Mrs Whitman, Poe and lus Critics, p
byroniennc, derrière ce masque ossianesque dont la mode sévissait toujours, autre chose que Tair fatal; on sentait, derrière ces traits si cruellement creusés, la réalité de douleurs qui n'étaient que trop vraies, de luttes qui n'étaient que trop tragiques, de facultés géniales qui n'étaient que trop dangereusement exaltées; il se dégageait de la palpable déchéance de cet être morbide toute une obscure, mais troublante impression de forces anarchiques, que les contemporains, faute de mieux, s'expliquaient vaguement par le pouvoir magnétique de sa personne.
« En son extérieur toujours correct comme en ses manières extrêmement courtoises, dit une femme qui le connut beaucoup, il n'y avait, quelle qu'eu pu être son existence antérieure, rien qui put trahir ses excès. Avec une aisance de gestes et de ton qui savait s'affranchir des conventions, tout en restant raffinée, il se livrait volontiers au courant d'une conversation générale, bien qu'il préférât, en sa réserve habituelle, s'abandonner à l'intimité de quelque groupe sympathique ; c'était là que ses talents de conversation se révélaient avec le plus d'éclat ^ »
Ces talents étaient tels, du reste, que les préférait une société peutêtre plus grandiloquente que discrète. Une privilégiée- qui se vante d'avoir entendu Landor, Emerson et les plus brillants causeurs de l'époque, déclare ne pas en avoir entendu de plus fascinant que Poe. Une autre, avec plus de précision, explique que le charme de ses causeries ne venait ni de brillantes subtilités, ni de mots spirituels prodigués à dessein, mais de ce qu'il se laissait aller au gré de l'occasion et ne semblait parler que pour le plaisir de s'exprimer'^ « Sa voix était la mélodie même. Il parlait toujours bas, môme dans une vive discussion, comme pour forcer ses auditeurs à l'écouter, s'ils voulaient connaître son opinion '\ » La nature morbide de l'homme ne s'en affirmait pas moins, du reste, jusqu'en ces entretiens ; c'est alors, « en ses heures d animation
\. Ibid., 21.