‹ Edgar-A. PoëChapitre 40 sur 51 · LE JOUR LE PLUS HEUREUX · texte numérisé non relu

LE JOUR LE PLUS HEUREUX

La journée la plus heureuse, l'heinre la plus heureuse, mon cœur desséché et flétri les a connues ; mais je sens que déjà s'est envolée ma plus haute espérance d'orgueil et de puissance.

De puissance, dis-je ? - Oui. Mais depuis longtemps, hc'las ! ils se sont évanouis les beaux rêves de ma jeunesse : ils sont passés, laissons-les s'enfuir.

Et toi, orgueil, qu'ai-je à faire de toi maintenant ? Un a-.itre front peut bien hériter du poison que tu m'as versé ; qu'au moins mon esprit demeure tranquille !

La journée la plus heureuse, l'heure la plus heureuse que mes yeux aient vues ou pourront jamais voir, mon plus brillant regard d'orgueil et de puissance, tout cela a existé mais n'est plus, je le sens.

Mais si cette espérance d'orgueil et de pui-ssance m'était maintenant offerte avec une douleur pareille à celle que j'éprouvai alors, cette heure si brillante, je ne voudrais point la revivre.

Car, siir son aile, elle portait un sombre mélange, et tandia qu'elle planait, il en tombait une essence toute puissante pour consumer luie âme qui la connaissait bien.

LEONANIE

Léonanie ! Les anges l'appelèrent et la fliapèrent d'un manteau de blancheur fait de la lumière des étoiles ; ils donnèrent à sa chevelure la couleur de minuit sombre et à ses yeux l'ardente clarté de la lune, puis ils me l'envoyèrent ainsi en la nuit silencieuse.

Par un solermel soir d'été, tandis que mon cœur s'emplissait de tristesse en attendant la bienvenue comme une rose en fleur, j'oubHai soudain tous les présages qui m'affligeaient et je m'abandonnai à la joie, à la joie mensongère qui me prit et me pressa dans les bras du sort.

Cependant, une petite voix murmurait dans le langage des anges. Et l'écoutant, je l'entendis chuchoter : « Les romances « sont seulement chantées sous nos pas. Elles peuvent vous « attrister. Les contes vous sont dits pour vous donner de la « peine. H faut donc que Léonanie vous c[uitte, pendant que « son amour est encore jeune ».

Alors Dieu sourit, et l'aube claire parut, incomparable et suprême. La gloire céleste sembla parer la terre avec reconnaissance. Chaque cœur, excepté le mien, sembla doué de la voix de la prière et s'en allait là où ma Léonanie s'était dérobée de moi comme un rêve.

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LWTATION

Un sombre flot insondable d'insurmontable orgueil, un mystère et un songe, telle devait paraître ma vie première ; j'ajoute que ce songe était traversé d'une pensée farouche, et toujours en éveil, d'êtres qui ont existé, et que mon esprit n'aurait point aperçus si je les avais laissé passer près de moi, sous mon œil rêveur! Que nul autre ici-ba^ n'hérite de cette vision de mon esprit, de ces pensées qu'à tout instant je voudrais dominer et qui s'étendent comme un charme sur mon âme : car, à la fin, ce brillant espoir et ce temps léger se sont enfuis, et mon repos terrestre m'a quitté, lui aussi, avec un soupir, en passant. Cependant je ne me soucie pas qu'il périsse avec une pensée qu'alors je chérissais.

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