‹ Edgar-A. PoëChapitre 20 sur 51 · BALLADE NUPTIALE · texte numérisé non relu

BALLADE NUPTIALE

L'anneau est à mon doigt et la couronne est svn mon front ; voici que je possède satins et joyaux à profusion, et à présent je suis heureuse.

Et mon seigneur m'aime bien ; mais lorsqu'il prononça la première fois son vœu, je sentis mon sein se gonfler, — car ses paroles résonnaient comme un glas et sa voix ressemblait à celle de celui qui tomba dans la bataille au fond de la vallée, et qui est heureux maintenant.

Mais il parla de manière à me rassurer et il baisa mon front pâle. Alors une rêverie survint, qui me transporta en esprit au cimetière. Et pensant que mon seigneur était le défunt d'Elormie, je soupirai pour celui qui se tenait devant moi ; « Oh ! je suis heureuse maintenant. »

Et ainsi furent prononcées les paroles, et ainsi fut engagé le serment ; et bien que ma foi soit éteinte, et bien que mon cœtu' soit brisé, voilà le gage d'or qui prouve que je suis heureuse maintenant.

28 EDQAB A FOS

Dieu veuille que je puisse m' éveiller ! Car je rêve, je ne sais comme. Et mou âme est douloureusement agitée, dans la crainte d'avoir mal fait, dans la crainte d'apprendre que le mort abandonné n'est pas heiireux maintenant.

LENORE

Ah, brisée est la coupe d'or ! L'âme est envolée à jamais ! Que le glas sonne ! — Une âme sainte vogue sur le fleuve Styx. Et toi, Guy de Vere, n'as-tu pas une larme ? Pleure maintenant ou jamais plus ! Vois : là, dans ce lugubre et rigide cercueil, gît Lénore, ton amour ! Allons ! que le rituel mortuaire soit lu , que l'on entonne les chants funéraires. Un hymne pour la morte la plus royale qui jamais soit morte si jeune ; une oraison pour elle, doublement morte parce qu'elle mourut si jeune.

« Misérables ! vous l'aimiez pour sa richesse et vous la haïssiez pour son orgueil, et lorsqu'elle tomba malade, vous la bénissiez parce qu'elle mourait. Comment donc sera lu le rituel ? Comment le requiem sera-t-il chanté par vous ? — lu par votre œil, œil malfaisant, — par votre langue, la mauvaise langue, — chanté par vous, qui avez causé la mort de l'innocente enfant qui mourut, et mourut si jeune ? »

Peccavimus ; mais ne délirez pas de la sorte ! Et qu'un chant de sabbat monte si solennellement vers Dieu, que la jeune morte n'en puisse souffrir ! La douce Lénore s'en est allée la première, avec l'Espoir qui s'envola en même temps, te laissant désespéré, à cause de la chère enfant qui aurait dû être ta compagne, à cause d'elle, la belle et débonnaire jeune fille, qui maintenant repose si humblement, la vie n'ayant quitté qu'à

regret sa chevelure d'or, mais s'étant déjà éteinte en ses yeux; — la vie semblant errer encore sur ses cheveux, mais la mort voilant déjà ses yeux.

Arrière! Ce soir, j'ai le cœur léger. Je n'entonnerai point de chant mortuaire, mais je soutiendrai l'ange dans son vol par un chant triomphal des anciens jours ! Que pas une cloche ne sonne, de peur que sa chère âme, au milieu de son allégresse bénie, n'en saisisse la note, pendant qu'elle s'élève de la terre maudite. Son fantôme indigné s'arrache maintenant aiix démons d'en bas pour rejoindre ses amis de là-haut, — s'arrache à l'enfer, pour s'élever vers une haute situation bien loin dans les cieux, — s'arrache aux chagrins et aux lamentations, pour parvenir à un trône d'or, à côté du Roi des Cieux.

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