PROPRIÉTÉS MICROBICIDES DES SÉRUMS HUMAINS
A la suite des essais de Levaditi et Landsteiner sur le pouvoir neutralisant du sérum des singles rendus réfractaires à l'égard du virus de la poliomyélite, Levaditi et Netter (i) ont entrepris des expériences analogues avec des sérums de convalescents. Leurs tentatives ont abouti à des résultats pleinement satisfaisants, et la méthode est entrée dans le domaine de la pratique. On a recours à elle pour établir un diagnostic rétrospectif de la maladie de Heine- Medin (Voy. V^ partie, page 98).
Il était intéressant de répéter ces expériences avec le virus de Tencéphalite. Levaditi et Harvierch ont réalisé un certain nombre (2).
Expérience I. — On emploie les sérums provenant des malades suivants :
i^ Coni^alescenl d'encéphalile. Début de la maladie remontant à trois mois, convalescent depuis tt/i mois ;
2® Encéphalite myoclonique. Début de l'infection il y a deax mois, convalescent depuis an mois \
Z^ Encéphalite myoclonique et léthargique. Début remontant à deux mois, convalescent depuis /rots semaines.
Le i5 mars, on dispose Texpérience comme précédemment avec ces trois sérums, et, en plus, avec un sérum humain normal, pris comme témoin. L'injection des mélanges est faite dans le cerveau,
j . ^ > Sérum spécifique n® i : Meurent d* encéphalite le sixième jou^.
Lapin ii'C : — n^ 2 : Meurt — le septième Jour,
Lapin i3-C : — n* 3 : — — le septième Jour.
Lapin i^-C ) „, , . , i Meurt d'encéphalite le quinzième Jour.
T • mMÏ Sérum humain normal \ ^ t , .-•
Lapin 2()-M ) ( — le huitième jour.
Donc, aucune action neutralisante. A remarquer la durée plus longue de la période d'incubation chez les animaux ayant reçu le mélange de virus et de sérum normal (huit et quinze jours).
Expérience II. — On se sert du sérum provenantdu malade suivant : I® Encéphalite myoclonique. Début en décembre 1919, convalescent depuis quatre mois,
(i) Netter et Levaditi, C. R. delaSoc. deBioL, 1910, séancesdu9 avril et 21 mai.
(2) Levaditi et Harvier. Loc. cit.
IMMUNITE, VACCINATION, SERO-DIAGNOSTIC 2^1
Le 6 mai, on dispose l'expérience comme précédemment, avec cette différence que le mélange de sérum et de virus, au lieu d'être injecté dans le cerveau, est inoculé dans la chambre antérieure de l'œil.
Lapin ^i- A, sérum spécifique n^ i : meurt d'encéphalite le o/ir/èz/ieyottr.
Lapin 92-^ , sérum humain normal : survit.
Aucune action empêchante manifeste; au contraire, le seul animal qui survit est celui qui reçoit le mélange de virus et de sérum normal.
DsiDs une troisième eœpérience, Boas nous sommes servi d'un sérum provenant d'un cas d'encéphalite mi/oclonique^ convalescent depuis trois mois. Le résultat fut totalement négatif.
Enfin, dans un sixième essaie fait avec un sérum provenant d^un sujet dont l'encéphalite avait évolué plus d'un an auparavanty nous avons constaté une action neutralisante manifeste.
Ob8. : Mad, Sub,.. atteinte à* encéphalite à forme léthargique en octobre 191 8, convalescente depuis diX'Sept mois.
Le mélange de virus et de sérum, conservé pendant deux heures à 87^ et vingt heures à la glacière, est injecté dans la chambre antérieure de Vœil :
Lapin ij'B, sérum spécifique: survit.
Lapin i6-i9, sérum normal : meurt d'encéphalite le onzième Jour.
En résumé, Levaditi et Harvier ont étudié les propriétés neutralisantes de six sérums provenant de sujets atteints d'encéphalite léthargique et myoclonique, dont la convalescence datait de trois semaines, an mois, trois moisy quatre mois et dix-sept mois. Tous ces sérums, sauf un {Sub...), se sont montrés inactifs. Le seul malade nous ayant fourni un sérum capable de détruire les propriétés pathogènes du germe in vitro, est un sujet guéri d'encéphalite léthargique depuis plus d'un an.
Au contraire, il semble, d'après les recherches de Levaditi et Harvier, que, dans la plupart des cas, le sérum des convalescents dont r infection était de date relativement récente, favorisait Finfection expérimentale, au lieu de la retarder.
Il 7 a donc lieu de conclure de ces essais :
I** Que, le plus souvent, le sérum des convalescents d'encépha^ lite léthargique ou myoclonique est dépourvu de propriétés microbicides, dans des conditions où le sérum des convalescents de poliomyélite neutralise parfaitement le virus de la maladie de Heine-Medin ;
2® // semblerait que ce pouvoir microbicide n'apparaisse que chez les sujets dont la guérison est de date ancienne (plus d'un an, dans notre observation);
3° Que fe sérum des convalescents d'une encéphalite relativement récente (trois semaines à quatre mois), au lieu de détruire in vitro le microbcy favorise son développement cher les animaux d'ejcpérience, -
KératO'diagnostic. — Les résultats sont sensiblement meilleurs lorsqu'on apprécie le pouvoir neutralisant des sérums, en pratiquant les inoculations à la cornée^ au lieu de les faire dans le cerveau ou dans la chambre antérieure de l'œil. A la condition de mélanger deux volumes de sérum à un volume de virus, et de maintenir le contact pendant 5 h. à Sy**, on saisit nettement la différence entre le sérum normal et le sérum spécifique. L'animal inoculé à la cornée avec le mélange virus -j- sérum de convalescent ^ ne présente aucune kératite, ou ne réagit que faiblement, tandis que le lapin injecté avec le mélange virus H- sérum normal, est atteint de kératite intense et meurt d'encéphalite. En voici un exemple :
Expérience. — Sérum de MUe Lean..., forme parkinsonienne. Ëmulsion de virus JixeCf préalablement centrifugée. Mélanges de virus et de sérum de convalescent et de sérum humain normal, à volumes égaux. Contact pendant 5 heures à 370. Le mélange virus -(- sérum Z, est inoculé à la cornée du lapin 47'0; le mélange virus + sérum normal, au lapin 48-0. Le premier fait une légère conjonctivite, non accompagnée de kératite, qui guérit le 8** jour ; le second montre une kératite intense et succombe d'encéphalite le ne jour.
Il s'agit d'un procédé de séro-diagnostic appelé à rendre de réels services dans la pratique.
Les résultats enregistrés sont assez concordants pour permettre de formuler V hypothèse suivante :
Parmi les sujets humains soumis à la contagion par le germe de Tencéphalite, beaucoup ne contractent pas la maladie. Ce sont probablement ceux (jui jouissent d'une immunité naturelle^ due à des conditions locales et générales (humorales). Les conditions locales sont représentées par la résistance qu'oppose la muqueuse nasopharyngée à la pénétration du virus dans l'organisme ; les conditions générales, humorales, par un certain pouvoir neutralisant du sérum. Lorsque la barrière nasale est supprimée, par le fait d'une inflammation banale, et quand le pouvoir bactéricide normal du sérum baisse, le germe réussit à s'implanter dans l'organisme et à