‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 121 sur 429 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Mrs OSGOOD ET LES BAS-BLEUS

Le succès du Corbeau modifia la vie de Poe : il le fit sortir de cette retraite farouche où il s'enfermait avec les siens pour le faire brusquement entrer dans la plus brillante société de New-York. Le pauvre écrivain famélique se trouva, pendant deux hivers consécutifs, le lion de la saison. Il se prêta volontiers, du reste, à ce rôle qui ne convenait pas moins à son amour-propre qu'aux habitudes mondaines de sa jeunesse. On le vit tour à tour chez l'écossais James Lawson, riche financier aveuglément épris d'art et de belles-lettres, ou chez le D'" Orville Dewey, fiin des plus fameux prédicateurs de l'époque; mais c'était surtout àWaverley Place, aux célèbres réceptions hebdomadaires d'une riche poétesse, Miss Anna Lynch, devenue Mrs Botta, qu'il se plaisait à former le centre admiré et redouté de ce petit monde intellectuel.

Grâce à Iheureuse période d'accalmie qu'il traversait, Poe faisait bonne figure parmi cette élite. Dès l'abord, en sa sombre tenue que la bonne Mrs Glemm s'efforçait de rendre impeccable, la tête haute, le front large, la lèvre amère, le regard intense, quoique perpétuellement voilé, paraît-il, même aux heures d'animation, des brumes d'une morne rêverie, tour à tour hautainement réservé ou confidentiellement expansif, il savait, autant par son habileté souple que par son originalité naturelle, frapper et retenir l'attention. « Sa physionomie, sa personne, son allure étaient également caractéristiques ^ » On sentait, sous sa pose

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