A MARIE-LOUISE SHEW
Naguère, l'auteur de ces lignes, emporté par le fol orgueil de l'intelligence, soutenait le « pouvoir des mots », niant que jamais une pensée fût éclose dans le cerveau humain que le langage ne pût exprimer. Et maintenant, comme un défi porté à cette jactance, deux doux dissyllabes étrangers, deux mots de consonance italienne, faits seulement pour être soupires par des anges rêvant dans la rosée lunaire — qui s'épanche comme une rivière de perles sur la colline d'Hermon, — ont fait surgir des abîmes de mon cœur, certaines pensées insaisissables qui sont les âmes de la pensée, des songes plus riches.
bien plus étranges et bien plus divins, tels que jamais le séraphin harpiste Israfel — qui a la plus douce voix de toutes les créatures de Dieu, — ne pourrait espérer les exprimer. Et moi ! mes enchantements sont rompus. La plume impuissante échappe à ma main tremblante. Avec ton cher nom pour thème, bien que sollicité par toi, je ne puis écrire, je ne puis parler ni penser, hélas ! Je ne puis sentir, car ce n'est point sentir, que de rester dans cette attitude immobile sur le seuil doré de la porte béante des rêves, plongeant mes regards ravis jusques au fond de la somptueuse allée, et tressaillant de ne voir, à droite, à gauche, et tout le long du chemin, parmi des vapeurs empourprées, bien loin, là où la perspective se termine : — rien que Toi seule !