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AVEC LE VIRUS ENCÉPHALITIQUE

L'herpès est provoqué par un ultravirus, dont les rapports avec le germe de Tencéphalite sont des plus étroits. En i9i3,Grûter(i), se servant.de matériaux provenant d'un herpès cornéen humain , réussit à transmettre Tinfection au lapin. L'animal, inoculé à la cornée, réagit par une kérato-conjonctivite herpétique, caractéristique par son évolution et par les lésions provoquées. Cette découverte fut confirmée par LôwENSTEiN (2). Cet auteur établit que non seulement l'herpès cornéen, mais que tous les herpès sont pathogènes pour le lapin, X herpès zoster excepté. La question fut étudiée ultérieurement par de nombreux expérimentateurs, en particulier par LuGER et Lauda (3), Kraupa (4), Baum (5), Kooy (6), Salmann (7),

(i) Gruter, cité d'après LÔWENSTEIN.

(2) LÔWENSTEIN, Mûnch, med. Woch., 191 9» ^^ 38, p. 869; Klin. monalsbl, fur Augenheilk.^ '920, t. LXIV, qo i5i.

(3) LuGER el Lauda, Dermai. geselscli.y Vieone, 26 novembre 1920; Gts, fnr inn. Med., VicDDc, 17 février 1921 ; Ophtalm. geselsch. , Vienne, i4 mars 1921 ; Wiener klin. Woch.j 1921, n® 12; Ges, d. Aerste, Vienne, i3 mai 1921; Wien. klin, Woch., 1921, n^ 21 ; Zeitschr. f. d. ges, experim. Med.^ 1921, t. XXIV, p. 289. LcjGER, Lauda et Silberstein, Zeitschr. /*. Hyg., 1921, t. XCIV, fasc. 2-3, p. 200.

(4) Kraupa, Mânch med. Woch., 1920, n" 43, p. i236.

(5) Baum, DermatoL Woch., 1920, t. LXX, p. loo.

(6) KooT, Klin. Monatsbl. fàr Augenheilk., 1921, t. LXVI, p. 76.

(7) Salmann, Ophtalmolog. gesel , Vienne, i4 mars 1921.

L£ VIRUS DE l'uERPëS â2S

SiEGRiST (i), Blanc (2), Stocker (3), Zeemànn, Doerr et ses collaborateurs (4), etc. Nous exposerons dans ce Chapitre les principaux faits établis.

i<* Sources du virus herpétique. ' — D'après Luger et Lauda, chez l'homme, les vésicules d'herpès contiennent le virus, tandis que le sang paraît en être dépourvu, peu importe remplacement de ces vésicules et la maladie concomitante. C'est ainsi que Therpès fut trouvé infectieux dans la pneumonie^ les états fébriles de nature indéterminée, la tuberculose pulmonaire chronique, F insolation j l'endocardite y la méningite purulente^ l'otite moyenney etc. Tout récemment, Isaïcu et Telia (5) démontrent que l'herpès qui accompagne la grippe épidémique, est de même origine que Therpès simple, récidivant ou non. Le virus a été constaté par Blanc et Caminopetros (6) dans V herpès génital^ et par Nicolau et Poincloux (7) dans un cas d'herpès récidivant du doigt. Par contre, V herpès zoster n'est pas pathogène pour le lapin, ainsi qu'il résulte des recherches expérimentales de Lôwenstein, confirmées par Baum, Siegrist, etc.

La kérato-conjonctivite provoquée chez le lapin par l'inoculation cornéenne du contenu des vésicules d'herpès, est une lésion spécifique, due à l'action exercée par un virus filtrant, sur l'épithélium de la cornée et de la conjonctive. En effet, la même inoculation, faîte avec divers produits d'origine non herpétique [eczéma, pemphygus, épithélioma de la lèvre (Lôwenstein), varicelle (Baum et Netter), etc.] reste sans effet.

2® Animaux réceptifs. — Le cobaye est tout aussi réceptif, à l'égard du virus herpétique, que le lapin (Doerr et Vôchting, Luger

(i) Siegrist, Klin. Monatsbl.fâr Augenheilk.y 1920, t. LXIV.

(2) Blanc, C. R. de VAcad. des Sciences^ mars 192 1; Blanc et Caminopbtros, C. R. de la Société de Biologie, 1921, t. LXXXIV, p. 629 et 869; t. LXXXV, p. 290 et suivantes.

(3) Stockkr, Klin. MonatsbL Jiir Augenheilk .y 1920, l. LXV, p. 290.

(4) Doerr et Vôchting, Reo. générale d^ ophtalmologie, t. XXXIV, p. 409 ; Doerr et Sghnabbl, Schweiz. med. Woch., 192 1, n*> 20; 1922, n® 24; Dobrr, Reo. générale d'ophtalmologie, 1920, t. XXXIV, p. 281 ; Klin. Monatsbl. fur Augenheilk., 1920, t. LXV, p. 1920; Zeitschr, fiir Hyg.^ ^921, t. XCIV, p. 29.

(5) Isa!cu et Telia, C. R. de la Société de Biologie, 1922, t. LXXXVI, p. 57.

(6) Blanc et Caminopetros, loc. cil.

(7) Nicolau et Poincloux, C. R. de la Société de Biologie, 1922,1. LXXXVI, p. 45i.

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et Lauda, Blanc et Caminopetros) (i). Le chien, le chaty le pigeon^ certains singes catarrhiniens inférieurs, tels que le Macacus sinicas et le Macacus cgnomoigus, paraissent réfractaires. Quant à riiomme, il s'est montré sensible à Tinoculation cutanée du contenu des vésicules d'herpès génital ou extragénital [(Lipschûtz (2), Fuchs, Lauda et LuGER (3), Fontana (4)), Teissier, Gastinel et Reilly (5)j.

3® La maladie herpétique expérimentale du lapin, — La scarification de la cornée du lapin, à l'aide d'un couteau triangulaire chargé de sérosité herpétique, détermine, après une incubation de 20 à 24 h., l'apparition d'un trouble cornéen, accompagné de conjonctivite séro-purulente. Peu après, on constate une kératite parenchyoïateuse, qui s'accentue de plus en plus, se comportant, au point de vue clinique et anatomo-pathologique, comme la kératite encéphalitique. La conjonctive se tuméfie, les paupières se collent ; une abondante suppuration couvre le globe oculaire. Dans le pus, on constate, d'abord des cellules épithéliales desquamées et dégénérées, puis de nombreux leucocytes polynucléaires et des microbes d'infection secondaire. L'inoculation du virus dans la chambre antérieure, détermine une inflammation de l'iris (iritis herpétique)^ avec dépigmentation cicatricielle (Lôwenstein). Les animaux font de la fièvre (Doerr et Vôchting, Blanc et Caminopetros).

L'infection herpétique ne reste pas localisée au globe oculaire ino» culé; elle se généralise et se propage au^r centres nerveux. Le fait a été établi par les expériences de Dobrr et Vôchting, confirmées par Luger et Làuda, Stocker, Blanc et Caminopetros. Doerr et Vôchting constatent, chez les lapins porteurs de kératite herpétique, des mouvements de manège, des contractures, du trismus, des parésies ou des paraplégies, une abondante sécrétion salivaire. Les animaux tournent la tête du côté de Tœil malade. La kérato-conjonctivite herpétique se complique parfois d'encéphalite, ou d'encéphalo-myélite, par suite d'une propagation du germe vers le cerveau, propagation qui, très probablement, s'effectue le long du nerf optique. Certains animaux succombent 12 à i5 jours après Tinoculation.

(0 La souris est sensible à rinoculatioo cérébrale du virus herpétique (Blanc et Caminopetros).

(2) LiPSCHûTz, Dermatolog, Woch.y 1921, no 3o, 3o juillet.

(3) Fdchs, Lauda et Luger, Gesellsch, der Aerzte^ Vienne, 10 juin 192t.

(4) Fontana, Paihologica, 1922, n^ 3i5.

(5) Teissier, Gastinel et Reilly, C. H, de ta Société de Biologie, 1922^ t, LXXXVll, p. 648.

Le virus* de l*uerpës 227

4^ Modes d inoculation, — On peut provoquer la maladie herpétique du lapin en inoculant le virus, non seulement sur la cornée, mais aussi dans le cerveau (Doerr et Vôghting, Blanc et Camino- PETROs). L'injection intra-veineuse de la sécrétion conjonctivale, fournit également des résultats positifs ^^ Doerr) ; elle détermine Tapparition d'une kératite simple ou double.

5^ Propriétés du virus ; sa présence dans les tissus. I^ germe de r herpès est, au même titre que celui de l'encéphalite, un microbe filtrant. — Si les expériences de Lôwenstein n^ont pas démontré la filtrabilité de ce germe, par contre, celles de Luger et Lauda, de Blanc et Caminopetros ont prouvé que le virus traverse assez facilement les bougies (Berkefeld et Chàmberland) qui arrêtent la plupart des microbes visibles. D'après Luger et Lauda, les filtrats sont moins actifs que le suc vésiculaire non filtré. La kératite qu'ils provoquent est moins accentuée ; elle réalise cependant un état d'immunité locale, à l'égard d'une inoculation virulente ultérieure.

Le virus herpétique est encore actif à la dilution de i/iooo (Lôwenstein); dilué avec de l'eau salée et conservé à la température de la chambre, il finit par s'atténuer. Le germe est détruit par la bile (Blanc et Caminopetros), mais ne semble pas être influencé par le rouge neutre,

La virulence des diverses souches de germes herpétiques est très variable, sans que l'on puisse établir des relations entre les caractères de la maladie et le pouvoir pathogène du contenu vésiculaire (Doerr et Schnabel). Cette variabilité apparaît surtout si l'on tient compte des affinités neurotropes. En effet, certaines souches ne déterminent que la kérato-conjonctivite, tandis que d'autres atteignent presque constamment l'axe encéphalo-médullaire (Leva- DiTi et Nicolau). D'ailleurs, cette affinité neurotrope s'accentue manifestement, au fur et à mesure que l'on effectue les passages de lapin à lapin (Blanc et Caminopetros).

Le germe herpétique peut être mis en évidence, chez les animaux infectés, dans la cornée, dans la sécrétion conjonctivale et dans le système nerveux central, le sang et la pulpe splénique,

6® Lésions, — Les altérations cornéennes intéressent à la fois Tépithélium et le tissu interstitiel. Au niveau de Vépithélium, Luger et Lauda (i) constatent la « dégénérescence ballonnée » et des modi-

(i) LuoBR et Lauda, Wiener med, Woch., 1921, n® 29.

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fications nucléaires, ressemblant à celles observées parLiPsCHÛTz(i), dans V Herpès zoster^ le Molluscum contagiosum, la vaccine, etc. Ces modifications consistent en une condensation de la chromatine sur la membrane nucléaire et en une transformation homogène ou granuleuse de la substance qui occupe le centre du noyau. Il en résulte la formation de corps intra-nucléaires à réaction amphophile, considérés par Luger et Lauda comme le résultat d'un processus de dégénérescence, par Lipschùtz comme étant des cA/amydozoaires. Quant au tissu interstitiel , il montre les lésions bien connues de la kératite inflammatoire aiguë : infiltration par des leucocytes polynucléaires plus ou moins dégénérés, nécrose superficielle, ulcérations.

Nous avons vu que la maladie herpétique ne se cantonne pas à l'œil inoculé, mais se propage, assez fréquemment, au système nerveux central. Lorsque le cerveau est atteint, on y constate des modifications histologiques, dont les caractères varient suivant le degré de virulence du germe. Chez les animaux qui, à la suite d'un syndrome encéphalitique, succombent du 8® au 1 5® jour, les lésions revêtent l'aspect de l'encéphalite aiguë : méningite à mononucléaire et à polynucléaire (cortex et septums), encéphalite parenchymateuse avec foyers plus ou moins circonscrits d'infiltration à leucocytes granulés, neuronophagie au niveau de la « zone élective » (Levaditi, Harvier et NicoLAii), manchons périvasculaires. Au contraire, chez les lapins qui succombent plus tardivement, ou qui sont sacrifiés alors qu'ils ont une apparence de bonne santé, les modifications histologiques offrent des caractères plus chroniques : méningite à mononucléaires, manchons périvasculaires au niveau du mésocéphale, absence d'encéphalite aiguë et de neuronophagie (Levaditi et NicoLAu) (2). On saisit aisément les analogies frappantes entre les lésions de l'encéphalite épidémique expérimentale et celles de la maladie herpétique du lapin (voy. Chapitre VIII).

7^ Herpès humain^ maladie infectieuse des centres nerveux. — Certains herpès humains s'accompagnent de phénomènes nerveux : tel est le cas de 1' « herpès névralgique de Mauriac » [douleurs violentes dans la région génito-anale, névralgies le long du sciatique, sensation de courbature au niveau des lombes, crises

(i) LiPSCHuTZ, Gesell.fur inn. Médis in, Wenuey 17 février 1921.

(2) Levaditi et Nicolau, C. R, de la Société de Biologie, 1922, t. LXXXVII,

LE VIRUS DB L*HERPès 9^9

hyperesthésiques dans la ré|çion génito-urinaire, ténesme, spasme des sphincters, précédant Tapparition de l'éruption herpétique, Ravaut (i)]. Même l'herpès léger s'accompagne, d'après Ravaut, de réactions nerveuses (prurit, rachialgies, névralgies). Ravaut et Darré (2), frappés de celte participation des réactions du système nerveux au tableau clinique de l'herpès, ont examiné le liquide céphalo-rachidien de 26 malades atteints d'herpès génital. Ils ont constaté, chez 21 d'entre eux, des réactions nettes du liquide cérébro-spinal (5 fortes, 10 moyennes et 4 discrètes). Ces réactions çont passagères; elles disparaissent après quelques semaines (Ravaut). Après la découverte du virus de l'herpès, Ravaut et Rabeau (3) ont recherché ce virus dans le liquide céphalo-rachidien de quelques herpétiques, par inoculation à la cornée et dans le cerveau des lapins. Leurs tentatives ont été couronnées de succès, en sorte que, à l'heure actuelle, on peut affirmer que l'herpès fébrile humain est une infection généralisée, provoquée par un germe filtrant que Ton trouve, non seulement au niveau des manifestations herpétiques locales, mais aussi dans le système nerveux central [Cf. Bastai (4)].

8® Immunité, — Lôwenstein, le premier, a montré que la kératoconjonctivite herpétique laisse après elle un état réfractaire local ; la cornée, réinfectée après guérison de la kératite, ne réagit plus. Cet état réfractaire apparaît aussi après injection du virus dans la chambre antérieure de l'œil. Le fait a été confirmé par Luger et Lauda, lesquels ont, de plus, établi que Y herpès zoster ne crée pas d'immunité cornéenne à l'égard du .virus herpétique.

La cornée opposée se montre, en général, sensible; elle ne participe donc pas à l'état réfractaire ' de la cornée infectée (Lôwenstein). Cependant, Doerr et Vôchting auraient constaté une certaine immunité de la cornée non inoculée; il s'agit d'un état réfractaire partiel, qui s'accentue sensiblement plusieurs mois après la première inoculation*

Fait particulièrement intéressant : le cerveau des animaux ren-dus réfractaireSy par infection de la cornéCy est immun à t égard de r injection du virus dans l'encéphale (Doerr et Schnabel, Blanc

(i) Ravaut. Le zona, les herpès et les fièvres herpétiques^ Nouveau traité de médecine, Masson, éditeur, 1922.

(2) Ravaut et Darré, Annales de Dermat. et de Syphiligr., juin 1904.

(3) Ravaut et Rabkau, C R. de la Société de Biologie^ 192 1, t. LXXXV, p. I 182.

(4) Bastai, Arch, per le Science Mediche, 1922, t. XXV, n^ i.

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et Caminopetros). L'immunité de Taxe cérébro-spinal revêt un caractère purement local : le cerveau détruit le germe par des moyens qui lui sont propres (Levaditi et Nicolau).

Ajoutons que, d'après Blanc et C4AMINopetros, le sérum des animaux vaccinés, de même que le sérum des sujets atteints d'herpès, ne neutralise pas, in vitro, le virus herpétique.

Les faits énoncés précédemment mettent en évidence des rapports étroits entre le virus de l'herpès et celui de l'encéphalite. Les auteurs qui étudiaient expérimentalement l'herpès, n'ont pas tardé de s'en apercevoir (Doerr et ses collaborateurs). Blanchi) fut le premier à attirer l'attention sur la ressemblance frappante entre la kératite herpétique du lapin et la kérato-conjonctivite provoquée par l'inoculation du virus encéphalitique à la cornée (Levaditi, HarviER et Nicolau). Il avait réussi à conférer la kératite au lapin, par inoculation cornéenne de substance cérébrale provenant d'animaux morts d'une infection herpétique (les expériences négatives, relatées antérieurement par Doerr et Schnabel, s'expliquent par un défaut de technique). C'est d'ailleurs la lecture de la note de Levaditi, HarviER et Nicolau, ayant trait aux caractères de la kératite encéphalitique, qui détermina Blanc à rapprocher les deux virus, celui de l'herpès et celui de l'encéphalite.

Recherches personnelles. — Etant donnée la similitude entre les résultats publiés par Lôwenstein, Luger et Lauda, Doerr et ses collaborateurs, ainsi que par Blanc et Caminopetros, et ceux que nous avons obtenus au cours de nos études sur la maladie de V. Economo, il était indiqué d'entreprendre des recherches sur le virus de l'herpès. Voici le résultat des observations de Levaditi, Harvier et Nicolau (2) :

i® Le virus de l'herpès ne produit pas toujours, chez le lapin, une mdladie généralisée à issue mortelle.

Expérience. — a) Vésicules d'herpès labial de N... — Raclage des vésicules et inoculation par scarification à la cornée droite du lapin Ifi'S, Dès te lendemain^ sécrétion conjonctivale. Kératite et suppuration de la conjonctive le

(i) Blanc, /oc. cil.

(2) Levaditi, Hakvier et Nicolau, 4 /ï«. deVfnslitut Pasleur^ 1922,1. XXXVII, DO8 i et 2.

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