MODE D*1ISFECTI0N DES ANIMAUX I
voies cutanées (scarification de la peau chez le singe, le lapin et lé cobaye), intra^dermique et intra-oeineuse. Par contre, on confère l'encéphalite quand le germe est introduit, en quantité suffisante, dans les muscles de la nuque (cf. le virus rabique), ou dans le péri" toine. Dans ce dernier cas, le résultat n'est positif que si la virulence a été exagérée par de nombreux passages (Levaditi et Harvier) (i). L'expérience prouve, d'ailleurs, que le virus, injecté dans la cavité péritonéale, y est présent le deuxième jour, mais disparaît le troisième jour ; il se comporte donc, à ce point de vue, comme le virus de la rage.
Scarification cutanée {procédé de Calmette-Guérin). — Des considérations, que nous exposerons plus loin, nous ont conduits à penser que le germe de la maladie de v. Economo devait avoir quelque affinité pour le revêtement épithélial de la peau. Cette hypothèse a été confirmée par Levaditi, Harvier et Nicolau. Ces auteurs ont constaté : i** que l'inoculation du viras à la peau du lapin, par le procédé de Calmette et Guérin, engendre des lésions locales ; 2^ que cette inoculation peut être suivie d'une infection généralisée, aboutissant à une encéphalite mortelle, transmissible en série.
ExrÉRiENCB I. — Virtts fixé de passage (oirusC), Une émulsion épaisse de cerveau est appliquée, par badigeonuage, sur la peau du lapin ^»i9(peau épi-*, lée, puis rasée; scarification à la pipette brisée, après lavage préalable à Teau salée isotooique). Le surlendemain, l'animal présente une légère irritation quilles jours suivants, se recouvre de petites squames; le derme est légèrement infiltré. Çà et là, on constate de petites papules qui se recouvrent de croates rougeàtres. L'animal succombe le n^joar. Culture du cerveau négative. Examen histologique : lésions d'encéphalite parenchymateuse et manchons périvasculaires, localisés surtout au niveau du mésocéphale, méningite à mononucléaires de la région basale du cerveau. Un passage cérébral est fait sur le lapin 52-S, qui meurt d'encéphalite le 3® jour (deuxième passage positif, mort le 5«jour).
ËxpBRiENCB IL — Virus salivaire des parleurs. Même dispositif expérimental appliqué au lapin i5-S. Le lendemain, on consliij^e, sur la peau, des stries rouges qui, le surlendemain, sont surélevées, d'aspect papuleux, couvertes de squames. Ces lésions s'accentuent jusqu'au 6» jour. A ce momenl,la croûlclle enlevée laisse voir une surface érodée et légèrement suintante. Le io« jour, il existe une infiltration diffuse du derme. L'animal meurt d'encéphalite le it* jour (méningite à mononucléaires, infiltration et neuronophagie au niveau de la « zone élective »). Le cerveau du lapin 45^ sert à faire un passage
(i) LEVADrTi et Harvier, C. R. de la Société de Biologie, 1921, t. LXXXIV^ p. 388.
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intra-crànien au lapin 3g^E et une inoculation cutanée au lapin 3j-E. Le premier meurt d'encéphalite le Séjour. Quant à l'animal infecté par voie cutanée, il offre les mêmes lésions que le lapin 4^S et succombe le i2*iour. Son cerveau est utilisé pour faire une inoculation cutanée au lapin ga-E.Ce dernier offre de Téry thème papuleux et présente, le 9* jour, des signes nets de paralysie du train poster ieut\
Le virus peut être décelé au niveau des lésions cutanées^ ainsi qu'il résulte de rexpérience suivante :
Expérience. — Le ^ et le 6^ jour, on prélève, au niveau des papules cutanées du lapin 45-8, un peu de sérosité obtenue par raclage. Cette sérosité est inoculée, par scarification, à la cornée du lapin ys-S. Apparition de kératite bilatérale, qui guérit au bout de quelques jours. L'animal est malade le 8e jour et succombe d'encéphalite le 9* jour.
Il résulte de ces recherches que V inoculation du virus encéphalitique sur la peau, provoque des lésions cutanées^ caractérisées par une dermite papulo^squameuse virulente. Cette inoculation est suivie d^ une pénétration du germe dans le névraœe, déterminant la mort de P animal par encéphalite. Il est intéressant de rapprocher ces résultats de ceux qui démontrent l'innocuité du même germe, introduit dans le tissu cellulaire sous-cutané, ou dans le derme, chez le lapin et le cobaye. C'est là une des preuves de Va/ft^ nité ectodermique du virus encéphalitique.
Levaditi et Harvier ont montré que ce virus chemine le long des nerfs (Voy. page 176). Il est vraisemblable, qu'après avoir pullulé au niveau de Tépiderme, le germe envahit les terminaisons nerveuses de la peau, et emprunte la voie des nerfs rachidiens centripètes pour atteindre le système nerveux central. Le fait que, certains animaux, inoculés sur le revêtement cutané, meurent avec des symptômes de paralysie du train postérieur, semble plaider en faveur de cette marche du germe le long des nerfs spinaux.
lY. Voie trachéale. — Une émulsion virulente, préalablement centrifugée, est inoculée, à la dose de o cm' 5, dans la trachée du lapin 3i-A. L'animal succombe le 16* jour. On constate, à lanécropsie, un état congestif du poumon. Les cultures du cerveau restent négatives. L'étude histologique montre des lésions caractéristiques de l'encéphale, localisées au niveau de la oc zoneéleo tive ». Passage cérébral sur le lapin g3-A ; celui-ci meurt d'encéphalite le 5« jour (lésions typiques).
Il est donc possible de conférer ^encéphalite au lapin en intro" duisant le germe dans la trachée. Toutefois, l'expérience ne réussit
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qu'à la condition de se servir d'un virus dont l'activité pathogène a été exagérée par de nombreux passages (i).
V. — Ajoutons que la voie gastrique ne semble pas se prêter à la pénétration du virus dans l'organisme.
ExpéniENCB. — Lapin lô'A reçoît, par la sonde stomacale, lo cm' d'émul- 8ÎOO virulente. L'animal survit. Réînoculé plus tard^ dans le cerveau^ avecdu virus de passage, il contracte Tencëphalite.
VI. — Toutes ces recherches semblaient démontrer le rôle presque exclusif du névraxe, en tant que porte d'entrée du germe dans l'organisme. Or, Levaditi et Harvier ont découvert un tissu qui, à ce point de vue, se place à côté de l'axe cérébro-spinal : c'est le testicule.
On connaît l'importance de cet organe comme milieu permettant la culture, in vivo, du Treponema pallidum et de la vaccine (Hense- VAL (2), NoGucHi (3)). Tout récemment, Marie (4) a montré que le virus vaccinal, qui, injecté dans le testicule du lapin, se purifie des germes de contamination secondaire, est virulent pour la même espèce animale, lorsqu'on a soin de lintroduire directement dans le cerveau (Levaditi, Harvier et Nicolau ; voy. Chapitre II, 3® partie). Or, nos expériences prouvent que non /seulement // est possible de conférer U encéphalite au lapin ^ en injectant le germe dans le testi" culej mais encore que ce germe se conserve dans le tissu testicu^ laire pendant un temps relativement assez long.
Expérience. — Le 23 avril, le lapin A reçoit, dans chaque testicule, o cm' 2 émulsion cérébrale virulente. Aucune réaction appréciable à l'endroit de rinoculation. II succombe le i4 mai, soit après seize jours, avec des lésions intenses d'encéphalite : méningite à mononucléaires, manchons périvasculaires^ encéphalite corticale. Son cerveau sert à faire un passage, qui fournit un résultat positif, apvhs six jours d'incubation.
(i) En effet, les premières expériences de Levaditi et Harvier avaient fourni des résultats négatifs (Voy. Annales Pasteur, 1920, t. XXXIV, p. 911).
(2) Henseval, Bull, de V Académie Royale de Belgique^ séance du 24 sept.
(3) NoGucHi, Journ, 0/ experiment , Medicin, 1916, t. XXI, p. 589.
(4) A. Marie, C, R. de la Soc, de Biologie, 1920, séance du 17 avril,
iSa ECT0DERM08ES NEUROTROPER
Combien de temps le germe se conserve*l-il dans le parenchyme testiculaire ?
ExpÊRisNCE. — Le 28 avril, le lapin qo-A reçoit, dans chaque testicule, o cm' 2 d'émulsîoD cérébrale virulente. Le testicule droit est extirpé le 4 mai, soit le sixième jour; des fragments sont émulsionnés dans de Teau salée isotonique, puis injectés, par voie cérébrale, au lapin So-A, L'animal succombe le septième Jour j avec des lésions d'encéphalite ; son cerveau sert à pratiquer un passage : résultat positif.
ht testicule gauche est enlevé le i5 mai, soit le dix-septième jour. Inoculé, par voie cérébrale, au lapin ^o-A, il provoque une encéphalite typique, après une incubation de six Jours (passage positif).
Dans la suite, la virulence a paru s'épuiser après le troisième passage testiculaire. L'examen microscopique des testicules, nous a montré l'absence de toute lésion appréciable histologiquement.
Ces expériences prouvent :
i*^ Que U introduction du virus dans le testicule du lapin y provoque Féclosion d'une encéphalite mortelle^ après une période d'incubation sensiblement plus longue que celle qui succède à C inoculation cérébrale (de sept à seise Jours) ;
2^ Que le germe de rencéphalite, injecté dans le parenchyme testiculaire, s'y conserve et s'y multiplie pendant au moins dix-sept jours, sans provoquer de lésions appréciables.
VII. Muqueuse nasale et conjonctivale. — Etant donné les analogies entre Tencéphalite épidémîque et la poliomyélite, il était facile de prévoir le rôle de la muqueuse rhino-pharyngée dans la propagation de la maladie de v. Economo, en tant que porte d'entrée et réceptacle du virus. Marinesco (i) y avait pensé avant l'étude expérimentale de cette maladie. La clinique, montrant que l'encéphalite débute fréquemment par une inflammation du rhinopharynx, ou par une amygdalite, venait à Tappui de cette conception. D'un autre côté, Levaditi, Landsteiner et Pastia (loc. cit.) avaient décelé le virus de la poliomyélite dans l'amygdale d'un enfant, chez lequel l'affection avait débuté par une angine (voir page 68), et montré que ce virus était capable d'envahir l'organisme par la muqueuse nasale, préalablement lésée (singe). Enfin,
(i) Marinesco, Bull. Acad. Médecine, Paris, 5 novembre 1918.
HODB D*INFBCTION DES ANIMAUX l83
Strauss, Hirshpeld et Lœwe ont trouvé le germe de l'encéphalite dans le filtrat de sécrétions naso-pharyngées, chez Thomme.
Or, Levaditi et Harvier prouvent d'abord, que ce germe, déposa simplement sur la muqueuse nasale du lapin, en ayant soin de ne pas la blesser, ne oonfère pas la maladie.
Exp£ribngb. -^ Le 12 mars, oq badîs^^eonqe les deux narines du if4pin ^^M% avec un tampon imbibé d'émulsioo cérébrale virulente, ^aainial survit,
Si, au contraire, on applique le virus, à plusieurs reprises, sur la muqueuse nasale, en provoquant, par suite d'un badigeonnage un peu violent, des lésions traumatiques (légères hémorragies), lanlmal contracte Fencéphalite, ainsi qu'il résuUç de Te^^périence suivante ;
Expérience. — Le i3 juillet, on badîgfeonne les fesses nasales du lapin k^*M, avec un tampon imbibé de virus. Même opération le i5 et le 17 juillet. Légères hémorragies au ooura du tamponnement. L'animal meurt le 27 juillet, soit quatorze JQur$ après le premiâr- badigeonnage, avec des lésions d'eaoér phalite. Un passage, fait avec son cerveau, donne un fésultat positif (lésions typiques, incubation de sept jours).
Même résultat lorsqu'on a soin de scarifier la muqueuse nasale, avant l'application du virus dans les deux narines.
ExPÉRiENCB. r^ Le i5 avril, on scarifie la muqueuse nasale des lapins *3'A et ii-*A, à l'aide d'un scarificateur de Vidal, puis on badigeonne les , deux narines avec une émulsion virulente; on introduit dans Tune d'elles un tampon imbibé do virus, qu'on laisse eu place. Les deux lapins succombent le troisième jour, avec des lésions de méningite et des manchons pérLvasculaires.-
Enfin, on peut transmettre Tencéphalite au lapin, en déposant le virus à la surface de la muqueuse nasale^ préalablement irritée par application d'huile de croton.
Expérience. — Le 26 mai, on applique à la surface de la muqueuse nasale des lapins l^i-O et 42-O, une toute petite quantité d'huile de croton. Cinq minutes après, on introduit, dans la même narine, un tampon imbibé de virus. Le lendemain, inflammation intense de la muqueuse ; nouvelle introduction d'un tampon imprégné d'ëmulsion cérébrale virulente. Le lapin ^l'O meurt le huitième Jour, avec des lésions typiques de méningite et d'encéphalite; son cerveau sert à faire un passage sur le lapin 65-^, lequel succombe le quatrième jour (lésions intenses d'encéphalite). Un second passage, réalisé avec le cerveau de ce dernier lapin, fournit un résultat positif.
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Le lapin 42-O meurt le neuvième Jour ^ avec des lésions de méning'îte et des manchons périvasculaires. Un passage, fait sur le lapin 67-^, transmet Tencéphalite (altérations typiques et intenses), après une incubation de cinq jours.
L'ensemble de ces expériences prouve que, si la muqueuse nasale saine oppose une certaine résistance à la pénétration du virus dans Porganisme^ par contre^ la même muqueuse^ préalablement lésée (traumatisme ou processus inflammatoire) ^ devient perméable,
La muqueuse conjonctivale se comporte comme la muqueuse du nez, ainsi qu'il résulte des données suivantes (Levaditi, Harvier et NicoLAu) :
i^ Instillation de virus dans le- sac conjonctivaL — Les lapins ig^B et ly-B reçoivent, dans le sac conjonctival, plusieurs gouttes d'émulsion virulente (virus de passage); on répète cette instillation le lendemain. Les deux animaux ne montrent aucune réaction locale et survivent.
20 Badigeonnage de la conjonctive (lésion traumatique). On badigeonne fortement la conjonctive gauche du lapin 4^-A, à l'aide d*un tampon imbibé de virus. Deux jours après, conjonctivite, s-accompagnant bientôt d'une légère Jcératite périphérique (pas de suppuration). Ces troubles locaux disparaissent, mais l'animal maigritet succombe le i5*jour. Lésions typiques, passage positif (mort le 5e jour).
30 Instillation de virus dans le sac conjonctival, après badigeonnage de la conjonctive à Vhuile de croton (inflammation préalable).
Le lapin 43-A reçoit, dans le sac conjonctival, une goutte d'huile de croton. Peu après, on introduit, dans le même sac, quelques gouttes d'émulsion virulente. Le lendemain, on constate un chémosis intense et une suppuration de la conjonctive. Ces phénomènes s'atténuent le 5* jour, mais on observe de la kératite. L'animal succombe le 10^ jour. Lésions caractéristiques, passage positif (mort le 5e jour).
Ces données jettent quelque lumière sur le mécanisme de lapro^ pagation de Fencéphalite épidémique. Dans la maladie de v. Eco- NOMO, comme dans la poliomyélite, le virus semble pénétrer par la muqueuse naso-pharyngée. Tant que cette muqueuse est intacte, elle résiste à cette pénétration. Mais, dès qu'elle s'altère, par suite d'un traumatisme ou d'une inflammation^ elle cesse de s'opposer à l'entrée du germe qui végète à sa surface. La clinique vient à l'appui de ces conclusions expérimentales. En effet, elle nous enseigne que l'encéphalite débute souvent par un rhume ou par une angine, c'est-à-dire par un processus inflammatoire à la faveur duquel le virus réussit à traverser la barrière représentée par la muqueuse nasb-pharyngée saine.