Ibid., 27 janvier 1845 ; Woodberry
personnelles m'ont amené à me former de lui une haute opinion. Peut-être quelque philadelphien vous a-t-il chuchoté à l'oreille d'odieuses choses sur son compte. Il n'est pas douteux que son âpreté lui a fait bien des ennemis. Mais vous en aurez meilleure opinion quand vous le rencontrerez ^ »
L'heureuse conséquence de ces bonnes relations fut qu'en mars,
Poe, quittant définitivement VEvening Mirror, se trouva associé
à Briggs et à un certain Watson comme éditeur de la nouvelle
revue.
« Poe n'est pour moi, dit Briggs, qu'un collaborateur et ne pourra nullement intervenir dans ma direction des affaires^... J'ai cru bon de m'assurer les services de Poe comme critique parce qu'il a de la réputation à cet égard, et je ne pouvais me les assurer qu'en lui accordant une certaine part dans les bénéfices de la revue '^ »
Or, Poe venait justement d'entreprendre dans le journal de Willis ce qu'on appella la guerre de Longfelloiv, c'est-à-dire une série de violentes attaques contre le grand poète populaire de l'Amérique, qu'il accusait, entre autre méfaits, de nombreux plagiats. C'était encore là un de ces fâcheux moyens sensationnels, malheureusement plus efficaces que délicats, auxquels Poe, à vrai dire plus qu'à demi convaincu, avait recours, comme aux jours du Gentleman s, pour faire à la revue ainsi qu'à lui-même une réclame tapageuse. En pareille occasion ce fut comme un scandale public : car l'opinion nationale aux États- Unis fut aussi choquée qu'alarmée de voir porter une main si brutalement sacrilège sur sa plus belle gloire littéraire. Les amis de Longfellow prirent donc chaleureusement sa défense ; Poe ravi ne fit que redoubler de violence. Seul, le noble poète, qui faisait les frais de cette guerre déloyale, garda sa sérénité coutumière; il se contenta de remarquer plus tard avec une ingénuité qui n'est pas sans clairvoyance : « Je n'ai jamais attribué la violence de ses critiques à autre chose qu'à l'irritation d'une nature