‹ Edgar DegasChapitre 13 sur 14 · MUSICIENS A L’ORCHESTRE · texte numérisé non relu

MUSICIENS A L’ORCHESTRE

DANSEUSES

LA TOILETTE

Les défauts comportent l’examen et seront toujours relevés, de préférence par les amateurs. Un véritable ami de l’art ne songera jamais à reprocher à M. Degas d’avoir été presque exclusivement le peintre de la laideur. Un artiste est maître de ses sujets et toujours il s’intéressera davantage aux modèles marqués par la vie, balafrés parle vice, les tares professionnelles ou sociales. Un visage, qui porte les traces de l’existence, présente un caractère “ plus intéressant à fixer qu’une professionelle beauté. Et dans notre civilisation, ne sont-ce pas d’ailleurs ceux là qui sont les plus fréquents?

De toutes façons, il semble que l’ensemble de cette œuvre soit réservé à l’immortalité. Parmi les quelques maîtres qui foudèrent la gloire de la peinture française, pendant la seconde moitié du XIXe siècle il est un de ceux qui approchèrent le plus de cette perfection humaine, qui n’est encore que de l’imparfait. Parmi les Impressionnistes même il est le plus classique-au sens élevé de ce mot, et le plus moderne tout ensemble. Pour l’avenir, il a fixé de manière définitive quelquesunes de nos manières d’être, quelques visions particulières de notre époque. Il a dessiné l’image la plus exacte de la Femme contemporaine.

Grâce à une volonté savante, incapable d’à coups, cet artiste qui était aussi bien doué au point de vue de l’intelligence générale que de l'intelligence particulière à son métier, a su résister aux tentations de son esprit, qui eussent amoindri son œuvre en lui donnant un caractère partial. 11 a vu et il a traduit fidèlement, dans une langue trs personnelle.

D’une acuité de vision prodigieuse, d’un modernisme à la fois minutieux et large, il a exprimé le mouvement, les gestes, les lumières avec une précision, une sincérité, une maîtrise technique qui étonnent davantage, à mesure que l’on avance dans l’étude de son œuvre. Œuvre triste sans doute, si l’on s’arrête à l’anecdote, à l’apparence, œuvre superbe de vie et d’art si l’on creuse la formule et si l’on recherche une joie esthétique. Œuvre définitive de toutes façons, qui en impose à l’analyste consciencieux, qui revêt les caractères des chefs-d’œuvre et qui grandira sans doute, lorsque les siècles auront déposé sur elle, leur patine souveraine et sublime.

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