverses enquêtes épidéuiiques on a tenu compte surtout de cas typiques, négligeant les formes abortives, peu connues ou mal définies, d'une part ; Taspect protéiforme de l'affection, avec ses types morbides léthargiques, algique, myoclonique, choréiforme, d'autre part, expliquent pourquoi il fut difficile, voire même impossible, de préciser Tenchaînement des épidémies et la marche de la contagion.

i) Extension des épidémies et morbidité. — Signalée en Autriche pendant Thiver 1916-1917 par v. Economo, Tencéphalite fait son apparition en /^ranc^ (Netter et ses collaborateurs) en 19 18 (mars) et en Angleterre (avril, Londres, Sheffield ; Hall et Harkis). Elle est signalée presque simultanément au Portugal (Assis LoPEs, Cancella, Jorge), en Italie (Ascoli), puis dans les divers autres pays du continent, Belgique, Danemarky Hollande^ Grèce, Norvège, Pologne, Espagne, etc.

Nous empruntons à Netter (i) des données précises au sujet de Tapparition et de la morbidité de l'encéphalite épidémique en France. Peu après la communication dev. Economo (17 avril 1917) à la Société de psychiatrie et de neurologie de Vienne, Netter (2) signale les premiers cas d'encéphalite à Paris, les identifie avec

(i) Netter, Sur Fétiologie et la prophylaœie de F encéphalite léthargique; sa déclaration obligatoire. Rapport présenté à la séance du 8 mars 1921, à V Académie de Médecine.

(2) Netter, Sur quelques cas d'encéphalite léthargique observés récemment à Paris, Bull, delà Société médicale des Hôpitaux, 22 mars 191 8.

ceux observés en Autriche et attire Tattention du inonde médical français sur la nouvelle maladie (22 mars 1918). En moins d'une semaine, ce savant put enregistrer sept cas, tant à Thôpital qu'en ville. « L'avertissement qu'il m'avait paru sage de donner était bientôt justifié, dit Netter. De nombreux confrères ne tardèrent pas à signaler l'encéphalite léthargique à Paris, Rouen, dans les départements du Cher, de la Drôme, des Bouches-du-Rhône, de la Gironde, de la Loire-Inférieure et même à Alger. »

Il est presque certain, d'après Netter, que les quarante cas ô!encéphalo^my élite, subaiguê^ observés par Gruchet, MouTfsR et Calmettes (i) à Commercy, Verdun et Bar-le-Duc, en 1915-1916, sont des encéphalites ; vers cette époque déjà, TafiFection offrait cet-aspect protéiforme reconnu depuis comme caractéristique.

En 191 7-19 18, la maladie sévit avec intensité en France; il en fut de même en 191^1919,, mais c'est surtout l'année d'après que l'épidémie prit des proportions véritablement inquiétantes. L'avertissement de Netter donna lieu à de très nombreux travaux sur la question, ce qui permit de se faire une idée approximative de la morbidité : i.5oo cas parisiens et pas moins de 10.000 dans toute la France (Netter). En décembre 1921, Netter avait • déjà enregistré 29 observations ayant débuté au cours de ce mois.

En Allemagne, Siemerling (2), décrit plusieurs cas, qu'il rapproche de l'encéphalite grippale observée par Strûmpell, Leichtenstern et Oppenheim. De son côté, Nonne cite 12 cas en 1919, dont quelques-uns simulaient la maladie de Landry. D'autres encéphalites ont été enregistrées par Oberndorfer et par Nalf (Kiel, Hambourg, Bavière).

En Roumanie (3), Urechia observe la maladie en 1920, mais relate, par la même occasion, plusieurs cas non diagnostiqués, ayant fait leur apparition en 19 18. \J Amérique ne fut pas épargnée. L'encéphalite y est constatée en 1918. à l'Est des Etats- Unis ; on suit sa marche de l'Est à TOuest, de l'Atlantique vers le Pacifique (House). Parmi les pays de l'Amérique du Sud, sont éprouvés le Brésil, le Pérou, l'Uruguay. Enfin, signalons la présence de la maladie aux Indes, en Australie et dans l'Afrique du Nord.

(i) Cruchbt, Moutier et Calmettes, BulL de la Société médicale des ffôpi' tauXy 1917, 27 avril» p. 474*

(2) SiEMBRLiNQ, Bevl, kUn. Woch,, *9'9» d° 22.

(3) Urbchia, Arch, de neurologie^ 1921, t. II (i4* série), p. C5.

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Ces données prouvent que l'encéphalite, telle une vague épidémique, a déferlé de 1916 à 1920 sur presque toute la surface du globe, sans que Ton puisse préciser exactement le point de départ et la marche suivie. La morbidité^ basée sur des chiffres inférieurs à la réalité, a varié suivant les contrées. Nous avons vu que, d'après Netter, la statistique officielle indiquant 464 cas en France, de janvier à mai 1920, esl loin de la réalité ; suivant cet auteur, rien qu'à Paris on en a enregistré près de i.5oo observations. En Angleterre, le Comité de VOffice international d'hygiène signale 535 cas en 191 9 et 878 en 1920. En Italie, d'après la statistique de la Direction générale de la santé publique (Ricardo Jorge), il y eut 3.900 cas en 1919-1920, dont i.oi3 mortels.

2) Conditions prédisposantes. — Tous les âges paraissent prédisposés à Tencéphalite, depuis les jeunes enfants (9 mois, cas de Lage), jusqu'aux vieillards. La maladie se rencontre le plus souvent chez les adultes. Ainsi, d'après Netter, la proportion fut, au début de l'épidémie parisienne, de 10 adultes pour 4 enfants. Le même, auteur cite la statistique suivante, reproduite d'après le rapport du Local Government Board :

Moins de 10 ans : i5 cas

De 10 à 20 ans : 26 cas

Au'dessus de 20 ans : 64 cas.

Il y a, à ce point de vue, un contraste frappant entre la poliomyélite et l'encéphalite épidémique, ainsi qu'il résulte des chiffres ci-après, concernant la morbidité des deux maladies en Angleterre suivant les âges (d'après Netter) :

Encéphalite

Poliomyélite

Moins de 10 ans .... De 10 à 20 ans ....

De 20 à 4o ans. . . . .

Au-dessus de 4o ans ...

Les classes sociales ne semblent pas influencer la morbidité ; il en est de même des races. Quant au seœCj le masculin semble plus réceptif (122 hommes et 46 femmes d'après la statistique de Neal, cité d'après Jorge), la mortalité étant plus considérable cependant chez les femmes.

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3) Morbidité d'après les saisons. — Netter (i) a établi des données fort intéressantes concernant la répartition saisonnière de la maladie de v. Economo. Dès 1916, l'encéphalite a sévi de préférence vers la fin de l'année, sa morbidité ayant une tendance manifeste à diminuer dès le début de la saison chaude. Se basant sur 177 observations personnelles, enregistrées du i®' novembre 191 9 au 3i octobre 1920, Nettbr établit une courbe de la morbidité saisonnière, courbe que nous reproduisons ci*dessous. Elle montre que plus de la moitié des cas sont apparus en décem-

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bre, janvier et février. « Cette répartition saisonnière, dit Netter, rapproche l'encéphalite léthargique d& la méningite cérébrospinale et de la pneumonie. Elle contraste avec l'affinité de la poliomyélite pour la saison chaude : maximum en juillet, août et septembre ».

4) Contagion humaine. — La faible contagiosité de la maladie de V. Economo est surprenante, si l'on ne tient compte que des cas à évolution typique, léthargique, myoclonique ou autre. Ainsi, Netter parle d'une famille de cinq enfants qui vivaient à l'étroit dans la même pièce ; un des enfants, atteint d'encéphalite, y a fait sa maladie pendant des semaines, et cependant aucun des frères et

(i) Nettbr, loc. cit.

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sœurs ne se contaminèrent. Une jeune fille encéphalitique vit dans une institution comprenant 5oo internes ; ce fut le seul cas observé dans cette institution (Netter). Enfin, le même auteur rapporte l'observation d'une employée des postes atteinte de la maladie de V. EcoNOMO. <( Le bureau de poste auquel elle était affectée, com* portait un effectif de 35o personnes. Elle-même était chargée du timbrage électrique des lettres au départ, et celles-ci lui étaient apportées, à tour de rôle, par les aS employés chargés du tri, sans qu'aucun de ces derniers, non plus que le reste du personnel, ait eu un seul malade ».

Toutefois, çà et là, on enregistre des cas de contagion incontes^ table. Au cours de Tépidémie australienne, Cleland et Campbell (i) observent la propagation de l'encéphalite par contact direct, et des faits analogues ont été rapportés par Mac Nalty (2), en Angleterre. Cet auteur constate, dans une maison de Derby, où habitaient 19 femmes et 3 employés, 12 cas d'encéphalite, dont 5 mortels (du 1 4 au 27 août 19 19, d'après Netter). De son côté, Pierre Marie cite l'observation de deux sœurs qui paraissent avoir contracté la maladie Tune de l'autre, à six mois d'intervalle ; Prebce mentionne la contagion d'une infirmière au lit d'un malade. Quant à Jorge, il cite le fait suivant : « D'Ambreu a vu un cas che2 un homme d'Amadra, aux environs de Lisbonne, qui cinq jours auparavant, était venu voir à la ville un parent atteint d'encéphalite léthargique. Mac Nalty a trouvé à Mansfield, dans la même maison, trois cas successifs chez des enfants, le premier chez une fille d environ 2 ans, tombée malade le 19 avril 19 18, le deuxième chez son frère, âgé de 9'^ans, atteint le 4 mai, le troisième chez un autre frère de 7 ans, le 8 mai ».

Netter, dans son Rapport déjà cité, rapporte des faits personnels, ou recueillis par d'autres confrères français, qui mettent en lumière la contagiosité directe de la maladie de v. Economo. L'un d'eux se réfère à un cas de contamination survenu dans une famille dont les trois enfants tombèrent malades successivement le 16 novembre, le 12 décembre et au début de janvier; ces enfants couchaient dans la même chambre. L'autre observation concerne deux enfants

(i) Cleland el Campbell, The Australian Epidémie of acute Polioencephalomyelites, Rep. ofthe Direciory gênerai of Public Health New State South Wales ending 191 7.

(2) Mac Nalty, Rep. on Outbreak of Encephalitis lethargica in a Girls' Home, Ann. Rep. of the Chief médical Officer^ 1 919-1930 (d'après Netter),

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qui se rencontraient rarement et qui devinrent malades le 24 et le 26 avril ; une de ces fillettes était interne dans une école où une autre élève avait contracté Fencéphalite trois semaines auparavant (contagiosité pendant la période d'incubation ?). Enfin, Netter cite les cas de Lemierre (i), Claude (2), Henri Roger et A. Blanchard (3), comparables aux précédents.

D'après Claude, la contagion peut avoir lieu pendant la période aiguë de Tinfection, comme aussi au contact d'un ancien malade dont FafiFection n'est pas complètement guérie. Guillain et LécHELLE (4) relatent une observation de contagion certaine : un sujet séjourne du 5 au 20 août dans la chambre où son frère est mort d'encéphalite : il contracte la maladie, qui débute chez lui le 4 septembre. Un fait analogue a été signalé par de Laroche (5). Il s'agit d'un sujet atteint d'encéphalite, l'ayant contractée après son retour d'une contrée où l'infection sévissait sous forme d'épidémie. Sa femme tombe malade 4o jours après ; elle avait soigné son mari depuis le début de sa maladie.

Ces données montrent que si la contagiosité de r encéphalite est incontestable^ les cas observés^ jusqu'à présent^ de contamination au contact des malades sont relativement rares. L'existence des formes frustes et des porteurs sains de germes explique la rareté des observations de transmission directe.

Quant à la question de la contagion au contact des porteurs sains de germes^ elle sera traitée au Chapitre XIV.

(i) LemERRE, Bail, de la Soc, médicale des Hôpitaux, séance du 3i décembre 1920.

(2) Claude, iderriy séance du 21 janvier 1921.

(3) Roger et Blanchard, cités d'après Netter.

(4) Guillain et Lechblle, Bull, de l'Acad. de Médecine^ 1920, décembre,

(5) DE Laroche, Paris médical, 1920, novembre, p. 364-

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